Sunday, 24 September 1876 (12 September) — Wolf Hunt and Prince's Declaration
# Dimanche, 24 septembre 1876 (12 septembre) - Wolf Hunt and Prince's Declaration
Je me demande comment va la chevelure du Prince, je m'ennuyais tant hier soir que je lui en brûlai une partie, de son propre aveu.
Il commence à faire froid et c'est avec une répugnance assez prononcée que je me laissi réveiller à sept heures. A huit heures je tâchais encore de gagner quelques instants de plus et à neuf heures j'entrais au salon, ma toque de velours noir en tête, et mon amazone noire retroussée de manière à montrer mes armes brodées au haut des bottes.
Les chasseurs étaient tous là, Kamensky, un Porthos, Volkovitsky, une furie de "L'Iphigénie en Tauride", Pavelko un affreux avocat, Salko, un exécrable architecte, Schwabé, le propriétaire de dix-sept chiens de chasse, Lihovtich, un *fonc-tionnaire* presque aussi énorme que Kamensky, un homme dont je ne sais pas le nom, mon père, Michel, Paul.
Tout cela examinait les fusils, discutant sur les cartouches, prenant du thé, et échangeant des plaisanteries aussi plates que vulgaires. J'excepte mon père et nos deux jeunes gens.
Pavelko, ce domestique m'a amené son cheval de Poltava, j'allais *\'enfourcher* mais le joli animal se cabra et se jeta de côté, je n'eus que le temps de sauter sur le seuil de la porte. Notre Cicéron resta donc avec son cheval, et bien m'en a prit de le lui laisser, à peine avait-il touché la selle que la bête le jeta à terre.
Je pris place avec mon père et nos deux fusils. Quatre voitures nous suivaient de près.
Savez-vous comment se fait une battue au loup en Russie ?
Et d'abord excusez si je [Mot noirci: commets] des barbarismes cygénétiques, je n'en sais pas le premier mot.
Depuis une semaine déjà la chasse est annoncée à la commune, au starosta ou bailli, afin de rassembler une quantité suffisant d'hommes, mais à cause d'une foire à Poltava ... il n'en arriva que cent ou cent-vingt au rendez-vous.
[ Dans la marge : n y eut plus de deux cents hommes et des filets furent tendus sur une étendue de six à huit kilomètres. Le Prince Kotchoubey avait envoyé ses filets, ne pouvant lui-même venir.]
Je grelottais, mon père nous rangea tous sans distinction de chaque coté du chemin, nous compta, et ensuite nous partagea en deux sections. Les armés et les sans armes. Il se trouva parmi les paysans une vingtaine de porte-fusil, aux autres on distribua des piques; c'est-à-dire de longs bâtons avec une fleur de lys en fer à l'extrémité comme les anciens Gaulois. Ces piques sont pour tuer lâchement la bête prise dans les filets.
Les deux troupes de paysans prirent l'une à gauche, l'autre à droite afin de se joindre derrière la forêt et mieux l'entourer.
Les filets sont tendus de manière à ce que la bête chassée par les cris de ces hommes vienne s'y prendre en passant premièrement devant les chasseurs qui sont embusqués avant les filets.
Voilà, nous allons donc commencer, l'intendant polonais à cheval, en calotte de toile cirée en forme de casque, et sa pique à la main qui, tout à cheval qu'il soit touche la terre et s'élève encore au dessus de sa tête, galope, va et vient et ne fait rien.
J'arme mon fusil, ajuste ma gibecière contenant un mouchoir de poche et une paire de gants, tousse et je suis prête. Chacun se choisit le *meilleur* endroit, mon père me désigne le mien et se place à quelque distance.
Me voilà donc seule au milieu de la forêt, un fusil tout chargé et armé dans les mains, de l'humidité dans les pieds et de la *froidure* partout. Mes talons d'acier s'enfonçaient dans cette terre mouillée de la pluie d'hier, ce qui augmentait le froid en m'empêchant de *continuer*.
Que pensez-vous que je fis à peine seule ? Oh ! c'est bien simple, je... regardai d'abord ce qu'on voyait, à travers les arbres du ciel, un ciel gris et froid, ensuite je regardai autour de moi, je vis des arbres hauts mais déjà automnés [sic], et apercevant le manteau de mon père par terre, je m'étendis dessus et me pris à songer que nous chassions... avec un grand duc amoureux de moi, qu'il se trouvait seul avec moi et me déclarait son amour, en cet instant je sens quelque chose de tiède tout près de moi je me retourne... ciel !... trois animaux...aussi doux que caressants, le grand chien noir et les deux petits chiens noirs, Joux I et Joux II.
Enfin je distinguai un coup de fusil : le signal, aussitôt les cris de nos paysants, très loin encore; à mesure qu'ils se rapprochaient ma rêverie s'éloignait et lorsqu'ils furent assez près pour qu'on pût ressentir cette émotion que donnent toujours les cris de beaucoup de gens criant tous ensemble même pour rire, je me levai sur pieds, sautai sur mon fusil et dressai l'oreille ainsi que mes trois chiens. Les cris se rapprochaient, j'entendais déjà les coups qu'on donnait aux branches avec les piques, pour augmenter le tapage.
Il me semblait à chaque instant entendre des craquements dans les broussailles, car les loups préfèrent les endroits épais; on criait là-bas de plus en plus, et quand parurent les premiers hommes mon cœur sautait à bonds casquadés, je crois même que j'ai tremblé un instant. Mais les hommes ne chassaient rien devant eux; les filets se trouvèrent vides après inspection on n'y trouva qu'un pauvre lièvre que le géant Kamensky tua d'un coup de pied, l'abominable brute.
L'un après l'autre arrivèrent tous les autres chasseurs, on se complimenta sur la guigne générale et on marcha assez gaiement vers la plaine où sous une meule de paille ou de foin on se disposa à manger des choses salées et à boire de l'eau de vie. Les paysants furent régalés (hommes: cent vingt), de moutons rôtis, de pâtés et d'eau-de-vie. Ça semble grandiose et ce n'est que naturel en Russie. Ces braves animaux, non, hommes examinaient curieusement cette créature moitié femme moitié homme, et plutôt femme, qui portait un fusil et leur souriait à pleine bouche. Mon père leur parla de la loi concernant les chevaux, je crus qu'il les haranguait pour la Serbie.
Reposés, nous nous remîmes dans les bois sombres. Mais comme au lieu de loup on chassait cette fois le lièvre, il fallut marcher, marcher, marcher, suivre les vingt-neuf chiens [[Mot noirci : suivis] par le chasseur que le prince Kotchoubey a envoyé hier. Le soleil parut, et je serais devenue gaie si la fatigue n'avait pas remplacé l'humidité; mon père suivait les aboiements des chiens et je suivais mon père, à travers les arbres avec leurs branches entrelacées qui auraient donné à songer à une plus douillette que moi; mais chaque à sa place, à la chasse on n'est pas au bal ou au salon, il est donc ridicule de se lamenter, autant vaut ne pas y aller. Au bout de deux heures de marche nous n'avions pas vu la queue d'un lièvre. Les rencontres excitent, même lorsqu'on manque; cette saine attente m'a impatientée et trouvant notre voiture je revins avec mon père "al paterno tetto".
Je me fis frotter de parfum, m'habillai et descendis retrouver les autres qui avaient apporté trois lièvres.
J'étais admirablement jolie (toujours parlant relativement, autant que je puis être jolie). De la modestie ? fi, donc, mais c'était inutile, aucun de ces monstres ne ressemble à un homme.
Avec les paysans je suis expansive et familière, avec mes égaux d'éducation je suis assez agréable je crois, mais avec ces saligauds I Pour éviter de leur parler je jouai et je perdis une centaine de francs au géant.
Volkovitsky nous dit ensuite des anecdotes juives et on arriva avec ce peu et avec deux repas à arriver vers onze heures.
On joua de nouveau, et je passai dans la bibliothèque écrire une lettre à un marchand de chevaux à Pétersbourg. Comme de raison le prince me suivit, et après m'avoir supplié de lui donner ma main à baiser, ce que je fis au bout de dix minutes et sans trop de répugnance; le petit, m'ayant regardée, ayant soupiré, commencé et interrompu plusieurs exclamations, me demanda quel âge j'ai.
- Dix-sept ans.
- Eh bien quand vous aurez vingt... cinq ans je vous ferai la cour.
— Ah ! fort bien.
Il m'examina pendant quelques instants, puis:
— Et alors... alors vous me repousserez ? [Mots noircis : Oh ! Oh !]
Voyez-vous ce calcul, cette combinaison, ce projet ? Je le vis à sa figure, à ses yeux, je le devinai d'après les *antécédents,* et cela me parût si amusant mais si amusant, que je le racontai à la Princesse et à mon père, le priant de n'en rien dire au petit, qui effrayé s'était réfugié dans la maison rouge et revint tout confus ne sachant quelle figure lui allait faire mon père. Si je n'avais pas deviné, c'est-à-dire s'il n'avait pas voulu dire ce que j'ai compris, il ne se sauverait pas et ne me dirait pas ensuite un tas de balivernes qui ressemblaient à des plaintes, à des reproches, à tout et à rien.