Thursday, 10 April 1873
# Jeudi 10 avril 1873
Il pleut.
A deux heures moi et Mlle Collignon chez les Howard, où nous y restâmes toute l'après-midi jusqu'à cinq heures. Ils sont très aimables, ils m'adorent comme j'ai dit, ils s'étonnent combien j'étudie, comment je joue etc. etc. Quand je leur ai dit que j'allais changer le genre de mes toilettes pour la simplicité, ils s'étonnèrent, ne voulaient pas croire.
J'ai fait un peu du chic. En somme j'ai bien passé mon temps.
J'aime mieux Hélène que Lise, elle est moins enfant, moins enthousiaste, moins embrasseuse !
Puis à la maison (vêtement vigogne) Mme Markevitch m'a couaffée [sic] très bien dans le genre des Galve, j'ai mis le chapeau gris de ma tante qui a aussi le même genre et j'ai vu avec plaisir que je pouvais facilement être comme elles et mieux encore et que c'est leurs coiffures, leurs toilettes qui les font, et non elles qui font les toilettes.
A la maison vers cinq heures. Je ne cesse point de penser à lui, il n'est pas une minute où je ne pense pas à lui. Il est inutile de répéter trente-six fois que je l'aime, je le sais et Dieu le sait surtout.
Mon journal se borne à la description de mes sentiments, de mes impressions.
Si je décrivais ce qui se passe autour de moi ? Ce serait trop long, d'ailleurs tous les jours sont la même chose; on va souvent à Monaco, au théâtre, à dîner grand-papa cherche querelle, moi malheureusement n'ai pas la patience de me taire, de gros mots viennent. On se sépare en boudant. Mais le soir je lui dis bonsoir et tout est oublié.
pauvre, il est vieux ! quoiqu'il me dit des choses désagréables; surtout quant il attaque ma famille, mon nom, ça ne se supporte pas.
Avec maman et ma tante on parle des Prodgers, des Souvoroff et d'autres choses quelquefois. Mais pour mes confidences je n'en fais à personne. Et tant mieux. On ne s'en repentit pas plus tard. Je suis donc pour toutes mes décisions, pour tous mes plans futurs renfermée en moi-même. Mlle Collignon est méchante, capricieuse, ennuyeuse, que dirais-je encore ?... Que la plupart des querelles entre moi et maman proviennent de ce qu'elle, au lieu d'écouter jusqu'au bout ce que je dis, prévient toutes mes paroles me disant: Ne crie pas, ne gronde pas, ne dis pas des grossièretés, quand je n'ai non seulement envie de le faire, mais lorsque je viens pour l'embrasser, alors je m'arrête en réalité et lui dis des choses désagréables. C'est sa faute.
Voilà ce qui est autour de moi, ah ! encore Dina, mais celle-là dort, et rien de plus, je ne puis m'imaginer quelles pensées elle a. Je ne puis la deviner, apathique pour tout. Elle doit avoir quelque secret.