Monday, 28 August 1876 (16 August) — Marriage Discussion and Rome Plans
# Lundi, 28 août 1876 (16 août) - Marriage Discussion and Rome Plans
Je lui décrivais nos meubles et quand j'eus fini :
— Mais, dit-il, tout cela est fort bien, mais as-tu pensé comme toutes les jeunes filles., enfin, que tu dois te marier...
— Oui, sans doute.
— Eh bien, as-tu pensé à ta position et as-tu compris sa fausseté ? Tous ces gens qui venaient chez vous, ce n'est pas ce qu'il faut et...
En un mot il me dit absolument tout ce que j'ai dit cent fois moi-même. Mais il me le dit en me ménageant et sans froisser aucun de mes sentiments; au contraire arrondissant et passant avec précaution les *détroits dangereux.* Il allait au devant de mes désirs, je n'eus pas l'embarras d'une ouverture et lorsqu'il eut fini je dis tout naturellement :
— Mais puisque ça ne peut-être autrement, il n'y a rien à faire.
— C'est vrai il n'y a rien à faire. Mais pense bien à tout ce que j'ai dit.
— J'y ai déjà pensé cent fois. Mais il n'y a rien à faire, on ne peut donc pas se casser la tête.
— Oh ! se casser la tête, en vérité cela ne vaut pas la peine, mais...
— Mais pourquoi ne viendrais-tu pas cet hiver à Rome ?
— A présent il est trop tard, à Rome vous avez été., et on s'est informé. Crois-tu qu'un homme, à moins qu'il soit seul, un homme qui a des intentions sérieuses, n'ira pas demander lui ou sa famille... enfin, crois-tu que si Paul se mariait je ne demanderais pas, qui est la personne, quelle est sa famille ? Et tout cela ? A présent vous avez *gâté Rome.*
Je ne me fâchais pas, je voyais qu'il se rendrait.
— Pas du tout. Si vous veniez avec vos enfants qui oserait vous mal regarder ? Surtout vous un homme si comme il faut, ayant une si belle position.
Et ce serait mieux pour vous et pour moi. On n'aurait pour *nous* que des prévenances et des saluts.
— Il faut songer à cela, et puis vois-tu ta mère m'a abandonné et tu sais "chaque petit homme a des petites affaires".
— De cela on ne parle pas et je ne m'en informe point.
— D'ailleurs je suis malgré cela libre comme l'air. Il faut y songer.
— Il ne faut pas y songer. Il faut venir avec moi. Vous voyez bien ce que je suis; je *vaux* quelque chose. Voillà comment nous ferons, quand je partirai pour l'étranger vous viendrez avec moi.
— J'y songerai, oui, peut-être.
J'étais satisfaite, il se fit un silence, puis on parla d'autre chose et quand il s'en alla j'allai chez la princesse et au bout d'un quart d'heure elle me montrait le portrait de son Italien, et je lui disais que c'était son amoureux et elle riait, comme Nina. En ce moment mon père entra revenant de la maison rouge et la petite bossue s'assit sur le portrait, ce qui nous fit rire comme des folles quand M. Bashkirtseff fut parti.
J'ai dit à mon père d'inviter Alexandre ici, et il lui écrivit une lettre très aimable. Que dites-vous de cela ?
Je dis que je suis un ange. Pourvu que Dieu continue à être bon.
Ne riez pas de ma dévotion, il n'a qu'à commencer pour trouver tout ridicule dans mon journal. Si je me mettais à me critiquer comme écrivain j'y passerai ma vie.