Diary of Marie Bashkirtseff

I have no illusions: yesterday he was brought almost by force… besides, his arrival at Nice, this masquerade… all of it is so bizarre; it seems to me that I have been dreaming.

Dimanche 17 juin 1877\nJe ne me fais point d'illusions, hier on l'a amené presque de force... d'ailleurs son arrivée à Nice, cette mascarade... tout cela est si bizarre; il me semble que j'ai rêvé.

I was thinking, with a certain sharpness of wounded pride, that he would fail to appear today. But no — he came. I teased him about my mother's infatuation; I made him declarations aloud, in a calm tone, half-indifferent and slightly mocking — in as good taste as possible, and showing neither pique nor agitation; and indeed I was neither piqued nor agitated. I was at my ease, save for the anxiety caused by too few servants, and so on. Instead of elegant comfort, I should prefer magnificence.

Je pensais avec une contrariété d'amour-propre assez vive qu'il manquerait aujourd'hui. Mais non, il est venu, je l'ai blagué sur l'amour de ma mère, je lui ai fait des déclarations tout haut d'un ton calme, moitié indifférent et légèrement railleur, qui est d'aussi bon goût que *possible,* et qui ne montrait ni du dépit ni de l'agitation, d'ailleurs je n'étais ni dépitée ni agitée. J'étais à mon aise sauf les inquiétudes causées par le peu de domestiques etc. Au lieu du confort élégant, je voudrais de la magnificence.

He is teasing as a child: I had only to find the fish disagreeable for him to ask for it twice. I tried to drive the dogs away; he began to hold forth about his love of dogs; I agreed with him, and he confessed they were execrable creatures. And so on with the coffee, the cucumbers, every trifle. I very nearly called him Delight-of-my-eyes, among other endearments, and I also forbade Lise to look at him.

Il est taquin comme un enfant, ainsi je n'avais qu'à trouver le poisson mauvais pour qu'il en demandât deux fois. J'ai voulu chasser les chiens, il se mit à raconter son amour pour les chiens, je lui donne raison et il avoue que ce sont des bêtes exécrables. Et ainsi de suite pour le café, les concombres, les moindres bêtises. Aussi l'ai-je presque nommé Plaisir-de-mes-yeux entre autres tendresses, et aussi ai-je défendu à Lise de le regarder.

— It is very dangerous, my dear Lise, for children.

- C'est très dangereux, ma chère Lise, pour les enfants.

I took the greatest care to avoid being alone with the handsomest of all the Lardareis on earth — which had the effect of making him seem to seek it; in any case, no one constrained us: we spoke of April fools' tricks and other things to our hearts' content, openly, as if it were truly one of the most charming memories in the world.

J'ai évité avec le plus grand soin de rester en tête-à-tête avec le plus beau de tous les Larderei de la terre, ce qui fit qu'il sembla le rechercher, d'ailleurs on ne nous gênait pas; nous parlions de poissons d'avril et autres à cœur joie tout haut comme si vraiment c'était un des plus gracieux souvenirs du monde.

[Crossed out: What is bold is that he seems to be telling us: it was you yesterday.]

[Rayé: Ce qui est courageux c'est qu'il a l'air de nous dire c'était vous hier.]

Instead of denying Monaco, I make fun of it and tell him that:

Au lieu de nier Monaco je m'en moque et lui dis que :

— Who else would go to the trouble of disguising herself, dyeing her hair and eyebrows, just to catch a glimpse of you — if not I?

- Qui donc irait se déguiser, se teindre les cheveux et les sourcils pour vous apercevoir si ce n'est moi ?

— No, no, forgive me, it is not that — only it may very well be that not wishing to show yourself in a gaming house you took this costume simply to accompany Madame your mother…

- Non, non, pardon, ce n'est pas cela, seulement il se peut très bien que ne voulant pas vous montrer dans une maison de jeu vous ayez pris ce costume pour accompagner Madame votre mère...

— Oh, not at all — it was for you; since I am mad about you, since I have adored you for two years…?

- Oh ! que non, c'était pour vous, puisque je suis folle de vous, puisque je vous adore depuis deux ans..?

— Ah! I beg your pardon.

- Ah ! pardon.

— But…

- Mais...

— I am a fool…

- Je suis bête...

— Yes…

- Oui...

— I am a fool… wait! but not to the point of believing it.

- Je suis bête... attendez ! mais pas au point de le croire.

— What a pity — but you are wrong.

- Quel dommage, mais vous avez tort.

What vexes and pleases me at once is that Larderei conducts himself with exquisite delicacy and taste. He assures me he never believed it was I: Clément told him so, and he — he never believed it — with an air that says: I recognized you, you know perfectly well, but since you do not wish it, let it be as you desire; I will not, even in jest between us, offend you with a suspicion or an allusion. Knowing your disguise would lead me too far.

Ce qui me contrarie et me plaît c'est que Larderei se conduit avec une délicatesse et un goût exquis. Il m'assure qu'il n'a jamais cru que c'eut été moi, Clement le lui a dit et lui il ne l'a jamais cru, d'un air qui veut dire: Je vous ai reconnue, vous le savez bien, mais puisque vous ne le voulez pas, cela est comme vous le désirez et je ne veux même pas en plaisantant entre nous, vous offenser par un soupçon ou une allusion. *Savoir* votre déguisement me mènerait trop loin.

Moreover he gives me to understand — me, of all people — that… as if… I had been cruel to him. What do you say to that? The impertinence of it!

En outre il me fait entendre, à moi, que... comme si... j'ai été cruelle pour lui. Qu'en dites-vous ? C'est d'une impertinence !

And then — he plays the role of my uncle: he goes with Maman to the smoking room and tells her: "I recognized her; I am not an idiot — but it must not be known, and I have managed so well that Torlonia has been quite thrown off the scent."

Et puis voilà qu'il joue le rôle de mon oncle, il va avec maman au fumoir et lui dit : "Je l'ai reconnue, je ne suis pas un idiot mais il ne faut pas qu'on le sache et j'ai fait tant et tant que Torlonia est dépisté".

We have chattered so much about all this that I have forgotten half of it. All these comedies, allusions, deceptions have truly muddled me; I no longer know exactly who knows and who does not, what ought and what ought not to be told, and to whom, and how.

On a tant bavardé de tout cela que j'oublie la moitié. Toutes ces comédies, allusions, mensonges m'ont vraiment embrouillée; je ne sais plus au juste qui sait, qui ne sait pas, ce qu'il faut, ce qu'il ne faut pas raconter et à qui et comment.

[Written across the page: No matter — he must all the same be flattered, and he is. I certainly am, when a man — even an indifferent one — admires me.]

[En travers: C'est égal, il doit tout de même être flatté et il l'est. Je le suis bien moi quand un homme même indifférent m'admire.]

It seems so natural that he should be here that despite everything it makes me… almost afraid.

Il me semble si naturel qu'il soit là que *malgré tout* cela me fait... comme peur.

They were all at Monaco, and I was amused by Grand-papa's imprecations and contempt for Larderei — all on account of Larderei having smashed the Psyche statue and lifted… I believe… the blanket or the nightshirt of the poor sculptor's wife.

Ils étaient tous à Monaco et je m'amusais des imprécations et des mépris de grand-papa pour Larderei et tout cela parce que Larderei a brisé la statue de Psyché et levé... je crois... la couverture ou la chemise de la femme de ce pauvre sculpteur.

This shows you how much one ought to believe what people say.

Ceci vous montre combien il faut croire à ce qu'on dit.

Rosalie and Séraphin are at it again! They have been to Villefranche, and Rosalie swears on her mother's life that we were the topic of conversation almost the whole time, and here is how. The count is often bored; the count is entirely changed; the count received letters in Vienna telling him how fond of me they are in Florence, how much I pleased his dear mother. The count is madder than ever about me, and yesterday the count was so happy that he talked with Séraphin for a long while and told him that he [Crossed out: wants to marry me] wanted to marry…

Rosalie et Séraphin recommencent ! Ils sont allés à Ville-franche et Rosalie me jure sur la tête de sa mère qu'on a presque tout le temps parlé de nous et voici comment. M. le comte s'ennuie souvent, Monsieur le comte est entièrement changé, Monsieur le comte a reçu des lettres à Vienne qui lui disaient combien on m'aimait à Florence, combien je plaisais à ma mère chérie. M. le comte est plus f*ou que jamais* de moi et hier Monsieur le comte était si heureux qu'il a longtemps causé avec Séraphin et qu'il lui a dit qu'il [Rayé: veut m'épouser] voulait se marier...

In the end all of this strikes me as so ridiculous!

Enfin tout cela me paraît si ridicule !

Either this servant is lying, or poor Alexandre has lost his mind.

Ou bien ce domestique ment ou bien ce pauvre Alexandre a perdu l'esprit.

Now I want to watch him play!… How to manage it! How to disguise myself? The damned Jew will find me out regardless.

A présent j'ai envie de le voir jouer !.. Comment faire ! Comment me déguiser ? le maudit Juif me retrouvera quand même.

See how appearances deceive! Alexandre is at Nice in summer while I am here, and Alexandre settles in Paris for the winter.

Voyez comme les apparences trompent ! Alexandre est à Nice en été pendant que j'y suis et Alexandre s'installe à Paris pour l'hiver.

Since his arrival there have been no violent emotions, no shocks, no pang in my heart; I am only a little uneasy, and I eat almost nothing — that is all. Since yesterday I have taken coffee, tea, and cherries; the rest will not go down.

Il n'y a eu, depuis qu'il est ici ni émotions violentes, ni secousses, ni serrement de cœur; je suis seulement un peu inquiète et je ne mange presque rien, voilà tout. Depuis hier j'ai pris du café, du thé et des cerises, le reste ne veut pas passer.

All this seems so strange… and so natural, that I no longer recognise myself in it; and if I were not afraid of the ridiculous I would say that — despite everything — the devil has bound Larderei and me together with a rope.

Tout cela me paraît si étrange... et si naturel que je ne m'y reconnais plus et si je n'avais pas peur du ridicule je dirais que malgré tout, le diable nous a liés avec une corde, Larderei et moi.

They have returned from Monaco.

On revient de Monaco.

It is not possible to lower, debase, and besmirch a man more thoroughly than they do with Larderei. I need to see him to reassure myself: the moment he is absent he presents himself as they paint him to me — hideous, crippled, thief, cheat, coward, poltroon, depraved, corrupt, rotten!…

Il n'est pas possible d'abaisser, d'avilir, de salir, davantage un homme qu'on fait de Larderei. J'ai besoin de le voir pour me rassurer, à peine éloigné il se représente tel qu'on me le dépeint, hideux, estropié, voleur, tricheur, lâche, poltron, vicieux, corrompu, pourri !...

Yet he conversed so well today — he was so simple and so altogether proper.

Pourtant il a si bien causé aujourd'hui, il était si simple et si comme il faut.

But these servants are absurd… why does Séraphin invent that it is I whom he means?

Mais ces domestiques sont absurdes... pourquoi Séraphin invente-t-il qu'il s'agit de moi ?

That the count may have become whatever he likes; that the count may wish to marry — that is possible: he is exhausted enough, depraved enough, worn out enough for it. That the countess should find me charming and write to say so — that is also possible. But that he himself should say he is in love with me more than ever!… Now that — that is a… tall tale.

Que Monsieur le comte soit devenu tout ce qu'il veut, que M. le comte désire se marier, c'est possible, il est assez fatigué, assez dépravé, assez usé pour cela. Que Mme la comtesse enfin me trouve charmante et le lui écrive c'est encore possible. Mais qu'il dise lui-même qu'il est amoureux de moi *plus que jamais !...* Voilà qui est une... blague.

You see — it was a Florence servant who wrote to Vienna, and the countess, and the devil knows what else!

Voyez-vous, c'est un domestique de Florence qui a écrit à Vienne et la comtesse et le diable !

And I recount only what Rosalie swears to officially; the rest is of a rare tenderness.

Et je ne raconte que ce que Rosalie jure officiellement, le reste est d'une tendresse rare.

They say Torlonia was dead drunk this evening; Larderei drunk too — trembling, agitated, gambling wretchedly. That is what inspires pity. I should like to see him calmly lose or win a hundred thousand francs. But what can one do — it is his character.

On dit que Torlonia était ivre-mort ce soir, Larderei ivre aussi, tremblant, agité et jouant comme un misérable. Voilà ce qui fait pitié. Je voudrais lui voir tranquillement perdre ou gagner cent mille francs. Que voulez-vous, c'est son caractère.

We laugh at all of it, and I am quite muddled all the same by all these hypocrisies.

On rit de tout cela, et je suis assez embrouillée tout de même avec toutes ces hypocrisies.