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Vendredi, 21 janvier 1876
rayé[Deux lignes cancellées]
Lettre recopiée · Lettre anonyme de Marie à Emile d’Audiffret, signée Dom Fabrice, 21 janvier 1876« Vous êtes prié de remettre cette lettre au fichu Emile Salut et Fraternité Dom Fabrice.Malheureux corps ! Je t’ai toujours dit que celui qui vient de décamper n’était qu’un Don Quichotte, avec cette différence que Don Quichotte avait Rossinante tandis que ton ami n’avait pour toute monture qu’un vil coq, et vil coq c’est toi. Il est vrai que tu te laissais manœuvrer plus docilement qu’eut fait un âne. Pauvre imbecile ! Dom Fabrice. »
J’ai écrit cela à Saëtone parce que ma tante nous dit que le comte de Tournon s’est sauvé de Nice. Il a eu une vive discussion à propos de la Russie, avec un Russe, au cercle; ce Russe l’a provoqué en duel et Tournon a fait des excuses et s’est sauvé de Nice. Soroka et Belle-de-Jour étaient ses témoins.
Il fait gris aujourd’hui, nous allons visiter le Panthéon, l’église Santa Maria Maggiore qui est plus que belle, l’église de Santa Croce peu remarquable en comparaison mais intéressante à cause de la chapelle où en disant une messe on délivre une âme du purgatoire d’après la bulle de Grégoire XIII et à cause de Sainte Hélène, des fragments de la vraie croix, et de la terre de Jérusalem qu’on a mis dans les fondements de l’église.
Puis nous allons voir la Scala Santa, les vingt-huit marches en marbre de la maison de Pilate, qu’on a recouvertes de bois pour les conserver mieux.
Je ne savais comment faire, mais tout le monde se mit à genoux et j’ai fait comme tout le monde.
A la troisième marche je ne riais plus, je priais de toutes mes forces et récitais une prière en m’arrêtant à chaque marche non pas pour me reposer mais parce que tout le monde le faisait. Au haut de l’escalier on voit par une porte grillée un autel doré et tout éclairé de petites lumières tremblantes, au dessus de cette porte on lit ces paroles: Il a été blessé pour nos transgressions, meurtri pour nos . Puis on descend par deux escaliers latéraux, on descend alors comme d’habitude.
J’ai monté vingt-huit marches à genoux et je m’en vante misérable créature, tandis que Jésus a monté le même escalier... Comment ai-je osé toucher à cet escalier. Mais je priais tant, pour tout et même pour la revanche avec le Surprenant.
Pour aller à la Santa Croce on passe une partie toute déserte et on voit des ruines d’anciens murs. J’adore les anciennes ruines, ces petites briques m’enchantent de la façon dont elles sont placées.
[Je vois chaque] jour le Colisée et je n’en ai jamais assez.
Mais il se fait sombre, je vais dans une librairie pour acheter quelques photographies et Childe Harold.
Je vais me faire une robe comme celle de la Béatrice de Dante.
En rentrant le portier nous remet les cartes du baron et de la baronne dixhull et celle de Monseigneur de Falloux: « Monseigneur est venu en personne ». Et Monseigneur a laissé une lettre d’audience pour le Vatican. Demain à onze heures trois quarts.
Je suis si contente que je ne puis rien manger. Mais je n’ai pas de robe noire ! Vite je prends une robe de maman par Caroline, et en une heure me refais le corsage. Et dire que Caroline va m’en envoyer une dans quelques jours ! Je ne m’attendais pas à aller demain; n’importe je suis heureuse et contente. Je verrai Pie IX !
Dieu combien je vous remercie ! Je vais écrire à de Mouzay, c’est à de Falloux que je dois cela et c’est à elle que je dois de connaître de Falloux.
Je ne crois pas encore que demain j’irai au Vatican, tant je suis préparée aux ennuis, pourtant la lettre d’audience est là.