Diary of Marie Bashkirtseff

I have written to my mother a furious letter with a curse at the end of it. May God forgive me for it — I wrote it not to insult her but to protect myself, if possible, from fresh horrors.

Mardi 3 juillet 1877\\nJ'ai écrit à ma mère une lettre furieuse avec une malédiction au bout. Que Dieu me la pardonne, je ne l'ai pas écrite pour insulter mais pour me garantir s'il est possible de nouvelles horreurs.

We visited M. Worth's château at Suresnes; Mme de Mertens had arranged this through a close friend of Mme Worth. I was exhausted and irritated to hear this lady speak of the dressmaker as though of a royal highness, and then of the great ones of the world. And to think that it was to me that all this about aristocrats and celebrities was addressed — meaning that, whether I liked it or not, I played a part in this bourgeois and repellent little pageant.

Nous avons visité le château de M. Worth à Suresnes; Mme de Mertens nous a arrangé cela par une dame intime de Mme Worth. J'étais exténuée et agacée d'entendre cette dame parler du faiseur comme d'une altesse, et puis des grands de ce monde. Et dire que c'est à moi qu'on parlait de tous ces aristocrates et de toutes ces célébrités; c'est-à-dire que bon gré mal gré je jouais un rôle dans cette revue bourgeoise et repoussante.

The château — or rather the villa — is a marvel, from the porter's lodge to the dovecote. Every refinement, every care, every fantasy that one could devise is there in abundance. There are several pavilions and a main house, greenhouses, gardens. But no dwelling in the world resembles this one. The very exterior of the buildings is so ornamented, so enamelled, so embellished with everything one can barely imagine, that the house itself — the walls, finally — disappears from view. It is a madness of detail, of rococo, of bric-à-brac; porcelain pieces set even on the lawn, wonderfully arranged among the plants and flowers. Everything that the most refined, the most finished, the most extraordinary ingenuity can bring to a bodice or a mantle is scattered everywhere. The embroideries, gildings, paintings, enamels, mosaics, laces, tapestries — the very materials from which one scarcely dares make gowns — are there in profusion. And yet arranged with a surprising taste and delicacy. It seems impossible that a man could have, without going mad, conceived of this million of trinkets, each one of which, taken separately, is a work of art or a fantasy or some sort of drollery. Every staircase, every bell-pull… in a word: it is inconceivable! One could shatter all these rooms into ten thousand pieces and each fragment would certainly be remarkable enough to be placed on a shelf. One may not admire this astonishing style — but one must do it justice: in its own manner, it is sublime.

Le château ou plutôt la villa est une merveille, depuis la loge du concierge jusqu'au pigeonnier. Tout ce qu'on peut apporter de recherche, de soin, de fantaisie y abonde. Il y plusieurs pavillons et une maison; des serres, des jardins. Mais aucune habitation au monde ne ressemble à celle-là. L'extérieur même des bâtiments est si orné, si émaillé, si embelli de tout ce qu'on peut à peine s'imaginer qu'on perd de vue la maison, les murs enfin. C'est insensé de détail, de rococo, de bric-à-brac; des porcelaines jusque sur le gazon, merveilleusement arrangées dans les plantes, les fleurs. Tout ce qu'on peut apporter de soi, de fini, de joli, d'extraordinaire à un corsage ou à un manteau, est répandu partout. Ce qu'il y a de broderies, de dorures, de peinture, d'émail, de mosaïque, de dentelles, de tapisseries dont on ose à peine faire des robes est là à profusion. Mais arrangé avec un goût et une délicatesse surprenantes. Il semble impossible qu'un homme ait pu sans devenir fou avoir pensé à ce million de colifichets dont chacun pris à part est un objet d'art ou une fantaisie, ou une drôlerie quelconque. Chaque escalier, chaque cordon de sonnette... enfin c'est inconcevable ! On peut briser toutes ces maisons en dix mille morceaux et chacun d'eux sera certes assez remarquable pour être placé sur une étagère. On peut ne pas admirer ce genre surprenant, mais on doit lui rendre justice et dans ce genre, c'est sublime.

Everything I have read in the most fabulous descriptions is but a trifle beside Suresnes. The greenhouses — those prosaic panes of glass — are arranged in such a way that one finds them divine.

Tout ce que j'ai lu de descriptions les plus fabuleuses n'est que fort peu à côté de Suresnes. Les serres, les prosaïques vitres sont arrangées de telle manière qu'on les trouve divines.

And one sees that this man loves all of it as an artist — a thousand small things betray elevated tastes and even a veneration for great men and noble deeds. One also discerns a certain pretension to being himself a great man — forgivable and indeed quite natural. Each one in his own sphere. And indeed, to rise in this way through an art that one readily dismisses as a trade may be more meritorious, more difficult, than rising through things that are in themselves elevated and serious.

Et on voit que cet homme aime tout cela en artiste, mille petites choses trahissent des goûts élevés et même le culte des grands hommes et de belles actions. On démêle aussi certaine prétention à être soi-même un grand homme, c'est pardonnable et même fort naturel. Chacun dans son genre. Et même, s'élever ainsi par un art qu'on qualifie volontiers de métier, est peut-être plus méritoire, plus difficile que par des choses qui sont d'elles-mêmes élevées et sérieuses.

Besides, if one were to go further and seriously analyse all that women's dress — and therefore half of woman herself — has to do with the gravest interests and events… one would be quite astonished. But that is going too far for me — and in any case, for a fine study to be received without laughter, it must come from an established authority.

D'ailleurs si on voulait aller plus loin et analyser sérieusement tout ce que les ajustements de la femme, par conséquent la moitié de la femme, ont de rapports avec les intérêts et les événements les plus graves... on en serait tout étonné. Mais c'est aller trop loin pour moi, et d'ailleurs pour qu'on ne ri pas d'une belle étude il faut qu'elle soit faite par une autorité acquise.

These devil-French — one has barely been among them before one cannot help but almost despise all other nobilities, all other merits, all other fortunes. It seems that outside this furnace there is nothing alive, nothing thinking, nothing celebrated! It seems that… in truth, this is so: Paris is the bell that announces to the entire world everything that has been strong enough to set it ringing.

Ces diables de Français, à peine est-on parmi eux qu'on ne peut s'empêcher de presque mépriser toutes les autres noblesses, tous les autres mérites, toutes les autres fortunes. Il semble qu'en dehors de cette fournaise il n'y ait rien de vivant, rien de pensant, rien de célèbre ! Il semble que... en vérité cela est que Paris est la cloche qui annonce au monde entier tout ce qui a été assez fort pour l'ébranler.

Mme de Mouzay, despotic and demanding, does not scruple to make indelicate reproaches:

Mme de Mouzay, despotique et exigeante ne se fait pas scrupule de faire des reproches indélicats :

— Why was she not invited to the Review?

- Pourquoi ne l'a-t-on pas invitée à la Revue.

That is what I do not understand — how to impose oneself, how to… in short, here is a predicament: for it suffices merely to fall out with her to be vilified in every backwater, among every rabble of her acquaintance.

Voilà ce que je ne comprends pas, comment s'imposer, comment... enfin, voilà une corvée car il ne s'agit que de se brouiller avec elle pour être vilipendé dans tous les bas-fonds, dans tous les ramassis de sa connaissance.

On the 20th of July I leave Paris; on the 25th of August I leave Aix; on the 25th of September I leave Como.

Le 20 juillet je quitte Paris, le 25 août je quitte Aix et le 25 septembre je quitte Còme.