On a pris la vue de la villa avec moi sur le balcon.
Chaque heure écoulée m'est un chagrin. Le temps se passe... et je moisis !
Je suis allée un instant sur la terrasse, en ma robe biblique, avec Victor dont la tête m'arrive jusqu'au coude. Del Borgo et Danesi ont tourné la tête et, passé trois maisons, retournèrent de nouveau. Cela m'a amusée.
Ensuite arriva la Daniloff et comme Antonoff s'en retournait, n'osant entrer, maman l'appela et ce brave homme en fut tout enchanté. Il admira les meubles puis mes peintures ; lui et la Daniloff me parlent comme à la Madone.
Je me mis au piano et commença une romance russe, à mesure que je chantais Antonoff se levait sur son fauteuil et m'interrompit avant la fin en s'élançant vers le piano avec des cris d'enthousiasme provoqué par mes notes basses. Ah ! si je faisais cet effet à tout le monde, qui sait ? Je n'ai pas encore essayé. Nous avons soupé jusqu'à onze heures. Et à présent je suis chez moi, triste et fatiguée.
Je tiens devant moi ma photographie. Je suis habillée mythologiquement mais très couverte, on ne voit que le cou (pas les épaules) et les bras. Je suis debout devant un meuble assez haut, sur lequel j'appuie les deux coudes en me penchant légèrement. La joue droite est appuyée sur mes deux mains avec les doigts entrelacés. La figure est de face et les yeux ouverts et sérieux, presque effrayés, regardent droit devant soi. Laurenti dit que j'ai l'air de dire : - C'est ça la vie ?! - C'est un portrait-cabinet. Je l'enverrai demain à Rome.
L'absence « est le plus grand des maux ». Il voit des nouvelles figures... il peut m'oublier, en voir une autre... Oh ! bien, s'il m'aime aussi légèrement, ça n'est pas la peine de s'en soucier. Mais trois mois c'est énorme... surtout quand on voit beaucoup de monde. Je juge d'après moi. S'il m'oublie si vite c'est que c'est un amour dont je ne dois pas me souvenir. Oh ! j'espère qu'il m'aime bien. [//]: # ( 2025-07-19T21:45:00 RSR: Entry extracted from book 8 raw carnet, lines 6476-6503. FINAL DAY BEFORE DEPARTURE: Villa photographed with Marie on balcon. Biblical costume attracts attention from del Borgo and Danesi. Visit from Russian acquaintances Daniloff and Antonoff - exceptional reaction to her singing, especially low notes. PORTRAIT DESCRIPTION: Mythological costume, serious expression, "C'est ça la vie?" to be sent to Pietro in Rome. ABSENCE ANXIETY: Fear Pietro will forget her during three-month separation. Philosophical about love's fragility yet hoping for his devotion. Last night at villa before Russian journey. )