Journal de Marie Bashkirtseff

La matin j'etais en ville pour diverses choses pour mes chambres et j'ai rencontre Markoff.
J'ai reve que je n'allais plus a Rome, mais prenais des maitres ici et m'occupais a arranger ma maison. Si je faisais du reve une realite ? Mais lorsque je dis cela, mes meres s'echangent un coup d'oeil et disent que je partirai dimanche.
Vedete !
Miss Robenson, maigrie, fanee, vieillie, peinte, a l'air malade, en chapeau bleu et or, se promene avec Prodgers. En voyant la Pointue mais jolie Americaine dans cet etat je deviens un peu plus gaie. Nous allons avec mes Graces chez Rumpelmayer, mais en passant devant le Cercle de la Mediterranee, je vois cent voitures pres de la porte. C'est la premiere matinee dansante aujourd'hui. Je penche la tete de cote et, profitant du crepuscule, pleure.
Maman reste chez Nina pour eviter l'orage.
Je monte chez moi et, en passant, arrache la portiere de l'escalier et la jette au diable.
On croit pas a mon chagrin, a mon desespoir, parce que je pleure et je ris en meme temps.
Je voulais ecrire de suite en rentrant, mais heureusement je me suis ravisee, il m'aurait fallu me lamenter pendant trente pages, tandis qu'a present je suis abrutie, je dirai seulement qu'a diner je suis restee les yeux fermes et accablant tout le monde de ma mauvaise humeur, pleurant, riant, faisant des betises, dont papa, qui ne comprend rien, et Dina qui tache de m'egayer, riaient. Ma tante ne dit rien ou bien me dit des impertinences.
Cela vous semble etrange n'est-ce pas ? Impertinences dans ce sens chez moi c'est ainsi.