Wednesday, 4 October 1876 (22 September) — Escape to Poltava and Spiritual Wrestling
# Mercredi, 4 octobre 1876 (22 septembre) - Escape to Poltava and Spiritual Wrestling
Au nom du Père du fils et du Saint Esprit, je commence corps à corps la lutte avec le taureau roux invisible !
" Sans en rien souffler à personne" comme le gouverneur de Lamor dans "La Périchole", je me suis sauvée ce matin !!
C'est-à-dire on savait bien que je partais, tout le monde, sauf mon père qui a passé la nuit dans la forêt.
Il assista à mon départ en robe de chambre et criant que j'avais tort d'aller etc. etc.
J'écoutai et je partis avec Paul et Stépann sur le siège. Ma fourrure me protégeait contre l'air si vif qui me coupait le visage, tandis que mon esprit était absorbé par la lecture du roman profondément moral de Cassagnac.
A peine à l'hôtel, Michel arriva avec ses chevaux dont nous profitâmes avec Paul pour aller aux informations, chez le notaire, dans des boutiques, partout.
J'étais entre Paul et le prince quand Mme Volkovitsky vint me rendre visite, et puis arrivèrent son mari et Gedanoff.
J'avais envoyé Stépann chez Alexandre et je l'attendais.
Michel, qui ne nous a pas quittés, a dîné avec nous et, après le dit dîner nous nous livrâmes à d'atroces noirceurs sur le compte du prochain... C'est-à-dire que Michel parla de Mme Tutcheff, de la façon indigne dont on a marié son père à Nathalie et enfin je le poussai à dire ce qu'on dit de l'affaire Romanoff. Or, savez-vous ce qu'on dit? On dit que Walitsky, Walitsky, entendez-vous, Walitsky a empoisonné M. Romanoff. Je prenais une tasse de thé et je portais à ma bouche une cuillerée de cette boisson chinoise, eh bien, vous pensez peut-être que j'ai tout laissé tomber ? Et à quoi donc me serviraient mes connaissances, mon mépris universel, ma philosophie ! J'ai avalé mon thé en souriant avec un calme parfait. Une pareille absurdité n'a pas pu provoquer un éclat de rire. Et Michel continuant, raconta que "Maman" c'est-à-dire la princesse sa belle-mère avait volé une énorme somme d'argent du secrétaire de son mari au moment ou celui-ci rendait l'âme.
Mais via !
[Mots noircis: Alors et au nom] Dans un magasin je vis M. Zankovsky, je le reconnus d'après une photographie et il vint [à] à moi et me salua. Il m'a vue la dernière fois il y a huit ans, *d'ailleurs* il n'a pu me reconnaître par ma figure, d'ailleurs me reconnaître était facile du moment qu'on sait que la fille à Bashkirtseff est arrivée de l'étranger.
Non seulement Alexandre n'est pas venu, mais encore il a retenu mon envoyé.
Ah ! voilà qui me ferait grimper au mur si je ne me retenais.
Pleure Rome, pleure, aime, regrette méprise ! Mais ne reste pas un instant sans lire ou parler, la réflexion te conduirait à la folie ou au désespoir pour le moins.
A une heure je pars pour Tchernakowka. On ne m'attend pas, on sera chez soi.
Je vais revoir la campagne où j'ai passé toute ma vie jusqu'au départ pour l'étranger. Là j'ai vécu sous l'aile de grand-maman qui m'adorait et que j'adore à présent. Je verrai son tombeau, je verrai la grande maison, le jardin, l'étang et au-dessus, le kiosque, sur une colline dans le bois. Tout cela passe devant mes yeux, mais ce n'est pas un pèlerinage pieux que je fais, je vais à la poursuite d'un voleur !
Ah ! mon Dieu ! Mon Dieu que cela finisse !
Mon démon, cet autre moi, me crie que si j'allais à présent à pied à Kieff je serais tout ce que je veux et même reine ! Le démon sait bien que c'est impossible et il me torture par ces tentations. Impossible pour av*oir l'impossible...* mais non, ne disons pas l'impossible, il n'y a que le difficile, le merveilleux peut-être. Eh bien faisons le merveilleux pour avoir le merveilleux !
Mon Dieu, ne me tentez pas, ou plutôt toi, créature indigne et insensée, ne tente pas Dieu !
Lève-toi créature indigne et prouve qu'en aimant Dieu on arrive à tout. Mon enveloppe charnelle faiblit... Dieu veut qu'il y ait des bornes à l'ambition, et Dieu m'arrête au milieu de mon élan comme cette force inexplicable qui vous rend immobile et muet dans un cauchemar.
Tout cela ne sont que des phrases par lesquelles je cherche à m'échapper.
Dieu lui-même m'indique le chemin, je sais que je ne le suivrai pas... et cela me torture.
L'hiver qui va arriver comme un coup de tonnerre, le temps qu'il faudra mettre à ce voyage à pied, le "que dira-t-on ?"
Tout me prouve que Dieu veut me prouver l'impuissance de l'homme, Il me dit: va, en me montrant le chemin et je faiblis, c'est ma faute.
Vous me pensez folle, je ne suis qu'en extase et si j'obéissais au Génie qui me parle j'aurais tout. Mais je ne suis pas digne et Dieu, d'une facon ou d'une autre, m'empêche de parvenir, Il influence sur ma volonté, il me remplit de faiblesse, il m'embrouille l'esprit. Va, dit-ll, mais surmonte ces obstacles, si tu les surmontes tu es Digne
*Et je ne peux pas* I!