Deník Marie Bashkirtseff

A la promenade, Sophie a acheté un beau chapeau, moi une paire de bottines très jolies.
Encore une fois, je pense très nettement à mes senti­ments. Non, rien n'est brouillé au fond.
Pour Boreel, je n'ai pas d'amour. Non, je n'ai pas d'amour. Voilà comment j'ai défini tout cela: je les aime tous les deux, c'est-à-dire Boreel et le duc la même chose. Donc je ne puis donner maintenant la préférence qu'au plus riche et à celui aussi qui m'aimera le mieux, puisqu'en somme ils sont égaux pour moi.
Cependant je sais que j'aime le mieux le duc, non pas parce qu'il est duc, mais pour toutes ses qualités.
Je sais, je suis sûre, que si je le préfère, tout cela me fait un grand plaisir, quand je vois Boreel, je ne puis pas rester sans voir l'un ou l'autre.
Si quand je vois Boreel j'ai de la joie, c'est un rayon de soleil qui pénètre dans mon cœur quand je vois le duc.
C'est drôle, un pareil état !
Tout bien considéré, je préfère encore le duc, je voudrais tant savoir son âge; je crois qu'il a vingt-huit ans. Ah ! s'il laissait cette femme, elle ne l'aime pas.
Demain elle en aimera un autre qui lui donnera de l'argent. Elle ruinera le duc... Mon Dieu, aide-moi I
[Annotation: 1884. Stupidité, ingénuité.]

Poznámky

This 1884 annotation ("Stupidité, ingénuité") was added by Marie herself eleven years later, when she was reviewing her earlier diaries. Such later comments provide valuable insight into how she viewed her younger self's thoughts and feelings.