Deník Marie Bashkirtseff

Peinture. Savez-vous qui m'occupe au rink ? Paolo. Sympathie ?
Vous, Monsieur ? Nous n'avons rien à nous dire, la situation est pénible et laide.
S'il m'intéresse encore... on peut bien dire que l'intérêt n'y est pour rien. C'est égal, j'aime cent mille fois mieux le voir mendiant et misérable que dans le monde et l'amant d'une dame. Parce qu'alors il deviendrait bon à quelque chose, c'est logique. Qu'il ne soit pas à moi, tant mieux, mais qu'il ne soit à personne d'autre !
Je chante Aida. La musique m'enivre, m'énamoure, m'affole.
J'ai parcouru bougie en main les appartements vides du premier étage comme l'autre soir... je m'arrêtai au grand salon pour chanter Aida lorsqu'on annonça un monsieur... Ce n'était que Simonetti qui a passé toute la soirée pendant laquelle je ne pus me remettre du trouble que m'a causé: un monsieur. ## Dimanche 31 décembre 1876
Je désire passer le premier de l'an à Rome, parce qu'une superstition veut que la façon dont on le passe soit plus ou moins le programme du reste de l'année.
Cette superstition me fait redouter un premier janvier lugubre.
Étais-ce Antonelli, mardi ?
Une promenade à Borghèse etc. (en voiture comme toujours) pendant laquelle je suis sous une sorte d'impression pénible.
Je vais dîner à la table d'hôte tous les jours pour ces Anglaises qui voient la meilleure société de Rome noire.
Ce soir nous étions à l'Opéra dans la même loge que la première fois l'hiver passé, c'est-à-dire du côté de la barcaccia, ce qui a incommodé ces messieurs en leur faisant toujours tourner la tête.
Ah ! si seulement je pouvais me marier selon mon idée comme je... Il y a Don Carlos que j'irais chercher au bout du monde, amoureuse que je suis de son portrait, et puis tant d'autres... Et Pizzardi qui est le portrait d'Antonelli en beau. C'est-à-dire que... Pizzardi est le premier lion de Rome depuis qu'il a tué un homme en duel; on dit qu'il est superbe. Antonelli désire et prétend lui ressembler. Je voudrais bien voir Pizzardi.
Rossi et Plowden ne nous quittèrent point. Plowden me donna le bras pour sortir, il jubile, il n'y a que lui pour le moment. Mais il ne jubilera pas longtemps, il faut l'espérer.
Pauvre Pietro, "très triste à la campagne". Mais tout près de Rome !!
Je crois que je commence à plaire à Oscar Angelini. Il m'a toujours fait rire. Il connaît Nice et les folies de mon frère Paul.
Et puis ?... Au théâtre. Je l'aimais avec frénésie...
C'est toujours la poésie du regret... le charme souverain de la mélancolie.
Je n'ai pas assez de patience ce soir pour regarder dans la glace ma bonne aventure. [//]: # ( 2025-07-22T22:45:00 RSR: Entry extracted from book 9 raw carnet, lines 8264-8301. Marie's complex feelings about Pietro crystallize - she prefers seeing him "mendiant et misérable" rather than successful with another woman. Her possessive logic: "Qu'il ne soit pas à moi, tant mieux, mais qu'il ne soit à personne d'autre!" The Aida obsession continues - the music "m'enivre, m'énamoure, m'affole." Her nocturnal wandering with candle through empty hotel apartments recreates previous romantic scenes. The announcement of "un monsieur" creates such excitement she can't recover all evening, though it's only Simonetti. New Year's superstition makes her fear a gloomy January 1st determining the year's pattern. The opera positioning in the same loge as her first Roman visit creates geometric nostalgia. Her fantasy suitors expand: Don Carlos (whose portrait she loves), Pizzardi (Pietro's handsomer double, Rome's premier duelist). Oscar Angelini's courtship progresses - he knows Nice and her brother Paul's escapades. The theatrical setting intensifies romantic feelings, but it's the "poésie du regret... le charme souverain de la mélancolie" that truly moves her. )