Deník Marie Bashkirtseff

[Letter to Pierret, not sent:]
"Monsieur,
C'est avec un profond regret que je me vois forcée de revenir sur un sujet qui semblait être éclairci.
Après les explications que vous avez eu la bonté de donner et qui m'ont été transmises mardi dernier, j'ai télégraphié à Rome. Vous vous êtes sûrement douté que c'est de Rome que m'ont été communiquées vos, soit-disant, paroles. La personne s'obstine étrangement.
Sûre de votre bonne foi, Monsieur je vous prierai donc de trancher la question en m'écrivant en deux mots ce que vous avez dit mardi.
J'espère que vous ne verrez dans cette demande rien que de fort naturel, comprenant toute l'impossibilité d'une mise en présence des parties, qui étant fort difficile, serait en même temps parfaitement désagréable.
Agréez Monsieur l'expression de ma considération distinguée.
Marie Bashkirtseff"
Ce n'est pas encore envoyé, mais le sera.
Impossible de se faire une idée de ma triste humeur. Je porte bien le costume de moine mais je suis loin d'accepter sa condition.
C'est infâme !
Et j'ai eu le tort d'aller à l'Opéra entendre "Le Poliuto" de Donizetti.
[Detailed description of white opera dress and the hostile atmosphere]
M. Pierret était à l'orchestre.
Audiffret, excessivement beau, dans sa loge.
[Account of hostile stares from Mme Harris and others, strategic conversation with Galula about family situation] ## Jeudi 11 janvier 1877
[Description of monk's costume affecting reactions, skating improvements, evening arrangements for mirror fortune-telling]
On retient Fortuné en Russie ! Mon père ne répond pas ! ## Vendredi 12 janvier 1877
Je suis née le 12 novembre mais je devais naître le 12 janvier seulement, aussi compte-t-on mon âge à partir du 12 janvier, vieux style. Donc dans douze jours j'aurai dix-huit ans...
[Merjeevsky's birthday visit with flowers, detailed description of Marie's blue satin bedroom suite resembling "l'intérieur d'une boîte à gants"]
[Extensive analysis of the failed Russian trip and father's betrayals]
M. Constantin Bashkirtseff a épousé la plus belle et la plus vertueuse des femmes... Il a rendu cette femme parfaitement malheureuse... Et avec sa beauté elle aurait pu... faire tout ce que les autres ont fait et qui sont et honorées et riches et belles comme la Souvoroff par exemple.
[Complete rejection of father: "cet homme n'est pas mon père"]
Je suis restée deux heures devant le miroir et je n'ai rien vu. Demain ou plutôt aujourd'hui, c'est notre nouvel an. ## Samedi 13 janvier / 1er janvier 1877
[Russian New Year celebrations, skating success, social disappointments]
Seulement le carnaval... je me donne congé encore pour ce dernier carnaval. Je n'irai pas le passer à Rome pour me voir passer sous le nez les bals et les fêtes et pour aller au balcon entendre Plowden raconter où il a été et avec qui tel ou telle ont dansé.
Ah ! Misère des misères ! ## Dimanche 14 janvier 1877
[Final letter to father renouncing him forever] ## Lundi 15 janvier 1877
[Nostalgic analysis of the Audiffret relationship and lost opportunities]
Un fait assez curieux à constater c'est que jamais, depuis le premier jour de notre connaissance avec Audiffret, dans aucune conversation, à aucun pique-nique, je n'ai eu un instant l'air d'avoir de l'esprit.
[Reflection on missed chances and continuing attraction to Audiffret] ## Mardi 16 janvier 1877
[Italian correspondence with Angelini, elaborate skating costume description]
[Analysis of social isolation and defensive luxury]
Dessous mon capuchon de moine je vomis les plus grosses injures, je les traite d'infâmes et je pleure, et pour garder une sorte d'impassibilité vis-à-vis d'elles je tiens mon capuchon rabattu jusqu'au menton. ## Mercredi 17 janvier 1877
[Social observations about her dress causing speculation, philosophical reflections on love and marriage]
Quand donc saurais-je ce que c'est que cet Amour dont on parle tant ?
[Analysis of past romantic attachments: Antonelli (despised), Audiffret (wounded by), Boreel (childhood), Hamilton (fantasy)]
Je voudrais épouser un prince et devenir veuve après lui avoir donné deux fils... Une... régente peut dormir tranquille. ## Jeudi 18 janvier 1877
[Skating rink social success with aristocratic gathering, but underlying sadness at Christmas celebrations]
Seule, j'étais sombre. On ne saurait croire quel mal me font de pareilles fêtes.
Mme Tutcheff donne un bal ce soir.
Oh ! quelle vie !
Et je n'ai pas assez de caractère pour rester cachée. [//]: # ( 2025-07-22T23:05:00 RSR: Entry extracted from book 9 raw carnet, lines 8786-9149. These entries capture Marie's psychological nadir - the Pierret confrontation's aftermath leaves her "brisée, anéantie, pis que morte." Her monastic costume becomes armor against hostile society. The unsent follow-up letter to Pierret shows obsessive need to control narrative. Her 18th birthday (old style calendar) triggers profound family reckoning - the devastating analysis of father's character and formal renunciation. The Russian New Year celebrations intensify isolation. Her bedroom description ("l'intérieur d'une boîte à gants, toute tendue et capitonnée de satin") reveals aesthetic refuge. The philosophical discussions about women's limitations and her fantasy of royal marriage show intellectual sophistication. Her continuing obsession with Audiffret despite social ostracism demonstrates emotional immaturity versus intellectual precocity. The elaborate skating costume represents defiant display despite social persecution. Her question "Quand donc saurais-je ce que c'est que cet Amour dont on parle tant?" captures romantic frustration. The final admission "je n'ai pas assez de caractère pour rester cachée" reveals core psychological tension between pride and social need. )