Saturday, 16 December 1876
## Saturday, 16 December 1876# Samedi 16 décembre 1876
Notre isolement au Skating me rend furieuse, il y a bien eu Belle-de-jour et Markoff, mais ce n'est pas le monde, cela ! J'ai patiné vers la fin et pas trop mal, et comme ma robe était nécessairement courte on vint voir mes pieds "de tous les pays du monde". Jeunes et vieux. En effet mes pieds et mon derrière sont abracadabrants. [En travers: On me regarde et ma position exceptionnelle n'en devient que plus tendue.]
Mme Anitchkoff se trouva en voiture avec nous, je lui fis de nouveau répéter ce qu'a demandé la Howard. - Et elle a nommé Antonelli ? - Quel Antonelli ? Non. Elle a nommé l'autre. - Qui ?! - Bruschetti. - Bruschetti ?!!! Oh ! en vérité. Cela me donne une si belle gaieté que j'ose affronter un dîner chez les Anitchkoff. Ils sont sales et ils mangent salement. Il y eut encore le frère de Lubimoff, jeune homme de vingt-deux ans, décoré en Serbie, comme il faut mais pas beau. M. Anitchkoff est touché de mon amabilité, j'ai chanté et causé. M. Anitchkoff est à moi désormais et sa femme en est ravie, je crois qu'il ne m'aimait pas trop, avant. J'étais franche, familière, gracieuse, folle, comme je ne suis jamais. L'approbation d'un homme comme M. Anitchkoff me flatte et m'honore.
Le jeune Lubimoff est étourdi, nous allons tous chez nous, je continue l'enjôleuse avec Pelikan qui me dit : - Avant vous n'étiez pas du tout comme ça, vraimment vous devenez de jour en jour mieux. Même avec moi vous êtes aimable et caressante; dans un an vous serez une perfection. J'ai joué du piano et Pelikan qui est sourd est enchanté de mon jeu. Lubimoff étant pour Dina je ne crains pas d'être trop charmante, au contraire. Cela pourra peut-être la décider à se marier.
- Mademoiselle, me dit-il en descendant l'escalier de Mme Anitchkoff, je suis bien heureux que vous partiez. - Bah ? - Oui. - Et pourquoi ? - C'est un secret. - Allons donc. - Vraiment. - Dites-le. - Non, plus tard. Et plus tard dans la soirée je lui disais tout haut de prendre garde à moi car, en ayant l'air amoureux on le devient en réalité. Et il me secondait. J'étais extraordinaire.
Et lorsqu'ils furent tous partis mes esprits surexcités sont tombés si bas que je suis allée faire une scène de plaintes et de menaces chez maman. Encore un hiver, et toujours la même chose II! Je vis au salon les cartes de Monseigneur de Falloux, Rossi, l'ambassadrice, sa cousine, Antonelli, Mme Soukovkine, la comtesse de Reculât ! Tout cela n'était qu'un mirage. Rome m'affolle et c'est folie que d'y aller mal, cela me tuerait, vivre mal à Rome oh !!! Et j'adore Rome. Nice est une saleté, Paris un café public. Mais Rome... on y trouve la capitale et la vie intime et cancanière d'une ville d'eaux. Il n'y a pas comme à Paris trente-six mondes. On est ou on n'est pas ! Mais je suis maudite ! Je ne sais où aller, je ne sais que faire, je deviens folle.