Diary of Marie Bashkirtseff

# Dimanche 30 avril 1876

At eleven o'clock I was summoned to Maman's room for a letter that had just been received and which they would only give to me. You can guess my suppositions — I arrive quite out of breath and find a letter from Couthon. You remember this Couthon who writes me letters?

A onze heures on est venu m'appeler chez maman pour une lettre qu'on venait de recevoir, qu'on ne voulait donner qu'à moi. Vous devinez mes suppositions, j'arrive tout essouflée et je trouve une lettre de Couthon, vous vous souvenez de ce Couthon qui m'écrit des lettres ?

But this one is strange. He speaks to me of my past feelings and says: if you want nothing more to do with me, why continue this correspondence? Then he urgently requests an interview with some member of my family, and sends me a pansy1 with this motto: A pansy is a remembrance, and remembrance is life. And at the same time a cutting from an illustrated paper containing the story of two people who loved each other so much that they died of it.

Mais celle-là est bizarre. Il m'y parle de mes sentiments passés et me dit que si vous ne voulez plus rien avoir pour moi pourquoi continuer cette correspondance ? Puis il demande instamment une entrevue avec quelqu'un de ma famille et m'envoie une pensée avec cette devise: La pensée c'est le souvenir, le souvenir c'est la vie. Et en même temps un fragment de journal illustré contenant l'histoire de deux personnes qui s'aimèrent tant qu'ils en moururent.

My family thinks it is payback for my letters to Audiffret. But no — this Couthon was writing to me already when I was not yet writing.

Les miens pensent que c'est la monnaie de mes lettres à Audiffret. Mais non, ce Couthon m'écrivait déjà quand je n'écrivais pas encore.

Well! It is strange and it is beginning to worry me — for here is what I suppose: this man is in good faith, but someone is writing to him in my name.

Enfin ! c'est bizarre et cela commence à m'inquiéter car voilà ce que je suppose: cet homme est de bonne foi mais c'est quelqu'un qui lui écrit de ma part.

The weather is bad; Giro spent the morning with me, after which I went to her place and then to the concert, where we saw Galula, who is very glad to see us again and is, as always, witty. There is nobody there — it is desolate. One has no desire to do anything.

Il fait mauvais, Giro a passé la matinée chez moi, après quoi j'ai été chez elle et à la musique où nous avons vu Galula qui est très content de nous revoir et qui est comme toujours plein d'esprit. Il n'y a personne, c'est une désolation. On n'a envie de rien faire.

Provided Pietro has not taken my kiss for a simple girlish caress. I do not know how others think — as for me, I think that a kiss on the lips is the most complete avowal, the most solemn oath there is in the world.

Pourvu que Pietro n'ait pas pris mon baiser pour une simple caresse de jeune fille. Je ne sais comment pensent les autres, quant à moi je pense qu'un baiser sur la bouche est l'aveu le plus complet, le serment le plus solennel qu'il y ait au monde.

I am too proud to speak of my love — I said everything through my kiss. I hope he understood all the gravity I attach to it.

Je suis trop fière pour parler de mon amour, j'ai tout dit par mon baiser. J'espère qu'il a compris toute la gravité que j'y attache.

And if not? No doubt not. He does not understand the sublime in love. He has a great deal of wit but he does not understand these things as I do.

Et si non ? Sans doute non. Il ne comprend pas le sublime dans l'amour. Il a beaucoup d'esprit mais il ne comprend pas ces *choses comme moi.*

The thought that the most sacred moment for me passed unnoticed by him distresses me.

L'idée que l'instant le plus sacré pour moi a passé inaperçu pour lui, me chagrine.

[In the margin: The most sacred moment — sacred only as a matter of principle, not with Pietro alone, but with anyone.]

[Dans la marge: *L'instant le plus sacré,* par principe seulement, sacré non pas avec Pietro seul, mais avec n'importe qui.]

He saw in it a simple kiss which pleased him, and nothing more — yes, no doubt, for the next day he asked me again whether I loved him; he would not have asked had he understood. I do not say that I love him, but I wished him to think it — and he did not understand!

Il y a vu un simple baiser qui lui a fait plaisir, et rien d'autre, oui, sans doute, car le lendemain il m'a encore demandé si je l'aimais, il ne l'aurait pas demandé s'il avait compris. *Je ne dis pas que je l'aime, mais je voulais qu'il le pensât,* et il n'a pas compris !

I am beginning to think he no longer loves me. Three days without a word! I should very much like Zucchini and Cesaro to lead him astray again so that his parents may see what they owe me.

Je commence à penser qu'il ne m'aime plus. Trois jours d'absence ! Je voudrais bien que Zucchini et Cesaro le dévergondassent de nouveau pour que ses parents voient ce qu'ils me doivent.

He has not written to me yet. My nose has been itching for a week2 — what if it is the cardinal's death that I am to learn of?

Il ne m'a pas encore écrit. Le nez me démange depuis une semaine, si c'était la mort du cardinal que je dois apprendre ?

Notes

Pensée — a pansy (in French the word means both "thought" and the flower); here Marie plays on its symbolism.
Russian and French folk superstition: an itching nose presages news or a visitor.