Mercredi, 9 septembre 1874
Je vais un peu mieux mais toujours le même état qu'en bateau.
J'essaye chez Paole et chez Womershausen où je commande encore un costume. Ensuite nous errons toujours en voiture.
Il pleut deux ou trois fois. Nous visitons l'abbaye de Westminster et St Paul's. Depuis que je visite toutes sortes de monuments je trouve ceux-là seulement dignes d'être vus. Quelle antiquité, quelle grandeur !
J'admire entre autres choses l'architecture des maisons. Tout est solide, massif, gracieux et riche.
En visitant les palais sur le continent je regrettais cette belle architecture ancienne, je pensais qu'il n'y en avait plus et je retrouve avec une satisfaction sans bornes que ce que je pensais perdu existe mieux que je ne pensais.
Il fait froid et l'air est bon. Je voudrais toujours rester ici, je voudrais surtout voir les Plobsters d'ici, ce doit être des demi-dieux comme disait Bête. Et rien ne me fait autant plaisir que voir de beaux hommes, surtout des Anglais.
Avant dîner nous marchons un peu sans nous éloigner trop de l'hôtel. J'adore les chapeaux anglais, j'en achèterais tous les jours.
En un mot tout ici me ravit.
Nous avons parlé de Hamilton, de sa fortune et ma tante, comme toujours, cherchait à prouver qu'il est ruiné.
Après dîner nous ne sortons plus.
Il est décidé qu'on ira à Canterbury en quittant Londres. Je pense toujours aux hommes d'ici, je voudrais en voir.
Il n'y a pas une nation au monde qui possède ce cachet particulier aux Anglais, leurs manières et leur tournure. Malheureusement je suis devenue très laide.
J'ai des battements de cœur si fort que je crains qu'on ne les entende et ces battements se font entendre dans le dos et surtout dans l'oreille droite et alors m'empêchent de m'endormir et me dérangent pour écrire.
Je crois que je vais prendre du fer, mon état m'ennuie et m'alarme.
j'ai peu dormi depuis que j'étudie, presque jamais plus de sept heures et souvent six heures seulement. C'est le commencement, mais ce qui m'a définitivement abîmée c'est que pendant tout mon voyage depuis le 6 ou 8 mai, je ne me couche jamais plus tôt que une-deux et très souvent trois et quatre heures. Et en vérité je cueille les fruits de cette belle vie, je suis faible, je ne monte pas dix marches sans m'essouffler et sans que mon cœur ne tape comme lorsque le duc de Hamilton était derrière moi au Tir; je suis pâle, laide, chiffonnée, vilaine.
Maintenant j'ai commencé à me coucher de meilleure heure, surtout à Londres, mais que font trois jours de bien auprès de quatre mois de mal !
Misérable que je suis. Les veilles tuent des dragons, non des enfants de quinze ans. Et je n'ai que quinze ans, l'âge plus tendre.