Journal de Marie Bashkirtseff

Soleil mais poussière et vent.
Quoique je ne devais pas en parler mais je veux dire que maintenant quand je vois Boreel, il est pour moi comme tout le monde et absolument rien de plus, je ne devais pas en parler, mais puisque c'est pour fortifier son délaissement. Et puis je dis cela, pour que, si je lirai ce journal plus tard, je ne crois que j'ai souffert pour Boreel. Il m'est indifférent devant Dieu.
[Dans la marge: Le soir j'ai chanté devant maman au piano. Je jure à Dieu de ne plus crier, pourvu qu'il veuille me préserver la voix.]
Maman s'est levée, elle va beaucoup mieux. A la promenade (vigogne, un voile gris au chapeau), peu de monde, presque personne.
Aujourd'hui, pendant que nous étions à dîner, et à ma leçon, j'ai cru entendre le bruit de sa voiture; hélas je n'ai pas pu m'en assurer. Que je voudrais qu'il vienne ! qu'il laisse cette femme, si elle n'était qu'à lui et s'il la quittait ça pourrait la rendre malheureuse, mais c'est loin d'être ainsi. Je ne lui veux aucun mal déjà parce qu'il l'aime !