Mardi, 8 septembre 1874
Je me porte aussi mal que les derniers jours à Spa. C'est un état déplorable. J'ai la force de monter en voiture cependant et de parcourir les magasins.
J'ai commandé un waterproof gris, une ombrelle avec médaillon et poignard, et j'ai acheté une cravache.
La liste des choses achetées ou commandées : costume - Wolmershausen : 11 £ amazone - Paole : 10 £ waterproof - Scott: 3 £ ombrelle - Saugster: 4 £ chapeau Brown: 2 £ chapeau Harman: 18 s cravache - Ellam: 2 £ 4 s
Mais une chose désagréable arrive, c'est qu'il n'y a plus d'argent. Il paraît que nous sommes parties avec [illisible]. Oh ! quand donc mon Dieu finirai-je cette vie de bohème ?!! Quand enfin vivrai-je comme j'aime ?!
Je m'éprends de plus en plus de Londres. D'Ostende Nice m'attirait, de Londres elle me repousse. Je n'y tiens pas, elle peut s'en aller au diable.
Il pleut plusieurs fois, mais malgré cela je suis enchantée. Nous avons été à Hyde-Park. Quelle immensité, quelle beauté !
Il y avait peu de monde, je m'imagine ce que c'est pendant la saison ! Jamais je n'ai rien trouvé aussi bien, aussi sympathique, aussi selon moi que Londres et la vie anglaise. Je suis si satisfaite que je ne sais pas le dire, je trouve tant de belles choses, tant de confort poussé jusqu'à l'extrême, tant de luxe ! J'ai déjà dit que tout est si beau, soigné, bien fait, que je voudrais tout acheter. Surtout le manger, les fruits sont admirables, comme nulle part. Comme j'envie ces grands seigneurs anglais, et surtout ces Anglaises !
Jusqu'à présent toutes les femmes que j'ai vues n'étaient que des Hitchcock effroyables. Il faut aller à Londres pour voir de pareilles tournures et chignons ! [Rayé: D'ailleurs] Je me trompe, ces sublimes beautés nous font l'honneur de venir chez nous, partout on les rencontre, ces airs satisfaits, ces nez en l'air, ces chignons monstres, ces pieds plats, ces jupons ouatés, ces châles !
Qui a créé ces êtres particuliers ?
Je dîne comme il y a six mois à Nice, et après monte, écris et me couche.
J'oublie de dire qu'avant dîner nous eûmes la visite de Foster I.
Je prie Dieu de ne pas être mal demain !
Ma tante a hurlé toute la journée.
Je comprends que Mlle Collignon adore les Anglais et l'Angleterre, et qu'elle était presque impertinente (son éducation l'empêchait de l'être beaucoup) avec les ânes qui en parlent mal. Ceux, seuls qui n'ont pas été en Angleterre peuvent en mal parler.
Depuis ce moment je deviens le plus fervent défenseur de ce paradis, et de ses demi-dieux. Il n'y a que l'Angleterre, on peut aller en d'autres pays par caprice, pour changer souvent on prend du pire. Mais en réalité il n'y a que l'Angleterre; pauvre petit Paris, village modeste à côté de cette ville immense surnaturelle. Il y a de telles richesses et tel luxe ici que moi-même je ne pourrais inventer davantage, ou peut-être avec effort je pourrais un peu plus.
Mon unique désir et ma constante prière seront de vivre ici et de devenir aussi Anglaise que je puis.