Saturday, 1 July 1876
A view of the villa was taken with me on the balcony.# Samedi 1er juillet 1876
Chaque heure écoulée m'est un chagrin. Le temps se passe... et je moisis !
Je suis allée un instant sur la terrasse, en ma robe biblique, avec Victor dont la tête m'arrive jusqu'au coude. Del Borgo et Danesi ont tourné la tête et, passé trois maisons, retournèrent de nouveau. Cela m'a amusée.
Ensuite arriva la Daniloff et comme Antonoff s'en retournait, n'osant entrer, maman l'appela et ce brave homme en fut tout enchanté. Il admira les meubles puis mes peintures ; lui et la Daniloff me parlent comme à la Madone.
Je me mis au piano et commença une romance russe, à mesure que je chantais Antonoff se levait sur son fauteuil et m'interrompit avant la fin en s'élançant vers le piano avec des cris d'enthousiasme provoqué par mes notes basses. Ah ! si je faisais cet effet à tout le monde, qui sait ? Je n'ai pas encore essayé. Nous avons soupé jusqu'à onze heures. Et à présent je suis chez moi, triste et fatiguée.
Je tiens devant moi ma photographie. Je suis habillée mythologiquement mais très couverte, on ne voit que le cou (pas les épaules) et les bras. Je suis debout devant un meuble assez haut, sur lequel j'appuie les deux coudes en me penchant légèrement. La joue droite est appuyée sur mes deux mains avec les doigts entrelacés. La figure est de face et les yeux ouverts et sérieux, presque effrayés, regardent droit devant soi. Laurenti dit que j'ai l'air de dire : - C'est ça la vie ?! - C'est un portrait-cabinet. Je l'enverrai demain à Rome.
L'absence « est le plus grand des maux ». Il voit des nouvelles figures... il peut m'oublier, en voir une autre... Oh ! bien, s'il m'aime aussi légèrement, ça n'est pas la peine de s'en soucier. Mais trois mois c'est énorme... surtout quand on voit beaucoup de monde. Je juge d'après moi. S'il m'oublie si vite c'est que c'est un amour dont je ne dois pas me souvenir. Oh ! j'espère qu'il m'aime bien.