Journal de Marie Bashkirtseff

Marcuard m'a trouvée barbouillant mon propre portrait. Si je réussis à faire une esquisse ce sera déjà bien, les ombres et les couleurs par cœur, ce n'est pas une plaisanterie.
Lundi Marcuard donne à déjeuner aux Mirafiore, ils verront chez lui ma photographie que je lui ai promises hier "pour compléter les belles choses que vous avez déjà".
Je m'occupe et parle de ma famille autant que de Larderei lui-même. Le jour que je suis allée au Skating de Naples avec Pelikan, j'ai vu la Mirafiore et elle me parut si antipathique que je revins à l'hôtel en disant qu'il n'y avait là qu'une exécrable petite femme et une espèce de chevalier d'industrie (son mari). Mais à présent j'ai changé d'avis, non pas à cause de la parenté, mais parce qu'il me semble qu'ils me regardent tous avec tant de bonté.
J'ai poursuivi la Righi autant que possible en voiture, elle était avec l'enfant qui jouait et qu'elle embrassait de sa vilaine bouche peinte !
J'ai réussi à voir l'enfant qui ressemble beaucoup... le même nez élégant et les mêmes yeux très-noirs et sans éclat, et déjà le même air, insoucieux, hautain et insensé.
Je déteste les enfants, mais je prendrais bien celui-là, je voudrais tant l'embrasser, le tenir sur mes genoux... l'avoir toujours à moi. Et puis... ce serait si original.
Je veux voir la Righi toute nue et pour cela il faudrait la voir... nous y songerons... nous avons trouvé.
Le soir Dina me représente cette femme et nous rions jusqu'à une heure.
Oh ! la folle ! L'Aquarium m'apparaît de jour en jour plus stupide.
La Pergola étant fermée je n'ai aucun moyen de me montrer; de la sorte on ne me présentera personne et je m'ennuierai... non, il faut espérer que non.
Dieu que je voudrais la fille de Silène.
N'est-ce pas vexant qu'il soit allé voyager pour une histoire avec la Righi ! Voyager comme après un désespoir !