Sunday, 2 May 1875
# Dimanche, 2 mai 1875
Je veux apprendre l'espagnol, le balcon, la mantille et une sérénade.
Une *fenêtre* et un novio comme à Séville. Et vite ?
Je ne vais pas à l'église, maman est de retour à la maison. Nous allons nous promener, moi, Dina, Marie et Olga, on va chez Bassè acheter du fromage, quand nous le vîmes, il nous parut si frais, si bon, si succulent qu'en un instant à la porte du magasin pendant que Bassé nous allait chercher autre chose, en landau comme nous étions, nous avons dévoré une livre de fromage. Ambroise, le cocher, nous voyant à l'œuvre tire son couteau et nous l'offre car nous mangions avec les doigts aux yeux des endimanchées niçoises stupéfaites. Je ne comprends plus comment j'ai pu laisser faire une pareille chose et comment nous avons pu manger toute une livre de fromage sans pain.
Véritablement il y a de quoi mourir, on s'ennuie tant. La seule distraction que nous avions, ce malheureux petit Paysan nous est enlevé.
Tous les Sapogenikoff dînent chez nous et après dîner nous inventons un nouveau divertissement, nous les quatre jeunes filles allons au jardin et des terrasses demandons aux passants un nom, ce qui est une bonne aventure russe. En Russie personne ne s'en fut étonné, au contraire aurait dit un nom, mais ces braves Niçois s'enfuyaient épouvantés. Un seul s'arrêta, repassa, mais finit par s'en aller sans rien dire comme les autres. J'avais très peur car chacun connaît la villa et on pourrait jaser:
— Ecoutez, mes chères, venez avec moi, nous pourrons de là où je vous mènerai tout dire sans nous compromettre.
— Allons chez Krohn !
un banc, commença à me dire tout bas que c'était le même qui s'était arrêté. Je voulus bien le croire et, en passant, nous détournâmes nos visages afin qu'il ne vît pas qui avait fait ces bêtises. Au retour il se leva et marchant dans l'ombre vint à notre rencontre, c'était nouveau et on ne craignait rien car Collignon était là.
— Oh ! Marie, dis-je, quel vilain, fi ! fi ! Marie pourquoi en avez-vous parlé !
— Eh bien, est-ce que je pouvais voir dans les ténèbres ! C'était en effet un affreux vilain.