Heureusement les courses sont remises, j'aurai le temps de recevoir mes robes... d'ailleurs pourquoi ? Soit que les gens comme il faut de Florence ne soient pas démonstratifs, soit que je sois laide et insignifiante mais jusqu'à présent je n'ai produit l'effet d'un coup de foudre à personne. C'est cette maudite Pergola qui est fermée... et j'aurais tant donné pour avoir un succès quelconque aux yeux de Larderei. C'est un désir assez naturel, je crois.
Je les ai tous vus aux Caschines, la vieille comtesse excepté. Et j'ai encore vu Namara, l'homme au chien, de Nice. Je crains toujours que ces gens de Nice ne racontent un tas de bêtises... Je suis de mauvaise humeur... je n'ai pas un chapeau qui me plaise...
Comme d'habitude nous sommes descendues de voiture et avons marché, moi et Dina; maman suivait pas à pas en voiture. A Florence cela se fait ainsi, sans cela je ne me serais pas risquée. Je ne sais qui étaient les trois messieurs... mais ils nous ont suivies tout le temps, tout en marchant devant, ce qui est la plus convenable manière. Un des trois est une espèce de Melissano.
Dina a perdu son bracelet et nous sommes retournées le chercher, eh bien ces trois cherchaient aussi ou faisaient semblant tout en marchant devant et ne se retournant que de temps en temps, d'ailleurs leur voiture était là et lorsque nous prîmes la nôtre ils nous eurent bientôt rejointes, car ces animaux ont attendu cinq minutes pour sauver les apparences. Ils auraient dû le faire tous dès le premier jour... si je suis ce que j'ai l'habitude de me croire. Enfin ceux-là ont vu où nous demeurons. Je ne déteste une suite aussi discrète et comme il faut, ce sont les suiveurs vulgaires que je hais.
Ah ! que cet ah ! est plaintif; c'est que je suis dégommée, je n'ai plus confiance en rien, pas même en moi-même... et ce dernier surtout qui est désolant... mon journal est une tristesse et ne sera bon à rien, on ne le lira même pas. J'ai feuilleté quelques anciens cahiers... Je ne sais rien... Ecoutez non ! Je ne fais que m'humilier en employant constamment ce mot ! C'est sot.
Qu'est-ce que je fais à Florence ? Je vous le demande ! Ah ! je me dégoûte.
Je n'ai que faire avec Larderei; je n'ai même aucune envie de le revoir, ainsi ce n'est pas pour lui que je reste. Pour les autres... c'est peine perdue, on ne fait pas de connaissance à l'Espagnole, et nous sommes plus enfermées qu'en prison.
Aussi à peine recevrai-je les robes qu'on m'a expédiées de Paris que nous partirons ayant assisté à ces malheureuses courses. Je voulais faire faire mon portrait par Gordigiani; faisons-le... on verra.
Savez-vous dans quel but je suis venue ici ? Savez-[vous] ce que c'est que cette chose extraordinaire que je ne voulais raconter qu'au moment de l'exécution ? C'est... voilà ce que c'est. Je voulais enlever la fille de Larderei. Et si j'étais dans les mêmes dispositions qu'alors, je l'enlèverais, ce serait très original. Mais à présent je n'en ai plus envie et... l'enfant n'est pas à la campagne comme je supposais, mais bien avec sa mère...
Et les cartes m'ont prédit des affaires avec la police, je m'abstiens donc. Vous savez ? Je ne touche plus aux cartes, c'est abrutissant et indigne d'un être intelligent !