Deník Marie Bashkirtseff

Tout l'après-midi j'ai passé à pleurer, à demander quelle robe je vais avoir et ennuyer les autres et moi. Je ne sais ce que j'avais, mais je n'étais pas moi-même, je n'ai pas de robe, voilà. A la promenade (ma robe noire, assez bien) assez de monde.
J'ai commandé une robe de batiste écrue, très jolie, au quai Saint-Jean-Baptiste, c'est cela qui me tourmentait, maintenant je suis contente. Voilà à quoi tient mon bonheur !! peut-être c'est par hasard, et mon humeur a changé d'elle-même, pas à cause de la robe; mais je crois que c'est la robe car je n'avais rien et je n'avais rien dans l'idée, je ne savais ce que je veux, maintenant j'ai commandé la robe et le chapeau à la rue Gioffredo, le même que Galve mais en paille d'Italie, j'espère qu'il réussira.
Le soir à l'église. J'ai prié pour mon bonheur.
[Dans la marge]
A déjeuner, on nomma Hamilton et j'ai rougi comme une béte.
A dîner, Mlle Collignon a dit un mot qui m'a frappée : "Quand une femme veut un homme, elle l'a toujours."
Ah ! mais pour cela il faudrait que je sois une femme, non une enfant. Mais si seulement je faisais sa connaissance, je prierais tant Dieu, tant, tant, tant, qu'il ferait que lui m'aimerait. Oh ? que je voudrais le voir I C'est un bonheur que j'ai oublié.