Sunday, 1 April 1877
I wrote together with Doenhoff about twenty letters worded thus: "This evening at six o'clock by the Aquarium — absolutely." Many were caught by it. Above all the solemn Prussians of the Prince's suite, who all went there in secret from one another. Doenhoff watched the scene with us from the balcony.J'ai écrit ensemble avec Doenhoff une vingtaine de lettres ainsi conçues: "Ce soir à six heures près de l'Aquarium absolument". Beaucoup y ont été pris. Et surtout les graves Prussiens de la suite du prince, qui y sont allés tous en cachette les uns des autres. Doenhoff a assisté avec nous à cette scène, du balcon.
J'avais aussi écrit à Larderei, puis j'ai envoyé Rosalie retirer la lettre dans laquelle je ne cachais pas que c'est Violette, pour le mieux attraper. Nous l'avons rencontré à la rue de la Chiaja d'une façon si brusque que je me suis mise en colère. Son salut me parut froid et hésitant; Dina me tendait des violettes je les ai jetées sur le pavé et demandant à rentrer je me suis renfermée dans un silence qui semblait causé comme par une peur.
Nous entrions dans la Chiaja (riviera di) et lui aussi à pied avec deux chenapans quelconques. Je me mis sur le balcon, il passa dans la Villa en me regardant, ce que je faisais de mon côté, arrivé à la traverse il laissa ses amis et rentra à l'hôtel, juste au-dessous du balcon. Je suis revenue dans la chambre et ce que j'ai tremblé, ce que mon cœur a battu pendant cinq minutes. Dieu seul le sait. J'avais fait replacer la lettre, en le voyant rentrer je me mis dans une fièvre enragée pour ravoir la lettre.
Rosalie m'a trouvé haletante sur le carreau. - Je l'ai la lettre ! me cria-t-elle. Ah !
- Et Bijou ? demandai-je en déchirant le papier en trente-six morceaux. - Il a demandé si ces dames sont chez elles... - Et vous avez dit ?!!! - J'ai dit que vous étiez seule... - Malheureuse II!
C'est égal, le mouvement était bon... je remonte en voiture rassérénée. Et j'ai encore le vrai plaisir de revoir Bijou toujours avec ses aides de camp ! Quelle manie d'être toujours le colonel d'un tas de militaires et civils, de les nourrir pour se ruiner !! On nous a remis ses cartes. Pourquoi ? Je lui ai envoyé un polichinelle. Je brûle de le voir pour montrer que je ne suis pas imbécile. Vers six heures il était devant sa fenêtre comme un vrai concierge.
Nous sommes rentrées, cinq minutes après il était près de moi sur le balcon. Je me mis à causer assez vivement, rougissant à chaque phrase. J'ai été très impatientée de le voir dire deux mots insignifiants à Dina. Elle assure en riant que cette jalousie est le plus beau compliment qu'on lui ait jamais fait.
Jour triplement remarquable : 1er avril, Pâques, et présentation du très beau, très illustre, très ravissant, très grand prince de Melissano ! Il passait avec un ami, voyant Larderei sur notre balcon, ce superbe singe joignit les mains, je fis un signe de tête à Bijou qui fit un geste, Melissano descendit de voiture, monta l'étage et fut présenté comme un vrai bouffon qu'il est. Larderei me fait un drôle d'effet.
Ce soir à l'Opéra, la même loge qu'au Veglione, et gracieusement encombrée par six chevaliers de la Violette. Melito, Caracciolo, Melissano, Marini, Campomarino et Bijou.
Je m'épanouissais d'être entourée. Bijou blague. Il est le mari de maman, nous sommes ses filles, Campomarino son fils, mon frère. Il raconte toute une histoire à maman qui se retire dans un coin. Je ne suis pas bête, au contraire. Enfin ! Il se mit entre moi et Dina et fit compliment à cette dernière sur ses boucles, ce à quoi je ne pus m'empêcher de répondre qu'il avait mauvais goût. Une conversation presque générale émaillée d'agaceries avec Larderei m'a rendu la soirée charmante.
- Quelles charmantes violettes vous avez - dit-il en baissant la voix. - Oui, j'en porte toujours. - Il y a beaucoup de violettes à Naples. *- C'est la saison,* mais les miennes sont fanées, je n'en aurai plus bientôt pour manger - ajoutai-je en laissant tomber sur mes genoux une moitié de fleur. - Si vous permettez, nous vous en enverrons, dit-il en ramassant et mettant dans sa bouche ce que j'avais jeté. - Il me semble, dis-je en souriant, que nous vous l'avons déjà permis.
Il ne me fait pas peur ce soir ! Quelle chance. - Vous vous souvenez reprit-il, du soir où vous m'avez [Mots noircis: prié de prendre] le bras pour sortir de ce théâtre ? - Je crois Monsieur que nous y sommes avec vous pour la première fois... - Oui, mais là, dans l'enceinte... où j'ai mangé la moitié... - Attendez ! Et tirant de ma poche une figue sèche, je lui en donnai la moitié et nous l'avons mangé comme le soir du Veglione.
On parlait de bonté, je vantais celle de maman. - Nous avons quelquefois des querelles à ce sujet, dis-je à Larderei, maman est trop bonne. - C'est parce que vous êtes mauvaise. - Je tiens cela de mon père, de vous. - Tout ce que vous avez de bon vient de moi. - Oh ! c'est certain... mais non, sérieusement je suis excellente, seulement... - Pas toujours. - Je deviens mauvaise quand on me tourmente. - Vous étiez méchante ces derniers jours, mais quelquefois vous êtes bonne... - Quand ? - Le jour que vous êtes allée chercher Madame votre tante à Cancello. - N'est-ce pas ? Mais n'en parlez pas devant maman; cette excursion m'a coûté assez cher... - On a su que vous aviez envoyé la dépêche ?... - Oui... et maman a été très fâchée, aussi ne parlez jamais de Cancello devant elle... - Mais nous pouvons bien en parler entre nous... - Oui... - Pourquoi avez-vous fait cela ? - Pour faire une farce... - Un premier avril anticipé ? - Justement, c'était pour m'amuser. - Aller en train direct pendant une heure et revenir tout de suite, le bel amusement ! - Cela amusait donc ? insistait-il. - Oui, puisque cela me faisait plaisir - répondis-je hardiment... en le regardant en face.
Melissano me disait quelque chose, les autres regardaient. Enfin je compris que Melissano me faisait des compliments et me disait : - Vous avez sans doute remarqué comme je désirais vous être présenté. - A moins d'être aveugle - J'ai même été impertinent, vous ne vous êtes pas fâchée ? - Oh ! je ne vous accordais pas assez d'importance. - Ah ! mais je vous ai fait une mauvaise impression ? - Mon Dieu non, si vous m'étiez par trop antipathique je ne vous laisserais pas assis derrière moi... - Alors c'est plutôt une bonne impression... - Non plus, [Mots illisibles] mais vous m'avez causé un rire fou, surtout les derniers jours je ne pouvais pas vous voir... pour le reste, indifférence complète. - Quel mot affreux ! C'est avec ce mot là que les femmes assassinent... - Je suis désolée Monsieur, mais je serai donc obligée de vous assommer tous les jours... Vous dites marquis ?...
Il faut bien les nommer par leurs titres, sans cela on ne s'y reconnaîtrait pas à moins de dire Monsieur un tel. Campomarino me disait quelque chose... Je ne sais quoi. J'étais sous l'empire de Bijou, qui faisait des signes d'amitié à l'officier par excellence et à un autre uniforme. Ces deux Mars, les bouches béantes et les yeux fixés sur moi avec l'expression de l'admiration m'ont fait un réel plaisir, parce que cela a été devant Bijou, et que Bijou l'a fait remarquer à Melissano. Cela ajoute toujours quelque chose de voir l'impression des autres.
Nous avons longtemps attendu au foyer, dûment escortées. Melissano me donnant le bras a été un succès, on l'a presque applaudi. C'est le bouffon de la ville. J'ai ri avec les autres. [En travers: Son désir de vous être présenté était devenu proverbial.] Larderei regardait tous ceux qui attendaient comme nous leurs voitures, d'un air tellement fou que cela me faisait peine. Il ne lui manquait que la Righi !
Nous l'avons ramené, il va dormir jusqu'à trois heures puis jouer et à six heures du matin essayer ses chevaux de courses. Il a emporté le bracelet de maman et un petit peigne en écaille de moi. Il se le pose dans ses cheveux, j'étais enchantée en pensant que je remettrai dans les miens quelque chose qui l'aura touché.
Vous savez ce qu'il a raconté à maman ? L'intérêt qu'il prenait à raconter m'était déjà une offense ! Il parlait de cette femme II! Il est encore furieux contre Niccolini qui l'a rendu ridicule, je ne l'aime plus, mais il m'a rendu ridicule. Cette femme est faite comme une déesse, comme personne. Pauvre fou I!
Oh ! la belle vengeance qu'il a tiré de Niccolini. Pendant que Niccolini était malade, il est allé ouvertement passer la nuit avec la Righi, il lui a donné mille francs et dit devant les domestiques en sortant de chez elle. Il m'a rendu ridicule pendant que tu étais avec moi, à présent c'est avec lui que tu es et c'est moi qui lui rend le ridicule. Va porter ces mille francs à ton amant !
Si c'était un autre homme j'aurais peut-être applaudi, mais Larderei me fait pitié, honte. Il m'enrage, il m'offense II! Sa fille a deux ans. Il lui a donné cent mille francs. - Je suis tranquille, dit-il, elle recevra ces six mille francs par an ! - Elle n'est peut-être pas à vous ?
- Peut-être, je sais qu'elle est de cette femme, le reste qui peut savoir ? Je me moque du monde et de son opinion, mes parents, le Roi enfin a voulu me faire une position, je n'ai rien voulu. Je crache sur tout le monde. Mais je ne serai tranquille que lorsque Niccolini sera mort. Je suis capable de lui procurer un coup de couteau dans une rue bien noire, j'ai bâti une maison, j'avais une femme, un foyer et tout cela est brisé, anéanti en une heure. Je n'ai besoin de rien, je bois, je joue, je fais du tapage et rentre à six heures du matin chez moi où, je trouve... tout ce qu'il me faut. J'étais prêt à l'épouser... Epousez-la donc maintenant, c'est plus original !!!
Je suis indignée, blessée, pâmée, après avoir écrit ces infamies qui m'ont été rapportées par ma mère et que j'ai en partie entendues moi-même. Juste ciel ! Qu'est-ce donc que cet homme I! Bonté Divine que dit-il donc ? C'est donc vrai qu'il soit vraiment fou !!! C'est moi qui voudrais faire quelque chose à la Righi ! A la fille ! Il a une fille, il en parle, il l'aime peut-être !!! Oh ! Mon Dieu et Sainte Vierge Marie faites que cela ne soit pas ! C'est donc cela que j'ai choisi ! Le rebut d'une courtisane, d'une danseuse !! Et il la regrette encore II Et il reviendrait si elle voulait et si ce n'était pas si infâmement ridicule !!!