Deník Marie Bashkirtseff

Tous les matins jusqu'à midi, une heure j'erre dans les bois, rêvant sur un des bons livres sur les anciens, et m'imaginant des bêtises. Le doryphore Odoacre et Larderei étaient étrangement confondus dans l'aventure de Cancello et le siège de Ravenne.
Ai-je dit que la comtesse Benvenuti était ici et venait souvent me voir ? Ni utile, ni agréable = assommante.
Je suis beaucoup toute seule, je pense, je lis sans guide aucun, c'est peut-être bien, mais c'est peut-être mal aussi.
Qui me garantit que je ne suis pas pavée de sophismes et remplie d'idées érronées ?
C'est de quoi on jugera après ma mort !
Pardon. Pardonner. Voilà un mot et un verbe beaucoup employés dans ce monde. Le christianisme nous ordonne le pardon. Qu'est-ce que le pardon ? C'est la renonciation à la vengeance ou à la punition. Mais lorsqu'on n'avait eu l'intention ni de se venger, ni de punir, peut-on pardonner ? Oui et non. Oui, parce qu'on se le dit et le dit aux autres et agit comme si l'offense n'avait pas existé. Non parce qu'on n'est pas maître de sa mémoire, et tant qu'on se souvient on n'a pas pardonné.
J'ai passé toute la journée chez les autres, (c'est le pavillon de Nice) dans la maison d'en face où j'ai raccommodé avec mes propres doigts un soulier de cuir de Russie à Dina; ensuite j'ai lavé une grande table de bois comme la première fille de chambre venue, et sur cette table je me mis à faire des Varéniki (pâtés faits de farine, d'eau et de fromage frais).
Et ces malheureux, qui ne me rapportent rien, se sont amusés de me voir pétrissant de la farine mouillée, les manches retroussées et une calotte de velours noir sur la tête "comme Faust".
Et puis je mis un paletot Robespierre couleur caoutchouc blanc et je suis allée avec Dina étonner la Tyrolienne qui vend un tas de petites choses, en lui demandant la tête morte de Marcuard, elle ne comprenait pas, je lui ai acheté un ours et nous sommes parties.