Diary of Marie Bashkirtseff

Yesterday there was a ball at the Quirinal.

# Samedi 29 janvier 1876

Today is very fertile in events, comparatively.

C'est un jour très fertile en événements, comparativement.

First, we had a visit from Mme Soukowkine, who brings unhappy news. Certainly, she says, one may request to be presented — but the Embassy may refuse, because we have no letter of recommendation and the Embassy is very cold toward people it does not know. And after all, I find she is right; my mother and I are mortified — it is simple enough. My mother writes to General Potapoff, chief of gendarmes and the secret police, who recently replaced Count Shouvaloff — everyone knows the importance of this gentleman in Russia. She has known him a long time; she knew his wife, now dead; and Potapoff is even a little related to us through Domenica.

D'abord nous avons eu la visite de Mme Soukowkine qui apporte une triste nouvelle. Sans doute dit-elle, on peut demander d'être présenté, mais l'ambassade peut refuser, parce que nous n'avons pas de lettre de recommandation, et que l'ambassade est fort froide pour les gens qu'elle ne connaît pas... Et, après tout, je trouve qu'elle a raison; ma mère et moi nous sommes ennuyées, c'est tout simple. Ma mère écrit au général Potapoff, chef des gendarmes et de la police secrète, qui a dernièrement remplacé le comte Chouvaloff, tout le monde connaît l'importance de ce monsieur en Russie. Elle le connaît depuis longtemps, elle a connu sa femme morte à présent, et Potapoff nous est même un peu parent par Domenica.

In earlier days he would have done anything in the world for her — who knows now. A word from him would be an order.

Avant il aurait fait tout au monde, qui sait à présent. Un mot de lui serait un ordre.

They bring me crates — dresses, always more dresses — where to put them? I am so wretched that I feel like devoting myself to black. In our miserable position, white draws too much attention. Mme Soukowkine is charming, and my mother, to please me, humiliates herself before everyone. And how my sensitive skin flinches each time at the word protection! I am too mortified to cry.

On m'apporte des caisses, des robes, toujours des robes, où les mettre ? Je suis si lugubre que j'ai envie de me vouer au noir. Dans notre misérable position le blanc fait trop parler de soi. Mme Soukowkine est charmante, et ma mère pour me faire plaisir s'humilie devant tout le monde. Et comme ma peau susceptible se crispe chaque fois au mot "protection'"! Je suis trop mortifiée pour crier.

I am wrong — it is the most natural thing. This lady was asked to find out whether one could be presented without having the formal right of entry at the Russian court. She made enquiries, naming no one, in the presence of the English ambassadress, who was speaking of Englishwomen in the same situation. And the answer was: impossible. I understand — impossible unless there is someone to push the matter. Mme Soukowkine has the air of a gossip who knows everything that passes and is said in this lower world. She even advises applying to some monk in Petersburg to obtain for my father the appointment of gentilhomme de la Chambre.1 He is an obscure monk, but he has secret channels through all manner of small people through whom great affairs are arranged.

J'ai tort, c'est la chose la plus naturelle. On a prié cette dame de savoir si on pouvait être présenté sans avoir le droit d'entrée à la cour de Russie. Elle l'a demandé sans nommer personne, c'était devant l'ambassadrice d'Angleterre qui parlait d'Anglaises se trouvant dans le même cas. Et on a dit que c'était impossible. Je m'entends, impossible s'il n'y a personne pour pousser l'affaire. La Soukowkine a l'air d'une commère qui sait tout ce qui se passe et se dit dans ce bas monde. Elle donne même le conseil de s'adresser à un je ne sais quel moine de Pétersboug, pour obtenir la nomination de gentilhomme de la Chambre pour mon père. C'est un moine obscur mais il a des entrées secrétes par toutes sortes de petites gens par lesquelles on arrange les grandes affaires.

Speaking of my father — this pearl of honesty is at Nice, in the process of losing his penultimate fortune and fleecing the two young Eristoff princes, his nephews. He had the audacity to write a letter to my aunt saying he had to speak with her and requesting her to come and find him at the London House. My aunt replied verbally that those who have things to say to her may find her at Promenade des Anglais, 55 bis, in her villa. I could not have done better.

A propos de mon père, cette perle d'honnêteté est à Nice, en train de perdre son avant dernier bien et de dépouilier les deux jeunes princes Eristoff, ses neveux. Il eut l'audace d'écrire une lettre à ma tante lui disant qu'il avait à lui parler et à cet effet la priant de venir le trouver au London House. Ma tante a répondu verbalement que ceux qui ont à lui parler peuvent la trouver Promenade des Anglais, 55 bis, dans sa villa. Je n'aurais pas mieux fait.

Scarcely had Mme Soukowkine departed than the Greek minister was announced.

A peine Mme Soukowkine partie qu'on annonce le ministre grec.

He is an agreeable gentleman, almost handsome, devoted to the Russians — overwhelmed by Russia. He praises Athens to us and tells us that a statue of Glory has just been discovered, signed by Praxiteles. He speaks like the Paparigopoulos from Spa2 and recalls him without resembling him in the least.

C'est un gentil monsieur, presque beau, adorant les Russes; comblé par la Russie. Il nous vante Athènes et raconte que l'on vient de découvrir une statue de la Gloire, signée Praxitèle. Il parle comme le Paparigopoulos de Spa et le rappelle tout en ne lui ressemblant pas du tout.

— I have written to my mother, he says, telling her of the happy mistake to which I owe the pleasure of your acquaintance; she sees Michel Paparigopoulos often and will tell him.

- J'ai écrit à maman, dit-il, lui racontant l'heureuse méprise à laquelle je dois d'avoir fait votre connaissance, elle voit souvent Michel Paparigopoulos, elle le lui dira.

I have scarcely opened my mouth, still under the impression of the presentation — delayed, perhaps lost altogether.

J'ai à peine ouvert la bouche étant encore sous l'impression de la présentation retardée, peut-être manquée.

As the weather is bad I make myself an antique-style dress of wool so fine that for a single shoulder one needs a width of two metres — and the folds are not excessive.

Comme il fait mauvais temps je me fabrique une robe antique avec de la laine si fine que pour une seule épaule, il faut la largeur de deux mètres, et les plis ne sont pas trop.

Truly, I am a wretch in this world; I shall not say "my cup is still full" like "La Captive" by Chénier.3

Vrai, je suis une misérable dans ce monde, je ne dirai pas que "ma coupe est encore pleine" comme "*La Captive"* de Chénier.

If the situation does not change, I shall devote myself to black once my white dresses are worn out.

Si la situation ne change pas, je me voue au noir une fois mes robes blanches finies.

White is noticed — it does not suit me to be noticed so that people ask "Who is she?" and reply God knows what. Yet I have done nothing to anyone and I suffer the consequences of others' faults — if faults there be. Misera me.4 I shall complain no more for six months, and in six months when I write my complaints they will be believed. At present I am believed no longer — of this I am sure.

Le blanc se remarque, il ne me convient pas d'être remarquée pour qu'on demande "Qui est-elle ?" et pour qu'on réponde Dieu sait quoi. Pourtant je n'ai rien fait à personne et je subis les conséquences des fautes des autres, si toutefois fautes il y a. Misera me. Je ne vais plus me plaindre pendant six mois, et dans six mois lorsque j'écrirai mes plaintes on me croira. A présent on ne me croit plus, j'en suis sûre.

We gossip until one in the morning about a host of people whom Maman knows in Russia and I know through la déesse à la trompette — the goddess with the trumpet, Fame.5

Nous bavardons jusqu'à une heure du matin, d'un tas de gens que maman connaît en Russie et je connais d'après la déesse à la trompette.

They speak of Merjeewsky, who loved me so much — and yet from my diary one would not guess it; that is because with that detestable creature I listened to nothing and noticed nothing. When I think that he came to Nice twice...

On raconte Merjeewsky qui m'a tant aimée et pourtant d'après mon journal ça ne paraît pas, c'est que je n'écoutais et ne remarquais rien avec cette détestable créature. Quand je pense qu'il est venu deux fois à Nice...

Only now do I recall a quantity of circumstances I let pass unnoticed on account of my great disgust for the creature. It seems incredible to me — I was so young, and yet, one must admit it, he loved me. I have no luck: a hideous insect loves me; a being who resembles a man does not love me.

A présent seulement je me souviens d'une quantité de circonstances que j'ai laissé passer inaperçues à cause de mon grand dégoût pour la créature. Ça me semble incroyable, j'étais si jeune et pourtant, il faut bien en convenir, il m'a aimée. Je n'ai pas de chance, un insecte hideux m'aime, un être qui ressemble à un homme ne m'aime pas.

Notes

Gentilhomme de la Chambre: an honorary court appointment conferring the right of formal presentation.
An earlier acquaintance of the same name, from the spa resort of Spa (Belgium), not the same as Michel Paparigopoulos.
"La Captive": an elegy by André Chénier (1762–1794), the French poet guillotined during the Terror. The line "ma coupe est encore pleine" (my cup is still full) is a declaration of life and hope.
Misera me: "Wretched me" — Latin.
La déesse à la trompette: Fame personified as a goddess with a trumpet; i.e., rumour and social gossip.