Deník Marie Bashkirtseff

— C'est bien que vous avez tant étudié, pour quand vous aurez des enfants.
— Voilà une idée.
— Et quoi, n'ai-je pas raison ?
— Oui, vous avez raison.
— L'éducation et même la science sont nécessaires à une femme, dit-il encore.
— Voici votre oncle Alexande, me dit mon père.
— Où ça ?
— Là en face.
En effet il était là avec sa femme.
Alexandre vint chez nous, et mon père m'envoya chez Nadine dans le prochain entracte. Cette chère petite femme est contente, moi aussi.
Quand je revins chez moi je fus de nouveau enfermée dans mon coin par mes deux cousins, mon père, mon frère et mon ami. Alors Nadine vint chez nous.
Dans un entracte j'allai au jardin avec Paul et mon père courut après moi et me prit le bras.
— Tu vois comme je suis aimable envers tes parents, ça prouve que je sais vivre.
— Très bien, mais c'est comme je t'ai dit. Qui veut être bien avec moi, fasse mes volontés et me serve.
— Ah ! non.
— Ah ! si. C'est à prendre ou à laisser. Mais avouez que vous êtes heureux d'avoir une fille comme moi, jolie, bien faite, élégante, spirituelle, instruite. Avouez.
— J'avoue, c'est vrai.
— Ah ! ha ! Et sans comper que tu es jeune et que tout le monde va s'étonner de te trouver une pareille fille, hein ?
— Oui, je suis très jeune encore.
Vaniteux, puéril, sans caractère. C'est cela.
On joua une valse et il se mit à danser avec moi dans la loge.