Journal de Marie Bashkirtseff

A neuf heures les Howard vinrent me chercher à cheval, peu de monde, assez bonne promenade, au Carabacel. Coco voulait rentrer dans l'écurie et faisait des bêtises.
Nous vîmes Abramovitch et Logé. Sur le point de rentrer, je voulais galoper mais Coco s'est arrêté obstinément devant notre maison de manière que je dus rentrer. Mme Howard m'a accompagnée jusqu'à la maison, très aimable.
L'après-midi j'étudiais, je ne suis pas sortie excepté une demi-heure à la terrasse (casaque grise, sans chapeau), assez de monde.
Le matin lorsque j'étais sur le point de rentrer je vis Boreel passant dans la ruelle près de notre villa, il me regardait, je ne le vis qu'au moment où il disparaissait mais je crois qu'il m'a vue avant quand le cheval ne voulait pas marcher parce qu'il venait vis-à-vis dans un fiacre. Je suis toute malheureuse aujourd'hui, je suis dans un état affreux, si cela continue, je ne sais pas ce que je deviendrai, j'ai peur à chaque minute qu'on ne découvre mon livre, qu'on ne sache mon secret du duc, à chaque instant je pense à cette malheureuse ville de "Hamilton" que j'ai grattée sur la carte. Je crains d'apprendre la géographie de crainte d'arriver en Ecosse, à cause de cela. Comme les personnes qui n'ont aucun secret sont heureuses ! Oh ! s'il savait ce que j'endure pour lui ! J'ai gratté ce nom par bêtise, je ne sais pourquoi, il fallait mieux le laisser souligné, c'était moins voyant. Mais Mlle Collignon le sait. Je m'attends à la journée terrible où je devrais marquer les villes d'Ecosse ! Oh ! mon Dieu sauve-moi ! tranquillise-moi ! Par charité.
Comme c'est touchant !