Mercredi, 31 juillet 1878

Maintenant un des ménages chic (l’autre est reparti) de Pétersbourg entre dans la société ainsi que le vieux prince Ouroussoff dont la sœur mariée à M. Maltzov est l’amie intime de l’impératrice. Il a l’air, au dire de Dourassoff, d’un philosophe du 19e siècle. Charmant causeur d’ailleurs et homme du monde, ancien régime. Quant à Dourassoff il m’a accompagnée dans une longue promenade par monts et par vaux ce matin.
Les dames pensent que l’indifférence des princes me froisse. - Cette enfant gâtée, dit Mme Antonsky, qui est habituée à voir exécuter ses moindres caprices est froissée de la froideur... apparente d’ailleurs, de ces messieurs... Songez donc ! Ils dînent tous les jours côte à côte...
Songez-donc, mais c’est moi qui n’y songe pas; je ris seulement à quel point à Soden et ailleurs les gens bons prêtent des sentiments, des impressions, des pensées que vous n’avez pas du tout. [Mots noircis ; Pendant deux jours] en effet je m’en suis un peu occupée mais après... du tout Mais puisque les autres en parlent je veux bien vous dire que je ne les ai jamais bien regardés pourtant je puis dire que le plus jeune, (dix-huit ans) Hans est grand, mince, blond, grand nez assez fin, petits yeux, bouche malicieuse, presque pas de moustache, tête baissée, l’air d’un jeune loup. L’autre, Auguste, vingt-quatre à vingt-cinq ans, plus petit, brun, des yeux très beaux, une moustache noire et pendante, (et dans toute sa personne il y a quelque chose de pendant) une peau veloutée comme je ne crois pas en avoir vu chez un homme, une belle bouche, un nez régulier ni rond ni pointu, ni aquilin ni classique et un nez dont la peau est aussi veloutée, ce qui est excessivement rare. un teint très pâle qui serait admirable s’il ne provenait de la maladie. Tous les deux ont de belles mains aristocratiques et bien soignées. Qu’est-ce donc lorsque je regarde bien !!!
Ce soir je me suis posée devant la glace comme Ariane de Danneker à Francfort... et tenez cela m’évite de vous raconter bien des choses, si vous voulez savoir comment je suis faite allez à Francfort et regardez l’Ariane. qui est faite comme moi. Même les doigts des pieds qui ne sont pas classiques (en ce que le second ne dépasse pas le gros orteil) sont comme le miens et je vous assure que cela m’a fait plaisir. Ce second doigt des statues antiques ne laissait que de me dépiter un peu. Mes hanches sont plus développées et mon col moins gros, moins rond, moins classique. Ce qui me console de ce défaut, c’est la finesse des attaches me console de ce défaut.