Wednesday, 28 June 1876
— Mademoiselle, I replied, one sits on one stool and puts one's feet on the other.# Mercredi 28 juin 1876
Pourquoi rompre ! Nièce du pape ! Oh ! pourvu que ce satané garçon ne m'oublie pas ! Il m'écrit, il dit qu'il m'aime. Il est malheureux... Bon, voilà que je n'ose plus dire de peur qu'on ne prenne pour un vil (vil ?) intérêt mes paroles. Pensez ce que vous voulez ! Je disais donc... oui, je ne puis lui écrire... et pourtant, n'aura-t-il pas le droit de me reprocher un jour qu'au moment où du fond de son abattement il a appelé a moi, je n 'ai pas répondu à son appel ? J'agis à la légère parce que je ne crois pas à un vrai amour chez cet homme.
— S'il ne vous aimait pas, dit ce matin Collignon, il ne vous écrirait pas des lettres comme ça, il vous écrirait des lettres de huit pages avec toutes sortes de fioritures. Elle a peut être raison. Il m'aime donc ! Ah ! Seigneur, quelle joie, à part tous les cardinaux et tous les papes de la terre.
Si le signor -zio devient pape, cela vaudra la peine de lutter, de se tourmenter. Quel bête de garçon ! Il laisse l'abominable Paolo s'accaparer les bonnes grâces du cardinal en dînant chaque dimanche chez lui. Avant tout, une réconciliation avec le cardinal ! Demain je me photographie en... vous verrez cela demain.
0 Pietro, ô pauvre aveugle ! *Dieu, je suis tout en fièvre ! Faites que Pierre continue de m'aimer et que Jacques devienne pape !* Alors, alors je n'aurai plus rien à désirer. Nièce du pape... oh ! je saurai me faire aimer, mes flatteries impertinentes ne sont pas celles de tout le monde, les plus blasés les goûteraient.
Ah ! nièce du Pape ! Pensez-donc, être quelque chose... de très grand, sans doute, oh ! oui, me mêler de politique, d'intrigues, de tout, être auprès d'un roi, d'un grand homme, sans doute d'un grand homme ! Oh ! c'est le rêve de ma vie, vous le savez bien d'ailleurs. Et pas le moindre sacrifice, car enfin... Pietro, Pietro est un charmant garçon. Pourvu qu'il m'aime. La lettre est datée du 23 juin, c'est le 27, cinq jours d'attente, de souffrance, peut-être, d'ennui, de misère. Ce que je veux, ne pourra être prêt que samedi, il attendra... pauvre Pietro*.
Ah ! j'ai travaillé aujourd'hui. J'ai commandé un bureau, une commode, une étagère, trois glaces, j'ai appelé un commis de la librairie Visconti qui travaille en ce moment à un catalogue de mes livres ; j'ai un joli noyau de bibliothèque, tous les classiques grecs, latins et français, quelques livres anglais et italiens.
Il m'a fallu sortir dès trois heures, j'ai pris Dina avec moi. Quelle chance ! Nous avons rencontré M. et Mme Saetone, Gautier et Laurenti. J'aime à voir Gautier.
C'est grand-papa qui fait la guerre à Antonelli ! Je ne fais que parler de la future élection, faisant des vœux pour que ce soit plus vite, pour être nièce du Pape. J'aurai des ennuis bien plus qu'à présent, mais au moins cela vaudra la peine. Pensez donc ce n'est pas seulement être la nièce de Sa Sainteté à Rome, c'est être reçue dans toutes les cours, en Autriche, en Espagne surtout, le beau pays que l'Espagne ! Et en Bavière, le roi est un adorable extravagant. Et puis en Angleterre, le parti catholique. Pensez-donc !
Et puis je ferais de suite excommunier Audiffret et je donnerai des dispenses à Saetone pour avoir eu le courage d'épouser Mlle Marie Lacroix. Et puis, imaginez-vous moi au théâtre, ou dans un bal. Qui est celle-là ? demandera-t-on ? C'est la nièce du Pape. Ah !
J'ai eu des rêves brillants, mais ce n'étaient même pas des rêves, des folies. Et à présent c'est si près, il semble qu'on n'ait qu'à étendre la main. Ah ! si je devenais nièce du Pape ! Il y a beaucoup de rois, le Pape est unique. Ah !
Walitsky a enfin répondu à Antonelli, une lettre *plaisantante* comme c'est son habitude, dans laquelle je lui ai fait placer cette phrase : « Nous partons dans une semaine, qui sait si je reviendrai, car comme vous le dites si bien, l'avenir est toujours incertain ». Quant à moi je pars dimanche. - Il se mettra à votre poursuite, a dit Bihovetz. Ah ! je ne le crois pas. - Et vous ne serez pas méchante, a-t-il ajouté. Ah ! ça je crois bien.
Grand-papa est horriblement contre ce garçon, même s'il devient neveu de Pape. Quant à moi j'ai annoncé solennellement une fois pour toutes, que, si Pietro * reste comme il est, ça ne sera jamais, tandis que s'il devient neveu du Pape ou bien hérite de beaucoup d'argent (trois cent mille francs de rente minimo-minimum) ça sera absolument, surtout s'il devient neveu de Pape, alors je ne demanderai conseil à personne et s'il le fallait je sauterais du deuxième étage pour que cela soit.
Seulement, je propose et Dieu dispose. Ce rêve va-t-il rester rêve comme les autres ! *Chi lo sa ? Dio.* Il se pourrait, après tout, qu'Antonelli n'ait pas reçu ma fleur. Je doute de son amour. Quand on n'aime pas on n'écrit pas des lettres comme la sienne. « Je vous aime, et j'ai besoin du soulagement d'une parole de vous ». Cette simplicité prouve que c'est vrai. Comme l'Évangile. - « Qu'est-ce qui prouve que c'est la vérité ? disait M. Brunet, mon maître, - L'extrême simplicité du récit. - disait-il, car si c'était une invention, elle serait embellie par toute sorte d'images de réthorique, comme les contes merveilleux » ; mais ici on dit les faits tout simplement car comme ce n'était que l'exacte vérité, on n'a même pas supposé qu'on put en douter.
Je ne doute pas de cet amour, je doute de son énergie, je doute de son caractère, et j'ai raison. Domine, salvum fac futurum Pium X. Car je suppose que le cardinal prendra le nom de Pie par reconnaissance.