Diary of Marie Bashkirtseff

# Mercredi 29 septembre 1875

Did I not dream all of that?

Est-ce que je n'ai pas rêvé tout cela ?

No — I wrote it yesterday. It is true.

Non, j'ai écrit hier, c'est vrai.

I am more beautiful, younger — twice as young. I am superior to her in the upper half of my person — I say nothing of the moral comparison, which cannot be made — but physically. And this wretched boy!

Je suis plus belle, plus jeune, deux fois plus jeune. Je lui suis supérieure en haut, je ne parle du moral, cette comparaison ne peut se faire, mais au physique. Et ce misérable garçon !

That is why he has looked so confused these three or four days past; that is why he has come only once, whereas before one could count on seeing him every two days. That is why he turned pale. Bihovetz said yesterday: — Tell me, what have you done to poor Audiffret? He looks so drawn, so piteous!

C'est pour cela qu'il avait l'air confus depuis trois ou quatre jours, c'est pour cela qu'il n'est venu qu'une fois, tandis qu'avant on était sûr de le voir tous les deux jours. C'est pour cela qu'il a pâli. Bihovetz a dit hier: — Dites, qu'avez-vous fait à ce pauvre Audiffret, il a une figure si longue, si piteuse !

So — she heard those stupid rumors that have been circulated, she nearly devoured me with her eyes the other evening upon seeing me, and now she takes him from me. Ah! scoundrel! She will be forever in my path, in dream as in reality! She had only to say the word and she has reclaimed him. So then — she is loved! Filth and vileness are so very attractive!

Voilà, elle a entendu ces bruits stupides qu'on a fait courir, elle m'a presque avalée l'autre soir en m'apercevant et maintenant elle me le prend. Ah ! canaille ! Elle sera donc toujours sur mon chemin, en rêve comme en réalité ! Elle n'eut qu'un mot à dire et elle l'a repris. On l'aime donc ! La saleté et la vilenie sont donc bien attrayantes !

So it seems. Besides, I have no idea at all how it came about.

Il faut le croire. D'ailleurs je ne sais du tout comment cela s'est passé.

And what does it matter to me! It is — that is what I know, that is the essential. I am not yet entirely angry; the astonishment still lasts. Before, I would look at her, I would run to see her; now I can do so no longer — and moreover I shall be obliged to see her.

Et que m'importe ! Cela est, voilà ce que je sais, voilà le principal. Je ne suis pas encore tout à fait en colère, l'étonnement dure toujours. Avant, je la regardais, je courais après elle, à présent je ne le peux plus, il faudra en plus la voir.

No one can be my rival — it is absurd; we are so different! From the very outset the thing was to place me on a pedestal.

On ne peut pas être ma rivale, ce sont des bêtises, nous sommes si différentes ! Du premier coup il s'agit de me mettre sur a piédestal.

And that poor father — alone, sad, shut up in his house, miserable. My wish to see him continues. I pity him: he had a young wife, children, a fortune — and there he is, alone, wretched, and scandalized. Poor man!

Et ce pauvre père, seul, triste, enfermé chez lui, malheureux. L'envie de le voir continue chez moi. Je le plains, il avait une jeune femme, des enfants, une fortune, et le voilà seul, misérable et scandalisé. Pauvre homme !

Let us leave the father where he is, since nothing can be done for him, and let us mount our pedestal.

Laissons le père où il est, puisque nous n'y pouvons rien, et montons sur notre piédestal.

I dress and go out; it is not yet ten o'clock. The windows are open, the horses are waiting. I am going to see whether he will resume his duco-locomotion.

Je m'habille et sors, il n'est pas encore dix heures, les fenêtres sont ouvertes, les chevaux attendent, je vais voir s'il recommencera la duco-locomotion.

I walked without a hat, as is my custom, with my dogs, who give me a thoroughly picturesque air.

J'ai marché sans chapeau comme de coutume, avec mes chiens, qui me donnent l'air tout à fait pittoresque.

Keep [?] or not — refuse [?] [Crossed out: Gioia]

Garder [?] ou non, refuser [?] [Rayé: Gioia]

I was walking quietly and reading when I sensed Gioia. I say sensed because I did not raise my eyes — she was going quickly along the Promenade. Three minutes later she came back in, closing the gate herself.

Je marchais tranquillement et lisais quand je sentis Gioia. Je dis sentir parce que je n'ai pas levé les yeux, elle s'en allait fort vite par la Promenade. Trois minutes après elle rentra en fermant elle-même la grille.

As for me, I went to Nina's, who will bring Marie at one o'clock.

Quant à moi je me suis en allée chez Nina, qui m'amènera Marie à une heure.

At one o'clock she comes, and we dress ourselves up — I as the old man, as the other day, and she as my wife.

A une heure elle vient et nous nous habillons, moi en vieillard comme l'autre jour et elle en ma femme.

We go to Daniloff and Bihovetz, who recognize us at once and laugh a great deal; from there to the photographer Bienmüller, who does not recognize us and refuses to pose us as everything is in disarray. But suddenly I remove my beard — Bienmüller and his wife cry out and seat us at once. From there we go for a walk, catch sight of d'Audiffret at La Victoire, and bow to everyone we meet.

Nous allons chez Daniloff et Bihovetz qui nous reconnaissent à l'instant et rient beaucoup, de là chez le photographe Bienmüller qui ne nous reconnaît pas et refuse de nous faire poser car tout est sens sus dessous. Mais soudain j'enlève ma barbe, Bienmüller et sa femme poussent des cris et nous font poser. De là nous allons nous promener, voyons d'Audiffret à la Victoire, et saluons tous ceux que nous rencontrons.

Not a new amusement, but a diverting one.

Amusement pas nouveau mais divertissant.

Then Marie goes home and I resume my original form and go out with my aunt. Gioia — all in white like me, and without a hat — is at her door. As we advance a little we see the fiery châtelain walking on foot towards his carriage, which awaits him at the far end of the Promenade. He gets in; we meet, we bow, I turn back to look, he does too, and we exchange a smile.

Ensuite Marie rentre et je reprends ma forme première et sors avec ma tante. Gioia, tout en blanc comme moi et sans chapeau, est à sa porte, en avançant un peu nous voyons le châtelain fougueux s'en allant à pied vers sa voiture qui l'attend au bout de la Promenade. Il y monte et nous nous rencontrons, nous saluons, je me retourne, lui aussi et on échange un sourire.

That has erased my stupid coldness of yesterday.

Voilà qui a effacé ma bête froideur d'hier.

I see the whole manoeuvre — one leaves one's horses and goes on foot! Very good!

Je vois tout le manège, on laisse ses chevaux et on s'en va à pied ! Fort bien !

But she! To dare to dress herself like me! And thus dressed and painted she is very beautiful.

Mais elle ! oser s'habiller comme moi ! Et ainsi habillée et peinte elle est très belle.

Can you see me? No — you cannot see me!

Non, mais me voyez-vous ? Non, vous ne me voyez pas !

Oh! how I rage!

Oh ! que je rage !

Oh! the fine dénouement! One sees him no more — I go home, dine in haste, and go up to my room. I gnaw my nails; I want to have my dogs strangled and to set the château on fire!

Oh ! le beau dénouement ! On ne le revoit plus, je rentre, dîne à la hâte et monte chez moi. Je me ronge les ongles, je veux faire étrangler mes chiens et mettre le feu au château !

And for whom! For a kept woman; for a Gioia of thirty-five! He goes about it in a thoroughly romantic fashion.

Et pour qui ! pour une cocotte; pour une Gioia de trente-cinq ans ! Il s'y prend d'une façon toute romanesque.

A rendezvous at the gate — sending the carriage away out of sight! O fury!

Rendez-vous à la grille, renvoi de la voiture au loin ! 0 fureur !

To prefer that woman to me! But does one know what I am capable of when exasperated to this point — of mar... No. I wrote half the word, and I feel incapable of such an absurdity.

Me préférer cette femme ! Mais sait-on de quoi je suis capable exaspérée à ce point ! de l'épous.... Non, j'ai écrit à moitié le mot et je me sens incapable d'une pareille absurdité.

It is the first time anyone has taken a man from me! Good God, how furious I am!

C'est la première fois qu'on me prend un homme ! Bon Dieu que je suis donc furieuse !

And he bows, and he smiles, and he looks radiant! Serpent!! Horror!

Et il salue, et il sourit, et il a l'air radieux ! Serpent !! Horreur !

He has abandoned me, and all his attendants keep away as well — one sees them no more.

Lui m'a abandonnée et tous ses suivants s'écartent aussi, on ne les voit plus.

Ah! how miserable I am.

Ah ! que je suis misérable.

Oh! how I would have him thrashed — how I would box his ears with my white hand — how I would kick him and her — no, nothing for her: I would give her money to go away!

Oh ! comme je le ferais rosser, comme je lui donnerais des soufflets de ma blanche main, comme je lui donnerais des coups de pieds à lui et à elle, non à elle rien, je lui donnerai de l'argent pour qu'elle s'en aille !

My God, my God! I was right to wait before knowing what I think — I could not have done otherwise. Yesterday I felt nothing, I was stunned, dazed; today I am wounded, furious — not merely furious, one often says furious when one is only put out — but truly furious, furious with fury, with rage!

Mon Dieu, mon Dieu ! J'avais bien raison d'attendre pour savoir ce que je pense; je ne pouvais faire autrement, hier, je ne pensais rien, j'étais étonnée, hébétée, aujourd'hui je suis blessée, furieuse, non pas furieuse simplement, on dit souvent furieuse quand on n'est que contrariée, mais véritablement furieuse, furieuse avec furie, avec rage !

And grieved. Everything fails me here. I want to leave — in three weeks, a month at most. The Promenade will see me no more; my little feet will tread its miserable dust no more; its sun will no longer burn my skin so white!

Et chagrinée. Tout me manque ici. Je veux partir, dans trois semaines, un mois au plus, la Promenade ne me verra plus, mes petits pieds ne fouleront plus sa misérable poussière, son soleil ne brûlera plus ma peau si blanche !

I am leaving! Where? To Rome.

Je m'en vais ! où ? A Rome.

What shall I find there? God knows.

Qu'y trouverai-je ? Dieu le sait.

I have had too many vexations of every kind at Nice to stay here — and yet I love it... at the thought of leaving it I weep! I adore Nice!

J'ai eu trop de vexations de tous genres à Nice, pour y rester... et pourtant je l'aime... à l'idée de la quitter je pleure ! J'adore Nice !

And at once the spiteful will say: she says I adore Nice, but she means I adore Girofla. No — I do not adore him, I do not love him; I am only slightly in love with him. But he is taken from me, and — and by whom! Good God!! By whom!

Et tout de suite les méchants diront: Elle dit, j'adore Nice, mais elle pense, j'adore Girofla. Non, je ne l'adore pas, je ne l'aime pas, j'en suis légèrement amoureuse seulement. Mais on me le prend et... et qui ! bon Dieu II! Qui !

My beautiful Gioia — my adoration — she towards whom "I feel myself drawn" — she with whom "something tells me I shall have something to settle."

Ma belle Gioia, mon adoration, celle vers laquelle "je me sens attirée" avec laquelle "quelque chose me dit que j'aurai quelque chose à démêler".

That is what I wrote in Paris, in this same journal.

Voilà ce que je disais à Paris, dans ce même journal.

Pardieu! Now you see what I have to settle with her. If at least it were a serious matter — if at least I were losing my temper over a man like Hamilton — it would be worth the trouble, and I should not regret the bad blood I am making for myself!

Pardieu ! Vous voyez bien ce que j'ai à démêler avec elle. Si au moins c'était une affaire sérieuse, si au moins je me mettais en colère pour un homme Hamilton, cela vaudrait la peine et je ne regretterai pas le mauvais sang que je me fais !

I wanted to go to the theatre. What is the use? Since he does not want me, it is pointless for him to see me. And I — I can do without his Nicean face. Besides, he will no doubt be at her house, in his Greek cap!

Je voulais aller au théâtre. A quoi bon ? Du moment qu'il ne me veut pas, il est inutile qu'il me voie. Et moi, je puis me passer de sa face niçoise. Et puis il sera sans doute chez elle, en *bonnet grec !*

That reminds me of yesterday, and at once I have these words sent to the post, written in block capitals: Wretch! With your dressing gown and your Greek cap, You will rot!!!

Cela me rappelle hier, et à l'instant je fais jeter à la poste écrits en lettre d'imprimerie ces mots: Malheureux ! Avec la robe de chambre et le bonnet grec, Tu pourriras !!!

People exasperate me!

On m'énerve !

Bihovetz has come; I must go down, otherwise my aunt will think foolish things.

Bihovetz est venu, je dois descendre, autrement ma tante pensera des bêtises.

He stays until eleven o'clock. [A line and a half crossed out.] We speak of marriage and I say that I shall marry a cardinal. Lubimoff said — it is Maman who writes this: Madame, I am neither a drunkard nor a spendthrift; I have an independent fortune. My daughter cannot be an obstacle — her fortune is separate. I have powerful connections; I can serve at the embassy. I have long loved Mlle Dina, and I should be the happiest of men, etc. etc.

Il reste jusqu'à onze heures [Une ligne et demie rayée] nous parlons mariage et je dis que j'épouserai un cardinal. Lubimoff a dit: (c'est maman qui écrit): Madame, je ne suis ni un ivrogne, ni un gaspilleur, j'ai une fortune indépendante. Ma fille ne peut pas être un obstacle, sa fortune est à part. J'ai de grandes protections, je puis servir à l'ambassade. J'aime depuis longtemps Mlle Dina et je serais le plus heureux des hommes, etc. etc.

If someone were to speak in such terms on my behalf, I would fall upon his neck — only to refuse him afterward.

Si quelqu'un aurait parlé ainsi pour moi je lui sauterai au cou, sauf après à refuser.