Dimanche 25 février 1883

Ce doit être horrible car je crois avoir fait quelque chose de bien. Un instant j’ai été contente de moi et j’en ai eu une peur qui me poursuit encore. Maintenant si ce n’est pas très bien ce sera doublement douloureux.
Du reste je suis si frappée depuis ces infamies des journaux et autres... L’imagination surexcitée me fait prévoir mille abominations, je suis courbée en deux et la tête dans les mains prête à recevoir tous les coups. Je crois qu’on garde toute sa vie du noir à l’âme quand on a subi des calomnies et des atrocité pareilles; on dit qu’on en meurt. Balzac fait quasi mourir Ursule Mirouet. Mais moi pour me tuer il faut... Et encore ça ne me tuerait pas. Et puis à présent je ne quitte pas Dieu. Que ce soit en rêve ou en pressentiment je me recommande à Lui pour qu’il adoucisse le coup.
Quoiqu’il en soit je vis dans une espèce de terreur perpétuelle ne sachant rien au juste mais craignant mille malheurs chimériques... Jeune fille, les malheurs les plus chimériques peuvent se réaliser. As-tu fini, hibou. Et puis il me semble tout à coup que tous les bonheurs rêvés vont se réaliser. Je me donne des médailles, je triomphe, je... je...