Friday, 5 July 1878
Avec Mme Gavini à la messe solennellle pour le repos de l'âme de cette pauvre petite Reine d'Espagne.
Aimer et être aimée de son mari, avoir dix-huit ans, être Reine d'Espagne et mourir ! Je laisserai parler "Le Figaro" sur la cérémonie qui m'a paru froide et ne m'a pas émue.
*Hier à onze heures, a été célébré à l'église de la Madeleine, un service solennel, pour le repos de S.M. la reine d'Espagne. Cérémonie funèbre avait été organisée par les soins de la colonie résidant à Paris, sous l'initiative d'une commission composée de :*
*MM. le comte de Fernandina, le duc de Fernan Nunez, tous deux grands d'Espagne; Palan, sénateur, Mora, député, Biadra et Abaroa.*
*L'église était entièrement tendue de draperies noires avec bordures d'argent, sur lesquelles les écussons royaux alternaient avec des palmes.*
*Sous un dais soutenu par quatre colonnes avait été dressé un grand catafalque blanc, disparaissant sous un monceau de couronnes et de fleurs naturelles; en outre, des roses effeuillées étaient répandues* en quantité autour du monument funèbre, sur lequel la couronne royale, en perles et diamants avait été posée.
*A onze heures précises, le roi don François d'Assise, en uniforme de capitaine-général espagnol suivi de la maison, a pénétré dans l'église par la grande porte, entre une haie formée par une trentaine de soldats espagnols. Le roi a pris place avec sa suite dans une tribune à droite du grand autel. Bientôt après, une sonnerie de trompettes s'est fait entendre et la reine* Isabelle, visiblement émue est arrivée avec deux dames d'honneur, et est allée s'agenouiller dans une tribune en face de celle du roi.
*Déjà, toute la partie de la nef était remplie par une nombreuse assistance, parmi laquelle nous citerons, Mme la duchesse de Magenta, le marquis d'Abzac, représentant le Maréchal :*
*Le duc de Nemours, comte et comtesse d'Eu, la princesse Mathilde, la duchesse de Saxe-Cobourg, duc et duchesse d'Alençon, prince de Monaco :*
*Le nonce et tous les ambassadeurs et chefs de mission.*
*Tous les ministres français, le gouvernement de Paris, le grand-chancelier de la Légion d'honneur, le maréchal Canrobert, le président du Conseil d'Etat.*
*Le cardinal-archevêque de Paris en grand deuil qu'il ne met que pour les princes régnants :*
*Le duc de Noailles, duc d'Ossuna, duc Decazes, tous les membres de la famille Rothschild ; général Fleury, général Chabaud-Latour; enfin toute la colonie espagnole et l'ambasade en grand uniforme. La messe a été dite par l'abbé Lerebour, curé de la Madeleine, et l'absoute a été donnée par S.E. le nonce apostolique.*
La cérémonie, pendant laquelle la maîtrise a fait entendre de très beaux morceaux religieux, a duré *une heure et demie.*
Je conserve les cartes d'invitation. Puis le Bois où je trouve déjà quelques figures de connaissance grâce aux Gavini.
En retournant nous arrêtons auprès de Multedo pour lui dire de venir ce soir à l'Orangerie entendre les Bohémiennes. Pendant que nous lui parlions la petite tante s'était entièrement cachée sous un parasol et tournait le dos pour être encore moins vue. C'était une scène charmante qui m'inspire la lettre que vous allez lire, adressée à Multedo.
Monsieur,
Puisque vous persistez à faire l'ignorant, je vais vous dire pourquoi je n'ai jamais voulu vous montrer mon visage. Sachez Monsieur que je ne suis pas de celles qui reçoivent sans sourciller des lettres comme celles que vous osiez m'écrire chaque semaine. Ces lettres et vos envois de bonbons me révoltaient au suprême degré. J'étais obligée de cacher ces persécutions à ma famille chez laquelle j'étais en visite et à mon mari qui vous aurait tué. Je tournais tout cela en plaisanteries. Je n'aurais jamais fait l'honneur d'écrire à un homme comme vous; cette lettre est dictée à ma femme de chambre.
*Une femme indignée.*
Ce sera le couronnement de cette mystification de la petite tante.