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Vendredi 23 mai 1873.
A onze heures le lendemain matin nous sommes arrivées à Genève et quand j’ai vu la cathédrale, que j’ai dessinée l’année dernière d’après nature, j’étais ravie de la voir. Mes yeux étaient brillants et mon visage animé. De la gare nous avons pris un fiacre et nous nous sommes rendues directement à l’école où Paul se trouve. Nous arrivâmes enfin. J’attendais dans le parloir quand j’ai entendu une voix rude dans l’antichambre et un garçon d’environ dix-sept ans bondit dans la voiture où maman attendait.
C’était Paul, un grand garçon, avec des boucles brunes sur les épaules, il était si laid dans cette coiffure que je ne pouvais pas le regarder jusqu’à ce que nous arrivions à l’hôtel et pendant que je prenais mon bain, on l’a rasé. Quand il rentra dans la chambre il était tout différent, il était le garçon que j’avais quitté il y a un an seulement beaucoup plus grand. Oh ! combien importe une coiffure. Il n’a que treize ans et demi et il paraît dix-sept ans ou plus. Sa voix est très rude même désagréable, elle est si altérée que je ne la reconnais pas du tout ; c’est comme si la voix de quelqu’un d’autre était maintenant dans Paul et que la sienne était partie. Nous avons déjeuné à l’hôtel ; je me suis habillée (robe écrue, chapeau mousquetaire, fatiguée mais bien) et puis nous sommes allées à pied chez Mme Sapogenikoff, maman, Paul et moi. Elle n’était pas à la maison, les enfants étaient seuls. Marie est aussi petite qu’elle était, Olga est un peu plus grande. Je n’aime pas ce genre de filles, secrets, petites lettres, signes, soupirs, regards avec les garçons. Il y a un garçon qui vit avec eux.
Nous avons joué au croquet. J’en ai beaucoup profité, car nous étions tous de bons joueurs, je suis un peu déshabituée du jeu, et pour la première fois j’ai joué très maladroitement, mais après un petit moment j’étais beaucoup mieux. Puis vint Mme Sapogenikoff et ensuite M. Yourkoff. J’avais un mauvais mal de tête, et j’étais presque incapable de parler et de répondre aux plaisanteries. Je comprenais à peine ce qu’ils disaient. Puis à la maison. Le bijoutier Krumling vint pour cette affaire. Ils se disputaient, comptaient, après avoir fait des soustractions, des divisions, des multiplications etc. etc. etc. Ils n’ont rien fait, car maman était très impatiente et ne voulait pas écouter ce qu’il disait. Puis très heureusement vint M. Yourkoff, pour le soulagement. Et lui aussi après avoir perdu patience plusieurs fois a enfin réussi à faire comprendre (à maman et Krumling).
I am very glad indeed that it is ended.
En revenant de l’école, la voiture était à moitié fermée. Quand sur la rue de Corraterie je vois M. Gros, ah ! mais j’étais si surprise et étonnée, j’ai fait une exclamation stupide comme toujours quand je vois quelqu’un que j’ai vu dans un autre endroit. Il ne nous a pas vues, il sera j’en suis sûre très content de nous voir. Que je suis stupide ! Ce Gros est le dernier des derniers pour moi, un simple je ne sais quoi, un homme que j’ai simplement vu dans la rue, et pour qui je n’éprouve pas la moindre sympathie, et pourtant je suis contente (seulement contente pourtant, car j’emploie toujours des expressions si exagérées) de le rencontrer. Maintenant nous sommes assises dans la chambre il est onze heures et demie, moi, Paul et maman, raisonnant sur ce que Paul deviendra et quelle profession il adoptera. A ma grande déception nous ne sommes pas allées à l’hôtel de la Métropole mais à l’hôtel de la Couronne. J’aurais tant voulu aller au Metropol.