Pátek 18. července 1873
Vendredi 18 juillet 1873
J'ai encore pose, c'est la troisieme fois. Pendant la seance M. et Mme Howard arriverent. En regardant le portrait:
Oh ! capital, very very good, capital etc. etc.
Nous allons avec eux au Var a quatre heures. Enfin nous voila partis; le bois est charmant, vert. Maman, Dina, moi et la vieille drolesse Howard en une voiture, les autres dans l'autre. D'abord je m'ennuyais, ces personnes-la ne sont pas pour moi; lui encore pas trop mal parce qu'il *met son nez* partout, et puis les journalistes passent parce qu'ils savent tout; mais sa mere et sa femme ! la vieille est agacante, drole et stupide, la jeune est... rien.
Nous voila arrives, etablis sur l'herbe, les couverts mis, les provisions tirees. Howard a fait une boisson: une bouteille de champagne, deux litres rouge, du sucre, deux citrons, de la glace, du ginger, un siphon et la pelure de concombres. Tout cela ensemble ne fait pas mal, ma foi.
Je m'egayais un peu, et puis pour mon grand contentement on alla fishing, moi, Paul, Walitsky et Howard. Je n'avais pas de ligne mais je suivais les leurs avec interet. J'eprouve ce plaisir pour la premiere fois, c'est si amusant ! Nous sommes restes trois heures sans parler a fisher et elles m'ont paru trois minutes. Puis Dina et maman arrivent et commencent a parler, Howard trop delicat pour dire que cela empeche et de mes paroles on ne fait aucun cas. Puis encore plus grand malheur, la Howard et *son* et bonne. Quel paquet, mon Dieu ! On attrapa quatre miserables petits poissons, on en pechait, l'anguille bougeait et personne ne pouvait la taper assez, Howard lui blessa la queue, elle bouge, alors je mis fin en lui coupant la tete. On s'etonne de ma cruaute a la maison, mais je ne me decourage pas; je place le sentiment autre part, je prefere soulager un malheureux que faire la grimace pour une anguille ou un pigeon. Au retour nous etions, (la famille) ensemble et au lieu de la vieille nous avions Howard. Il est drole aussi; pantalon tout petits carreaux gris, jacket de meme, mais jaune, cravate mille couleurs, col anglais hebete, chapeau sur la nuque et une pipe, et un air bete d'un Anglais deuxieme qualite au Tir. Il veut faire le philosophe, il se dit lasse de tout. Mais ce qui me fait plaisir c'est qu'il a parle des chevaux. Il disait qu'avant il avait un yacht mais depuis le mariage... J'ai dit qu'un steamer vaut mieux: "Le duc de Hamilton en a un tres beau ". Ce matin il a dit a ma tante qu'il a vu a Vienne Gioia et Hamilton, que ce dernier *l'a completement abandonnee*, a cela, papa dit que c'est impossible, Georges aussi, la tante persiste, j'aimerais le croire.
Alors Georges dit :
-*Mais ces Howard, ils parlent de Hamilton comme un laquais de son maitre, tout ca ce sont des ordures.
-- En quoi des ordures* je riposte.
Ma tante:
-- *Et qui donc peut en savoir plus que les laquais, vraiment.*
Et puis sur ce ton. Georges voulait dire que Howard n'est pas mieux que Drillat, il y avait des debats ce matin sur ce Drillat.
J'arrive chez maman:
-*Eh bien voila toutes les ordures, maintement ils injurient Howard. "Pourquoi ?". "Pour ce qu'il raconte sur Gioia, sur Hamilton, que c'est un laquais" !*
Elle changea d'expression au nom de Hamilton. Elle n'aime pas que j'en parle, pour elle il faudrait Miloradovitch.
-- On a un tres bon, dit-il.
-- Il ne l'a plus, je crois.
-- Oh ! si, toujours, toujours.
-- Il n'avait plus de chevaux cette annee.
-- Vous voyez, le duc de Hamilton est un homme qui a fait beaucoup de folies, il est tres riche, une fortune, des revenus enormes. Le duc de Hamilton a beaucoup fait de betises, mais il a fait des economies, et maintenant il a de nouveau arrange sa fortune.
Comme si je lui demandais toutes ces explications !
-- Oui ! mais (voulant trainer ce sujet) il est vieux maintenant, et faire des economies a quoi ca sert quand on est vieux ?
-- Mais il n'est pas vieux ! C'est encore un homme jeune.
-- Comment jeune ? je crois qu'il a trente-huit ans.
Alors maman: "Trente-huit ans n'est pas vieux, et un dialogue sur l'age. Howard dit que le duc a trente-six ans.
-- Ce n'est pas possible, il a l'air d'avoir vingt-neuf.
Cette conversation m'a fait beaucoup de plaisir. Si c'est vrai que Hamilton a *abandonne* Gioia, voila encore une chose que Dieu me donne et de quoi je L'ai prie.
Howard m'a parle de chevaux et courses, il tirera l'hiver. Il dit qu'il aura un cheval aussi bon que tous ceux qui courent a Nice et mieux peut-etre, pour deux-trois mille francs, c'est un peu fabuleux, trop peu de chose. Mais si c'est ainsi *j'aurai avec l'aide de Dieu* un cheval qui courra a Nice. Que je suis heureuse et ingrate envers Dieu en Lui demandant toutes sortes de choses. J'ai ce que je desire. J'ai dit une betise, je ne suis pas ingrate, puisque c'est par les choses que je demande et qu'il me donne que je suis heureuse. Ma tante et maman m'adorent, toutes leurs pensees sont portees vers moi, surtout maman, elle aurait coupe sa peau si cela pouvait me faire plaisir. Ma tante, tous ces jours, commence a etre si bonne pour moi, elle me caresse souvent et je les apprecie parce qu'elles sont rares et nouvelles.
Je n'ai qu'a desirer la plus folle des choses, elles calculent deja comment on pourrait mieux la faire. Je suis si enthousiasmee de ce cheval que je suis folle. Je n'ai fait que repeter ce soir: Quel bonheur, quel plaisir d'avoir un cheval de course, comme on sera fier de moi quand j'irai dans le pesage; entre les commissaires, les membres, les jockeys, les chevaux ! Vraiment je suis folle de joie. Maman me promet, ma tante aussi, mais sur, je le vois par le ton. La tante surtout me l'a bien promis. Le soir dans sa chambre, je suis venue, de ma maniere legere, toute pleine d'enthousiasme, d'excitation, je lui ai demande, elle m'a serieusement promis. Je me couche a une heure. Nous sommes restes avec la princesse Galitzine et Mme Daniloff qui retourna avec ma tante, a dix heures, quelques minutes apres nous, a causer, moi je faisais l'admiration de maman, ma tante meme ne cesse pas de me regarder d'un air satisfait. De tous cotes on me dit que je suis jolie. Sur ma foi, devant moi-meme, je n'y crois pas, (ma plume ne peut pas ecrire, elle veut voler) je suis gentille seulement, par moments un peu jolie. On m'aime, tout le monde m'aime. Je suis heureuse ! Je suis la plus heureuse de la terre. Si seulement il m'aimait I Oh ! mon Dieu !!!! Ivre de joie, je sors au balcon.
Mais a-t-on jamais vu une petite comme moi avec un cheval de course ? Je ferai fureur ! Quelle couleur de jockey ? Gris et cerise, non, quelle betise ! Vert et rose tendre. C'est trop de Sa bonte. Il me comble, c'est une chose surnaturelle pour moi, un cheval ! Oh ! que je suis heureuse, contente, quelle creature bete que je suis ! Comment ne pas verser de ma coupe trop pleine a des pauvres qui n'ont rien. Je recois deux mille cinq cents francs par mois, je donne le dix pour cent aux pauvres, cela fait deux cent cinquante francs. Je voudrais faire plus. Oh ! mais que je suis heureuse !!!!!!!!!?
*J'ai interroge les signes ! et il en est sorti ou/*. Et *lui* quand il saura que j'ai... non, qu'il y a une petite fille qui a un cheval, que dira-t-il ? Il blemira. Mais qu'importe, pourvu qu'avec le temps il soit a moi ! Je pourrais par ce cheval le connaitre, voila encore un bonheur.