Diary of Marie Bashkirtseff

Half past ten — if before eleven you are at the Chiaia, you know what will happen to you. I was in bed, and at five minutes to eleven I was on foot in the garden of the Chiaia — which is called, as all the dogs know, Villa Reale, or by abbreviation the Villa. After an hour of forced walking, here I am. Now I must write several times a day.

Dix heures et demie si avant onze heures tu seras à la Chiaja il t'arrivera tu sais quoi. J'étais couchée et à onze heures moins cinq minutes j'étais à pied dans le jardin de la Chiaja qui se nomme comme le savent tous les chiens, Villa-Reale, par abréviation villa. Après une heure de marche forcée me voici. A présent il faut que j'écrive plusieurs fois par jour.

— There are at the Hôtel du Louvre two very pretty Russian young ladies — he said to M[aman], and then turning to Dina: — What a ravishing hat you have, Mademoiselle! And you are admirably well coiffed — those curls, it is ravishing.

- Il y a à l'hôtel du Louvre deux demoiselles russes très jolies -dit-il à M[aman] et encore s'adressant à Dina : - Quel ravissant chapeau vous avez Mademoiselle ! Et vous êtes admirablement bien coiffée, ces boucles, c'est ravissant.

Do you understand? And you should know that it almost kept me from sleeping last night.

Avez-vous compris ? Et savez-vous que cela m'a presque empêché de dormir hier soir.

Walking with Rosalie I was quite witty, and I strive with all my strength to maintain myself in the mood of last evening. I feel the approach of this annihilation as camels sense the coming of the hurricane in the desert.

En me promenant avec Rosalie j'avais beaucoup d'esprit et je tâche de toutes mes forces de me maintenir dans les dispositions d'hier soir. Je sens l'approche de cet anéantissement comme les chameaux sentent venir l'ouragan dans le désert.

— Monsieur le comte has come in and gone to bed, Rosalie told me yesterday.

- Monsieur le comte est rentré et couché me dit hier Rosalie.

His arm must hurt, I thought — and upon that, an unreasonable desire to go kneel beside his bed and watch over his sleep, or serve him if his arm prevented him from sleeping. It is a complete overthrow of all my ideas about... a heap of things. And I can say it boldly — it has never been thus. I have no will, no desire to do anything whatsoever.

Il a peut-être mal au bras pensai-je; et là-dessus un désir déraisonnable d'aller m'agenouiller près de son lit et guetter son sommeil ou le servir si son bras l'empêchait de dormir. C'est un bouleversement complet de toutes mes idées sur... un tas de choses. Et je puis le dire hardiment cela n'a jamais été ainsi. Je n'ai pas de volonté, je n'ai pas le désir de faire quoique ce soit.

I used to strike poses and cry: I am mad about him! Now I detest having it spoken of — because I am always afraid of something.

Je posais en criant : j'en suis folle ! Maintenant je déteste qu'on en parle parce que j'ai toujours peur de quelque chose.

— What a charming man, said Maman — he is the first young man almost accomplished that I have encountered abroad. Only what a pity — the Righis and the Melissanos will devour him. Naturally it would be madness to regard him not only... but even as a man of the world like all the others.

- Quel charmant homme, dit maman, il est le premier jeune homme *presque* accompli que je rencontre à l'étranger. Seulement quel dommage, les Righi et les Melissano le mangeront. Naturellement il serait insensé de le regarder non seulement... mais même comme un homme du monde comme tous les autres.

That last part of the speech always follows some joke of Dina's about my love. That last word I have just written wounds me — I detest speaking of it tragically and cannot laugh. If I ever pleased him, in these two days he has lost all his illusions. I am disgracefully disagreeable. He no longer has his wild air — he is serious and correct. So much the worse — before he made me laugh, now he almost makes me weep. I detest myself for these sentimental phrases, I hate myself for these... stupidities! It is so ridiculous! A little less passion, if you please.

Cette dernière partie du discours vient toujours à la suite de quelque plaisanterie de Dina sur *mon amour.* Ce dernier mot que je viens d'écrire me blesse, je déteste en parler tragiquement et je ne puis pas rire. Si jamais je lui ai plu, en ces deux jours il a perdu toutes ses illusions. Je suis indignement désagréable. Il n'a plus son air insensé, il est sérieux et convenable. Tant pis, avant il me faisait rire à présent il me fait presque pleurer. Je me déteste pour ces phrases sentimentales, je me hais pour ces... bêtises ! C'est si ridicule ! Moins de chaleur S.V.P.

Bijou is lodged in a room quite at the bottom — like a concierge's lodge near the service entrance.

Bijou loge dans une chambre tout à fait en bas, qui est comme une loge de concierge près de la porte de service.

The calling cards of Zunica and Marini.

Les cartes de Zunica et de Marini.

I wanted to stay at home, but having seen Larderei go by arm in arm with the officer and greet Maman who was passing at that moment with the Fabbricatores, I signal to them and, putting on my hat God knows how, [Words blacked out: I want to leave. Ah! yes the Fabbricatores go back in] and Doenhoff comes! A quarter-hour of fever!

Je voulais rester à la maison, mais ayant vu Larderei courir bras dessus bras dessous avec l'officier, et saluer maman qui passait en ce moment avec les Fabbricatore je leur fais des signes et mettant mon chapeau Dieu sait comment, [Mots noircis: je veux partir. Ah ! oui les Fabbricatore rentrent] et Doenhoff vient ! Un quart d'heure de fièvre !

At last I see him! It is not for laughing and out of habit that I use exclamation marks — it is because I am breathless, beside myself. He is there with that fine officer who is dreadful and whom I detest — a species of leech! — and Melissano. — Melissano tormented me all day to be introduced to you — he said. Thanks therefore to Melissano, that monster comes in. With my poor eyesight I recognised him from an enormous distance.

Enfin je le vois ! Ce n'est pas pour rire et par habitude que je mets des points d'exclamation, c'est parce que je suis haletante, hors de moi. Il est là avec ce bel officier qui est affreux et que je déteste, espèce de sangsue ! et Melissano. - Melissano m'a tourmenté toute la journée pour vous être présenté - a-t-il dit. Grâce donc à Melissano ce monstre rentre. Avec ma mauvaise vue je l'ai reconnu à une énorme distance.

Maman — oh! always the same! Maman goes up to dine! Imagine — to dine! If that is not stupid. I was at table — oh, fury! — when in the mirror facing me I saw the door half-open and reveal Bijou's pale face, and behind him Monsieur le Singe.1 Monsieur le comte exchanged some grimaces or other with Madame my mother. And there we are. It was over. I go downstairs.

Maman, oh ! toujours la même ! Maman monte *dîner* ! Imaginez-vous dîner ! Si ce n'est pas stupide. J'étais à table ô rage, lorsque dans la glace en face de moi j'ai vu la porte s'entrouvrir et me montrer la figure pâle de Bijou, et derrière lui Monsieur le singe. Monsieur le comte a échangé je ne sais quelles grimaces avec Madame ma mère. Et voilà. Ce fut fini. Je descends.

— Ah! Mademoiselle, you missed it! The gentlemen were here — they looked so disappointed! Monsieur le comte came in; he told me at last: "If you are very good, I shall have little Charles come to you." — He said that! Profound delight.

- Ah ! Mademoiselle vous avez manqué ! Ces messieurs étaient ici, ils avaient l'air si désappointé ! Monsieur le comte est entré, il m'a dit que enfin : "si vous êtes bien sage je vous ferai venir le petit Charles". - Il a dit ça ! Profond ravissement.

— Yes, and he tapped on that chest with his cane and asked if that is where you keep your letters and everything you write. I told him no, that it is in the white box, and he said that one of these days he would steal it to read it — and then, he said that tonight it is very fine at San Carlo, but that he would go to the Skating since these ladies are going, and that he would introduce the Prince de Melissano there... in short. — In short, it is an outrage!

- Oui, et il a tapé sur ce coffre avec sa canne et il a demandé si c'est là que vous mettez vos lettres et tout ce que vous écrivez. Je lui ai dit que non, que c'est dans la boîte blanche et il a dit qu'il allait un de ces jours voler cela pour le lire, et voilà, il a dit que ce soir c'est très joli à Saint-Charles mais qu'il irait au Skating puisque ces dames y vont et qu'il va là présenter Monsieur le prince de Melissano... enfin. - Enfin c'est une infamie !

They did not come to the Skating — I had the two nuisances, Caracciolo and Melito, Santasiglia, Campomarino, and Marini. I skated, then sat on the highest step where the chairs are, and people grouped around me — a sort of Gavronzi staircase... One appears witty cheaply [Word blacked out: therefore] by speaking easy French, especially in Italy. Those who were with me have nothing to complain of — but I!

*Ils* ne sont pas venus au Skating, j'avais les deux misères, Caracciolo et Melito, Santasiglia, Campomarino et Marini. Je patinais, puis je m'asseyais sur la plus haute marche où sont les chaises, on se groupait autour de moi; une sorte d'escalier de Gavronzi... On paraît spirituel à bon marché [Mot noirci : donc] un parler facile français, surtout en Italie. Ceux qui étaient avec moi ne sont pas à plaindre mais moi !

Ah! if it is like that! Will it last? Rosalie says that Bijou went out an hour before us, saying: — I am not going to the theatre — I am going to the Skating.

Ah ! si c'est comme ça ! Cela va-t-il durer ? Rosalie dit que Bijou sortit une heure avant nous disant : - Je ne vais pas au théâtre, je vais au Skating.

Well, what can I say! I am struck with ill-luck. A spell has been cast on me — one must believe in the gettatura!2

Enfin que puis-je dire ! Je suis frappée du guignon. On m'a jeté un mauvais sort; il faut bien croire à la *gettatura !*

Listen — I am annihilated; I have never been thus, I have never thought of a man as I think of this one. It is not that he seems good to me... but he seems perfect to me. Audiffret was hard; Antonelli had a host of faults that I felt keenly — indeed, as you know, he had only rubbed off on me. But Larderei... it reaches the point where I reproach myself for placing his name among the others, and I find him... perfect.

Ecoutez je suis anéantie, je n'ai jamais été ainsi, je n'ai jamais pensé à un homme comme je pense à celui-ci. Ce n'est pas qu'il me semble bien... mais il me semble parfait. Audiffret était dur, Antonelli avait une foule de défauts que je sentais bien, d'ailleurs vous savez cela n'avait fait que déteindre sur moi. Mais Larderei... c'est au point que je m'en veux de placer son nom avec les autres et que je le trouve... parfait.

I cannot hear him spoken of — it puts me into extraordinary states, and when Maman doubted a complete break with la Righi, adding that Marcuard and the leeches were perhaps working to bring them back together, I left the room in earnest — saying in earnest that I could not listen to such horrors. It is unbelievable! And barely written, I think I have invented or exaggerated. More than that — listen:

Je ne peux pas en entendre parler, cela me met dans des états extraordinaires et lorsque maman a douté d'une complète rupture avec la Righi, ajoutant que Marcuard et les sangsues travaillaient peut-être à les remettre ensemble, je suis sortie *sérieusement* de la chambre, disant sérieusement que je ne pouvais pas écouter de pareilles horreurs. C'est à ne pas y croire ! Et à peine écrit, je crois que j'ai inventé ou exagéré. Bien plus encore, écoutez :

— Why do you always speak to me of la Righi! Will no one leave me in peace! It is outrageous!

- Pourquoi vous me parlez toujours de la Righi ! Est-ce qu'on ne veut pas me laisser tranquille ! C'est indigne !

And I sat down near the drawing room table, ready to weep — and if Dina had not half-opened the door to ask me something I know not what, I would have wept. I am going to weep this instant — no — and perhaps it would do me good.

Et je m'assis près de la table du salon prête à pleurer et si Dina n'avait pas entrouvert la porte pour me demander je ne sais quoi, j'aurais pleuré. Je vais pleurer à l'instant, non, et cela me ferait du bien peut-être.

Why did he write to me! I had forgotten — it was nothing more than a trifle to tell my chambermaid with variations. Why — come now, why these letters! He was first! And now! The best thing would be to leave the day after tomorrow. I have nothing yet to forget... The cards always say no!

Pourquoi m'avoir écrit ! J'avais oublié, ce n'était plus qu'une bêtise à débiter à ma femme de chambre avec des variations. Pourquoi, voyons pourquoi ces lettres I! Lui le premier ! Et maintenant ! Le mieux serait de partir après-demain. Je n'ai encore rien à oublier... Les cartes disent toujours non !

What good is complaint — my tears will change nothing. I am condemned to be unhappy. This still, then artistic glory — and if I fail, rest assured, I shall not live to moulder somewhere in domestic virtue.

A quoi bon se plaindre, mes larmes n'y feront rien. Je suis condamnée à être malheureuse. Encore cela, puis la gloire artistique et si j'échoue, soyez tranquille, je ne vivrai pas pour moisir quelque part dans les vertus domestiques.

I no longer want to speak of love, because I have worn that word out for nothing. I no longer want to invoke God — I want to die. My God and Lord Jesus Christ, let me die! I have lived little, but the lesson is great. Everything has been against me. I want to die. I am incoherent and ravaged like my writing. I detest myself like everything that is wretched. To die, my God, to die. I have had enough.

Je ne veux plus parler d'amour parce que j'ai usé ce mot pour rien. Je ne veux plus invoquer Dieu, je veux mourir. Mon Dieu et Seigneur Jésus-Christ, faites-moi mourir ! J'ai peu vécu mais l'enseignement est grand. Tout m'a été contraire. Je veux mourir. Je suis incohérente et saccagée comme mes écrits. Je me déteste comme tout ce qui est misérable. Mourir Mon Dieu, mourir. J'en ai assez.

I do not love Larderei — but it is one more grief, a shame, a I-no-longer-know-what.

Je n'aime pas Larderei, mais c'est un chagrin de plus, une honte, un je ne sais plus quoi.

A very sweet death — to die singing some beautiful aria of Verdi. No spite awakens now as before — before I wanted to live on purpose, so that others should not enjoy and triumph; now it is all the same to me. I suffer too much. Why did he write to me!!

Une mort bien douce, mourir en chantant quelque bel air de Verdi. Aucune méchanceté ne se réveille comme avant, avant je voulais vivre exprès, pour que les autres ne jouissent et ne triomphent pas, à présent cela m'est égal. Je souffre trop. Pourquoi m'avoir écrit II!

Notes

Monsieur le Singe: "Monsieur the Monkey" — Marie's scornful nickname for one of Larderei's companions (the dreadful officer).
Gettatura: the Neapolitan belief in the evil eye; the power of certain individuals to bring bad luck by their glance.