Deník Marie Bashkirtseff

"Life loses something out of Rome. It is only her that each day holds for us two spent thousand years".
Comment des gens libres et que personne n'y force vont-ils passer une journée à Pissbaden, c'est-à-dire Wiesbaden ?
Nous y allons pourtant pour voir le peuple le plus ridicule du monde célébrer la défaite du plus élégant. J'avais sommeil et prenais de temps en temps du café noir, comme Alexandre.
(J'écris et ronfle pour me venger de mon voisin qui a fait un tapage du diable avec son nez la nuit passée; quand je suis fatiguée je fais ronfler Rosalie.)
Beaucoup d'officiers saluent; les Lieman sont à la garde de maman, Mme Lieman étant malade. Un des messieurs présentés qui se nomme Orth était avec nous; Chemisot était parti après nous avoir ennuyés pendant trois longues heures.
J'étais à peu près tranquille, les petites Lieman étant de temps en temps enlevées à tour de rôle par Mme Gerbel et ses quatre filles, qui sont de la société de la comtesse de Merenberg; les deux premières demoiselles Gerbel sont demoiselles d'honneur de notre Impératrice. Lautrec en parle beaucoup, elles sont laides et un peu ses parentes. Lautrec est bien entendu avec nous toujours et tout le temps.
On parla d'Italie, maman demanda à Orth quelle partie d'Italie il avait vue :
- Florence, répondit-il.
Vous connaissez, Madame, la comtesse de Larderei ? demandai-je pour dire la chose la plus folle.
Oh ! oui, certainement s'écria Orth.
Et vous connaissez aussi ses enfants ? continuai-je en buvant du café noir.
Zeulement un, lé zégonde.
Alexandre ? !
Brécisément Alexandre !
Je fus prise d'un rire fou au point de déposer ma tasse sur la table, je rougis et ne cachais nullement que j'éprouvais une agréable surprise. On saisit le mouvement et ces bonnes petites Allemandes, et le blond Orth, ce cafard, (pardon pour l'expression, me plaisantèrent naïvement jusqu'au départ avec ALEXANDRE.
Orth nous raconta différentes choses de Larderei, et aussi qu'il avait appris le duel etc. par des jeunes gens de l'ambassade d'Italie à Berlin.
Il a ajouté encore que le comte de Larderei est beau, et très riche, et que ses extravagances et son duel dernièrement ont eu un grand retentissement.
Vous comprenez quel effet cela m'a fait. Et je crois que c'est vraiment grâce à cela que je trouvai le reste de la fête charmant, les Allemands plus sympathiques et la musique mit trompeten attrayante. Le feu d'artifice m'enchanta presque parce que les Gerbel étaient à côté, (Lautrec avait, dix minutes avant cela, fait faire leur connaissance à Dina) et me firent toutes sortes d'avances de sorte que je fus aimable et à la dernière fusée tout le monde était à son aise.
Nous nous serrâmes la main en nous quittant comme de vraies connaissances.
Chemisot présente ses filles, dont l'aînée, mariée, est une beauté de Berlin. Ces diables de noms allemands...
Pendant le trajet de Wiesbaden à Schweinbad on a parlé d'Alexandre et j'ai dit quelque chose de vrai en réponse à maman qui racontait les façons libres et folles de ce noueur de nœuds.
- Alexandre, dis-je, est arrivé à Naples tout de soie comme disent les Russes, Il était si tranquille (par rapport à vous toujours) et si peu sûr qu'il m'écrivit demandant quand... "Je sais que vous êtes à Naples, mais quand pourrai-je être admis dans votre royaume..." et puis tout cela... Mais vous ! Ah ! Dieu quand j'y pense ! On lui coupe son pigeon, on l'invite, on le soigne, on le nomme "mon enfant", on l'adore ! Oh ! si on avait tenu au moins pendant deux semaines, les choses... auraient été tout autrement. Je ne le dis pas pour prolonger la conversation et pour blaguer, mais parce que c'est vrai, et vous le sentez bien !
Quand pourrai-je baiser la terre de Rome !