Thursday, 22 August 1878
Thursday, 22 August 1878
Je commence à croire qu'on n'aura jamais la patience de lire ce manuscrit. Ce matin j'ai acheté la photographie de Paul de Cassagnac, il y est assis et reposé comme la statue de la République dans le discours de M. de Marcère. Je l'ai placé sur la cheminée à côté de Gambetta et je dois avouer qu'il me trouble plus que Gambetta.
Poussée à relire mes Mémoires, j'ai relu quelques pages qui ont trait au Défunt, je n'ai pu continuer dégoûtée un peu... de tout. Il ne faut pas me croire idiote au point de dévorer cette photographie des yeux, je l'ai à peine regardée et je la vois en passant dans mon salon, autant que Gambetta.
Mais il m'a suffi d'un instant pour voir que mes craintes quand à sa graisse sont exagérées et qu'il n'y a pas que son moral qui me charmait. Il m'a semblé qu'il allait parler et j'ai rougi. Cette figure énorme, belle, insolente, tranquille, avait le privilège de me tenir en respect et j'éprouvais une certaine émotion chaque fois qu'il ouvrait la bouche... Si c'était permis j'en serais folle.
J'ai [un] service à thé en argent toujours dans mon salon et une lampe à alcool de sorte que je n'ai besoin d'appeler personne. Une serviette en broderie russe, un plateau d'argent. Une sonnette... Un vase japonais, pour les pinceaux. Une quantité de toutes sortes de livres, brochures, gravures, photographies. J'achète peu à peu des riens mais tous anciens ou bons modernes, de sorte que vous ne trouverez aucun bibelot ordinaire de jeune fille. Sur la cheminée une terre cuite et mon écorché de plâtre qui a l'air de bénir la chambre.