Diary of Marie Bashkirtseff

What a day of humiliations and deep affronts! Exclamations and complaints make suffering commonplace. I shall not complain — I shall simply recount what happened to me today.

Quel jour de vexations et d'humiliations profondes ! Les exclamations et les plaintes rendent la douleur triviale. Je ne me plaindrai point, je raconterai seulement ce qui m'arrive aujourd'hui.

1° Markevitch came in the morning to tell my mother that Schablikine, just leaving her house, had told her that the entire expatriate colony — weary of Georges's continual scandals and above all outraged by his affair with Prodgers — led by Prodgers himself intends to petition the new prefect, Monsieur Decrais,1 to expel Monsieur Georges de Babanine from the Alpes-Maritimes département. 2° I do not know who told Maman that her son's conduct is such that she must expect one of these days to receive an official reprimand from the prefect on the matter.

1° Markevitch est venue au matin dire à ma mère que Schablikine qui sort de chez elle lui a dit que toute la colonie étrangère lasse des scandales continuels de Georges et surtout révoltée par son histoire avec Prodgers, conduite par ce dernier veut demander au nouveau préfet, M. Decrais, de renvoyer M. Georges de Babanine du département des Alpes-Maritimes. 2° Je ne sais qui a dit à maman, que la conduite de son fils est telle qu'un de ces jours elle doit s'attendre à recevoir du préfet une remontrance officielle à ce sujet.

She recounted all this at dinner, then dissolved into tears. I did not weep — but I felt such rage and shame that I turned quite pale.

Elle a raconté cela à dîner puis fondit en larmes, *je* ne pleurai pas mais je sentis tant de colère et de honte que j'en devins toute pâle.

Numb, eyes fixed, lips white, with an automaton's step, I left the dining room. My aunt caught up with me halfway; I asked her what Markevitch had said, and she told me that because of Georges and Paul and everything in general, and above all because of Patton's gossip, they want to ask the whole family to leave Nice — that Patton is behind it. However absurd the thing was, I believed it to such a degree that on reaching my room I thought I would die of shame and despair. Maman came and began reproaching my aunt for having told me this; then, as if to correct her, she assured me it was not true — but this made me angry, a rage I kept inward, sitting motionless with my chin in my hand. I was alone again, and when my aunt and Dina came in and tried to speak, I took them by the shoulders and gently pushed them out of the room saying: Go away, I cannot look at you — and locking the door I fell straight down on a mattress on the floor and began to weep. It was then that I had, for a moment, the thought of poisoning myself with one of the acids from my chemistry set.

Engourdie, les yeux fixes et les lèvres blanches, d'un pas d'automate, je quittai la salle à manger, ma tante me rejoignit à mi-chemin, je lui demandai ce qu'a dit Markevitch et elle me dit que à cause de Georges et de Paul et de tout en général, et des racontages de Patton surtout, on veut faire prier toute la famille de quitter Nice, que Patton est de la partie. Tout absurde qu'ait été la chose, j'y crus à tel point que j'ai pensé mourir de honte et de désespoir en arrivant chez moi. Maman vint et se mit à reprocher à ma tante de m'avoir dit cela, puis comme pour la corriger elle m'assura que ce n'est pas vrai, mais ceci me mit en colère que je renfermai d'ailleurs dans moi, restant immobile et le menton dans la main. Je restai de nouveau seule, et lorsque ma tante et Dina entrèrent et voulurent parler, je les pris par les épaules et les poussai assez doucement hors de la chambre en disant: Partez, je ne peux pas vous voir, et refermant la porte à clef je tombai par terre sur un matelas toute droite et me mis à pleurer, c'est alors que j'eus un instant l'idée de m'empoisonner avec quelque acide de ma chimie.

On this point I am more sensitive than for the death of all I hold dear. They take more than my life from me when they take my social standing — and shame and affront are for me worse than any torture imaginable. If such a thing were to happen, it is very possible I would die without even doing anything about it. It is only — only!! — because we are not received in society that I suffer a continual martyrdom. And for this I vow to Patton an eternal hatred, for he is the cause: it is he who turns everyone against us as if we were thieves, assassins, dangerous people — and what else besides! What would become of me, my God, if this were true? My imagination cannot conceive it. When I was told, I turned cold and felt something like a rustling in my hair — no doubt it was standing on end. I climbed the stairs and lay down near the large dog, bewildered, feeling that if the house were on fire I would not stir. I lay in that position for nearly an hour; then I came to sit at the table and looked at myself in the looking-glass. I drew out my diary, opened it, dipped my pen in the ink — but the pen remained motionless and the page white; I could not move; I was turned to stone.

C'est que sur ce point je suis plus sensible que pour la mort de tout ce qui m'est cher, c'est que c'est plus que ma vie qu'on me prend en me prenant la considération et la honte et l'affront sont pour moi pire que toutes les tortures imaginables. C'est que si pareille chose arrivait il se pourrait bien que je meure sans même rien faire pour cela. C'est que seulement (seulement !!) parce que nous ne sommes pas reçus dans la société, je souffre un martyre continuel. Et pour cela je voue à Patton une haine éternelle, car c'est lui qui en est cause, c'est lui qui prévient tout le monde contre nous comme contre des voleurs, des assassins; des gens dangereux, et que sais-je encore ! Que deviendrais-je, mon Dieu, si cela arrivait ? Mon imagination ne se le peut figurer. Quand on me l'a dit je devins froide et je sentis comme un murmure dans les cheveux, c'est sans doute qu'ils se dressaient. J'ai monté l'escalier et me couchai près du grand chien comme éperdue, il me semble que si la maison brûlait je ne me dérangerai pas. Je restai dans cette position près d'une heure, ensuite je vins m'asseoir près de la table me regardant dans la glace; je tirai mon journal, je l'ouvris, je trempai la plume dans l'encre mais la plume resta immobile et la feuille blanche, je ne pouvais bouger, j'étais pétrifiée.

I asked for tea and drank a cup; then I asked my aunt to wash my hair, which she did. Calmer but still dazed, I wrote. It has been more than four hours now, and I am far from recovered. As to our expulsion from Nice — is it true? Why, indeed, would my aunt invent such a thing? [Crossed out: And besides] Yet it seems to me an absurd and impossible thing. What have we done? And do the scandals of Georges Babanine concern the Mesdames Bashkirtseff and Romanoff? One is not responsible for the conduct of a brother living separately and who is of age! And who knows — perhaps Patton has talked so much that it has become possible, since they say he is behind it.

Je demandai du thé, et pris une tasse; ensuite je priai ma tante de me laver la tête, ce qu'elle fit, plus calme mais toujours hébétée j'écrivis. Il y a de cela plus de quatre heures mais je suis loin d'en être revenue. Maintenant concernant notre expulsion de Nice, est-ce vrai ? Au fait pourquoi ma tante inventerait-elle ? [Rayé: Et puis] Mais cela me semble une chose absurde et impossible, qu'avons-nous fait, et les scandales de Georges Babanine regardent-ils Mmes Bashkirtseff et Romanoff, on n'est pas responsable de la conduite d'un frère vivant séparément et dans un certain âge ! Et qui sait ? Peut-être que Patton a tellement dit que c'est possible, puisqu'on dit qu'il est de la partie.

My mother's reassurances seemed to me quite pitiful and trite — even while saying it was not true, she was telling my aunt that certain things are only for older people and should not be said to the young, [Crossed out: to] especially to Marie, on whom they cast a profound despair. Yes! It is true. My mother and aunt are sullen and crushed and are making efforts to appear natural. From them now I shall never learn the truth — it is finished. My aunt will be careful not to speak again after those reproaches, and my mother, by an infuriating concealment, will think she does better by keeping silent and leaving me in a doubt worse than anything dreadful in this world. I do not know what I ought to believe; I know that I am very unhappy — I was before, I am today — and this latest blow would be the roof of the building that rises stone by stone, every day. My God, why must I suffer? What have I done? And must I be sacrificed for the faults of others! When it is not even my mother — it is my uncle — it is so remote from me.

Les rassurances [sic] de ma mère me parurent bien misérables et banales, elle-même tout en disant que ce n'est pas vrai disait à ma tante que certaines choses ne se savent que de personnes âgées et ne doivent pas être dites à la jeunesse, [Rayé: à laquelle] surtout à Marie qu'elles plongent dans un profond désespoir. Oui ! c'est vrai. Ma mère et ma tante sont mornes et tuées et s'efforcent de paraître naturelles. Maintenant d'elles je ne saurai pas la vérité, c'est fini. Ma tante se gardera bien de parler après ces reproches et ma mère par une énervante dissimulation croira faire mieux en se taisant et en me laissant dans un doute pire que tout ce qu'il y a de plus affreux dans ce monde. Je ne sais ce que je dois croire, je sais que je suis bien malheureuse, je l'étais avant, aujourd'hui et ce dernier coup serait le toit du bâtiment qui s'élève pierre par pierre, tous les jours. Mon Dieu pourquoi souffrai-je moi ? Qu'ai-je fait ? Et pour les fautes des autres serai-je sacrifiée ! Puisque ce n'est pas même ma mère, c'est mon oncle, c'est si éloigné.

I have barely begun to live, and already I am spattered with others' mud.

Je commence à peine de vivre et déjà suis éclaboussée par la boue des autres

God! Thou art just — Thou wilt not let me perish in so much darkness! Thou wilt save me from the abyss into which I am being dragged! Thou wilt cleanse me of the disgrace that is spread over me! But what have I done, my God! Must I suffer shame for others' sake! My God, Thou knowest that this shame is worse than death to me, and that I would give everything — everything in the world — to be able to occupy at this moment a proper social standing — a proper one only! I ask for nothing more.

Dieu ! Tu es juste, Tu ne me laisseras pas périr dans tant de noirceurs ! Tu me sauveras de l'abîme dans lequel on m'entraîne ! Tu me laveras de l'opprobre qui est répandu sur moi ! Mais qu'ai-je fait mon Dieu ! Dois-je souffrir la honte pour les autres ! Mon Dieu Tu sais que cette honte est pire que la mort pour moi et que je donnerais tout, tout au monde pour pouvoir occuper en ce moment une position convenable, convenable seulement ! Je ne demande rien d'autre.

Just Heaven, Almighty God, Jesus, and Mother of Christ! It is to You I turn — save me! I have only You! This time it is not happiness I pray for — it is that You should not let me perish miserably; it is that You should save me from this dreadful shame. Hear me, and if I have sinned — forgive me!

Juste ciel, Grand Dieu, Jésus, et Mère du Christ ! C'est à Vous que je m'adresse, sauvez-moi ! Je n'ai que Vous ! Cette fois ce n'est pas pour que Vous me donniez le bonheur que je prie, c'est pour que Vous ne me laissiez pas périr misérablement, c'est pour que Vous me sauviez de la honte affreuse. Entendez-moi et, si j'ai péché, pardonnez-moi !

You are too great — the punishment of a wretch, a grain of sand like me, is unworthy of You. Forgive me! Forgive me! Forgive me!

Vous êtes trop grand, le châtiment d'une misérable, d'un grain de sable comme moi n'est pas digne de Vous. Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi !

Notes

Albert Decrais, new prefect of the Alpes-Maritimes (1874–1876). Under French law, prefects had the authority to expel troublesome foreigners from their département.