Deník Marie Bashkirtseff

Je n'étais pas encore habillée lorsque vient Florence et son frère avec leur chien Glen, une fort belle bête. [Rayé: Ensuite] Vient aussi le comte auquel j'avais ordonné hier de savoir le nom de l'Anglais si blanc, eh bien l'Anglais si blanc n'est autre que le frère de Doria. Basilévitch vient elle aussi. A une heure seulement je décide ma tante à aller au bain. Les Foster viennent aussi et Merjeewsky porte mon peigne, ma glace etc. Souvent, surtout après avoir lu du Louis XIV je m'imagine roi. Comme par exemple aujourd'hui dans la cabine, il pleuvait et tous restaient dedans, j'avais envie de me déshabiller et j'eus beaucoup de peine à me retenir de ne pas me lever et leur indiquer du geste et des yeux la porte. En allant au bain sur la digue, Doria vient en face de nous, j'ai rougi à ce qu'on dit. Merjeewsky en me voyant rougir, rougit aussi. - Quelle chance ! murmura ma tante à mon oreille. Doria a baissé les yeux. Je ne vois presque jamais sa figure, il est si grand que jusqu'à ce que mes yeux se lèvent jusqu'à sa face je les ai eu trop longtemps attachés sur sa personne et dois les baisser ou les détourner et par conséquent voir le ciel. Je ne me fâche jamais quand on plaisante, mais au contraire je plaisante volontiers moi-même, surtout devant Merjeewsky. Comme je ne suis pas amoureuse de Doria [Rayé: je ris avec] et qu'il ne me dégoûte pas, au contraire, et qu'il est un homme convenable, je ris et invente et raconte des bêtises. Plusieurs fois on (la famille) m'a demandé si je voulais épouser Doria et chaque fois j'ai répondu A la minute même et c'est la vérité. Je ne puis me figurer que Doria est beau, ma tante le trouve très beau. Mais d'une personne que je vois souvent, dont on parle toujours, je ne saurais rien dire. Le bain était délicieux froid. Il n'y avait presque personne et il pleuvait. Nous déjeunons à la Plage avec les Foster, il pleut si fort que pour rentrer nous prenons un carrosse. J'entre chez eux, Florence chante, je chante aussi. Puis je rentre. Je ne dîne qu'à huit heures et fort mal, de là sans m'habiller je vais au bal avec ma tante. Nous nous cachons dans un coin, mais là sommes trouvées par Basilévitch, le comte Barkowsky et les Foster. Foster 2 me propose de faire une promenade, j accepte étant très rose. D'autant plus que Doria ce héros est ici et qu'il faut passer devant lui. Je suis en robe de drap, et malgré cela on me regarde beaucoup, Doria lui-même me regarde. Je fais cette promenade pendant laquelle plusieurs fois j'ai rencontré Doria. Foster me conduit près de la porte pour voir les danses, là est Doria, nous nous promenons dans l'avant-salle, Doria aussi, nous rentrons dans la grande, Doria aussi et va s'asseoir. Je suis très flattée, j'étais très regardée et pour cela à l'avenir aurai d'Ostende bon souvenir. Cette ville où je m'ennuie se fera regretter. Je regrette Ostende à la veille de partir. J'ai remis à cause de cela notre voyage jusqu'à samedi. Je regretterai Doria. Mais Walitsky m'empêche toujours d'écrire en venant déclamer des vers sur Doria.