Friday, 16 May 1873
# Vendredi 16 mai 1873
Temps affreux, vent, poussière. On peut dire de ce que j'ai entendu hier : Quivi sospiri, pianti ed alti guai risonavan per l'aery [sic] senza Stella, perch'io al cominciar ne lacrimai.
A la promenade (robe noire, chapeau rose, cheveux relevés, bien). J'ai prié maman d'aller avec moi pour donner à faire ma robe de voyage mais elle m'a dit *Pour qui me prends-tu ? Nadinka est malade. Je ne peux pas la laisser*. Il n'y avait rien à répliquer, c'est juste, elle est malade. Je suis partie avec Dina et Markevitch. J'ai donné la robe, mais n'étant pas tout à fait contente de la façon, je voulais aller chercher maman pour aller au magasin. Je viens à la maison et quel est mon étonnement lorsque j'apprends que maman est allée à Monaco avec ces horreurs d'Anitchkoff. On ne peut aller pour une demi-heure avec moi, quitter sa sœur malade et l'on peut la quitter pour toute la journée en allant à Monaco avec des.... ! C'est trop fort ! J'étais indignée; si quelqu'un d'autre m'aurait trompé, ça n'est rien, mais ma mère ! Ça n'est pour la chose comme elle est, pas pour la robe; mais l'action n'est pas bonne, voilà.
Je dis vite à Markevitch de descendre, pour monter en voiture, et j'ordonne à Dominique d'aller à la gare dans l'espoir de rattraper maman et de la faire rester, *en lui faisant honte*. Je me conduisais en voiture comme une folle, je riais, je parlais (il n'y avait personne, c'est très heureux). Je n'étais pas dans mon état naturel. Nous arrivâmes, le train était parti. Sans m'en fâcher du tout, j'ai une autre idée; je vais à la maison, je prends cinq francs et je vais avec Markevitch chez Rumpelmayer. Nous prenons du chocolat, nous mangeons des gâteaux. Nous rions comme des bienheureuses. Je me suis récompensée, si maman m'a trompée.
Il est convenu que, moi, Dina et Walitsky, allons à Vienne. Quel bonheur ! La robe de voyage est commandée, très jolie.
Quand on dit cela à déjeuner, Mlle Collignon a eu l'air très désappointé, mortifié et le dissimulant autant qu'elle pouvait dit:
— Ça n'est pas possible. Comme c'est beau, Dina et Walitsky ensemble se promener et une petite fille servira de paravent.
Le monde est méchant ! Elle a dit cela en des termes plus désagréables encore, cela m'a vivement piquée et j'ai dit:
— Vous êtes la première méchante, à personne cette idée n'est venue. Je vois toute votre méchanceté.
Cela finit ainsi. Mais je comprends bien le mécontentement de Mlle Collignon: il y a quelques jours avec l'Indien brisé, puis elle espérait aller à Vienne, voir tout, et voilà que cela échappe avec la place qu'elle a. Je la plains tellement. Mais que faire ? Elle est brisée, elle ne se fâche plus, et c'est pour cela que je la plains encore davantage.
A Vienne je le verrai, oh ! faites-le mon Dieu.
[Dans la marge: M. Savelieff, Mme Patton et Nathalie étaient chez nous. Nathalie est gentille.]
[Dans la marge: Le matin *Trifon* a déclaré qu'il voulait aller en Russie car il est amoureux de la bonne qui était chez les Patton. Papa s'est tellement attendri qu'il alla jusqu'à lui promettre de la faire venir. Georges et papa sont allés dans une chambre avec *Trifon*, on a parlé, promis, etc. J'ai appelé Georges et je lui ai si vigoureusement parlé de cela que je ne m'en croyais pas capable. Je lui ai magnifiquement parlé (sans flatterie). J'étais comme les actrices vers la fin, mais naturellement sans artifices. Je devenais folle à l'idée d'amener cette femme ici. Faire de notre maison, je ne sais quoi. Après cela chacun amènera qui il veut ' Et une domestique, j'en suis horrifiée. J'ai parlé à tout le monde de cela avec une force et une éloquence extraordinaires. J'en étais étonnée moi-même.]