Journal de Marie Bashkirtseff

Ce pauvre pere Constantin, il va s'ennuyer horriblement, tout seul avec les lugubres M. et Mme Paul. Et puis il adore maman, il jure n'avoir jamais aime qu'elle, du reste toujours il a tout fait pour revire ensemble... Du reste... Bref,.. C'est depuis deux ans un menage d'amoureux.
Maman est bonne quoique tracassiere et propre et un homme charmant, aimable, drole quoiqu'egoiste et cassant. En somme je suis attendrie de cet accord tardif et ce pauvre homme parti tout seul me fait de la peine.
Voila cinq minutes qu'il est ici et son service le reclame, quant a maman elle ne peut pas me laisser seule, c'etait bon quand le proces l'y obligeait, mais comme cela s'en aller et me laisser a l'etranger avec ma tante, apres de si longues absences deja. Et moi vous devinez bien que je ne peux pas aller m'enterrer la-bas.
C'est ce que cet excellent papa ne veut pas comprendre. C'est tout a fait etonnant meme car enfin les parents les plus pauvres font des sacrifices pour promener leurs filles majeures et lui si je le voulais seulement me laisserait vivre dans le desert avec un peu de Poltava et deux mois de voyages par an. Quant a lui parler de besoins intellectuels, de societe, de Paris, inutile. Aussi je n'ai jamais invoque que la necessite de faire sortir sa fille pour la marier, il comprend cela mais quant a deranger ses plans de vie rurale, non.
Bref... tous ces gens la sont gentils mais ils m'ennuient.