Deník Marie Bashkirtseff

Miloradovitch et moi désirons beaucoup causer à nous deux, mais Paul, Eristoff ou papa empêchaient comme exprès. Enfin je me mis dans le coin qui est comme une petite loge à part donnant sur la scène et permettant de voir les préparations des acteurs. Michel me suivit naturellement mais je l'envoyai me chercher de l'eau et Gritz s'assit auprès de moi.
— Je vous attendais avec impatience, dit-il en m'examinant curieusement, [Mots noircis: Paul m'a] donné plusieurs fausses alarmes, et j'ai cru que vous ne viendriez plus, comme l'année passée.
— Oui, on a cru cela, et pourtant vous voyez.
— Vous n'est pas du tout changée.
— Oh ! ça me chagrine, j'étais laide.
— Hum...
— Non, non, mais vous êtes toujours la même.
— Je vois bien quel est ce verre d'eau ! miaula le prince en m'en tendant un. Je le vois bien !
— Pas comme celui que vous apportez et que vous renverserez sur ma robe si vous vous penchez tant.
— Vous n'êtes pas bonne, vous êtes ma cousine et vous lui parlez toujours.
— Il est mon ami d'enfance et vous vous êtes un charmant gommeux d'un jour.
— Ah ! c'est vrai., gommeux, oui, gommeux.
Je me retournai vers Gritz laissant l'autre se placer derrière moi, et sans plus nous en occuper, nous ne nous ne occupâmes que de nous. Et alors commencèrent les souvenirs. Il se trouva que nous nous souvenions des moindres choses.
— Je vous faisais la cour, donc.
— Oui, c'est vrai.
— Nous étions enfants tous les deux, mais comme on se souvient de tout cela quand on a été enfants... ensemble, n'est-ce pas ?
— Oui.
Gritz est un vieillard comme esprit, il est si étrange d'entendre ce garçon frais de rose parler de choses sérieuses, domestiques, utiles. Il me demanda si j'avais une bonne femme de chambre, puis :
— C'est bien que vous avez tant étudié, pour quand vous aurez des enfants.