Deník Marie Bashkirtseff

A neuf heures nous allâmes reconduire Mme de Mouzay, mais arrivés chez elle nous la trouvâmes en robe de chambre et sa fille au lit. Elle a été malade et ne partira que samedi. A la maison je n'eus le temps que pour prendre du thé. Manotte arrive. J'ai joué devant Paul, bien. C'est un assez bon garçon, mais sans principes. Il ne sait que voler et mentir, c'est mal et ce dernier je doute. Surtout si papa et Georges l'éduquent. Quelle horreur. Ils prêchent des choses si affreuses, juste pour empoisonner Paul. Surtout ils anéantissent le respect pour maman.
[Dans la marge: Comme c'est vrai.] [Ecriture de sa mère ?]
A dîner elle lui faisait une remarque, papa l'interrompit "que ça n'est rien, tu as tort"... Vraiment il traite maman comme une bête. Oh ! mon Dieu sauvez-le, ce pauvre garçon ! Elle a dit quelques mots de reproche et s'en alla vite. Je luttais comme je pouvais contre Georges et papa mais ça n'aide à rien, surtout Georges va se poser comme un devoir de pervertir Paul et d'en faire ce qu'il est lui-même, de lui ôter le respect pour sa mère, c'est le principal.
Il n'est pas encore arrivé au point où je suis. Moi je suis vaccinée contre tous les exemples du monde, je sais ce que je dois, ce que j'ai à faire. Mais lui est encore sujet d'attraper tout. Il faut le renvoyer à l'école, si nous vivions moi, lui et maman seulement à trois, on serait bien, personne ne pourrait empêcher maman mais quand il y a dix maîtres !
Je prie le bon Dieu de le guider ! Et j'espère ! Aujourd'hui encore toute la journée j'ai arrangé les meubles, les tableaux, etc. etc. Après dîner nous sortîmes tante, Dina, Paul et moi; j'ai commandé et acheté toutes sortes de choses pour ma chambre et la salle d'étude. Les Anitchkoff sont presque toute la journée avec nous.
Dans l'arrangement de ces meubles j'ai trouvé une leçon de patience et encore une preuve que l'on ne doit s'effrayer de rien, mais entreprendre tout. Ce salon qui me semblait impossible à débarrasser est propre et en ordre maintenant. A dîner, je ne dois m'effrayer d'aucune difficulté mais marcher droit, en avant, à travers tous les obstacles pour atteindre mon but. Avec de la patience, et la bénédiction de Dieu surtout, j'espère y arriver. Georges a critiqué Hamilton, il disait qu'il est rouge, une cravate rouge, une chemise rose, une jaquette à carreaux, qu'il n'est pas bien. Il me semble le contraire, mais je l'ai laissé dire. J'aime tant entendre parler de lui !