Saturday, 13 September 1884
On the effect that an architect's bill can produce, item: "Fumisterie."1Samedi 13 septembre 1884. De l'effet que peut produire un mémoire d'architecte, "article fumisterie."
Pendant qu'on couchait Jules nous passons dans l'atelier de son frère et comme je le taquine un peu sur son architecture il me montre un beau cahier neuf intitulé: Fumisterie.
— Ne dérangez pas les feuillets !
J'ai vite refermé la première feuille tournée car entre autres qualités j'ai cette délicatesse de ne jamais même pour rire chercher à ... Ce n'est pas cela que je veux dire mais vous me comprenez. J'ai donc refermé le cahier mais pas assez vite et j'ai vu en grosses et belles lettres : *Mac-Kay.*
Le M. K. de Bojidar. Le perroquet. Ici doit venir un panneau de mon frère.
Alors ce n'est pas Mackay, mais bien Mac-Kay.
[Dans la marge: ni Maurice Clotz !]
Le malade Jules a dit en voiture ce soir à propos d'un roman de Maupassant qui a pris pour modèle Cartwright, que ce qui était intéressant à étudier dans ce salon, c'était les égarées, celles qui se sont trouvées là par hasard et par erreur.
La pure Mac-Kay. quand il a dit *égarées* j'ai rougi. Mais après l'article fumisterie eh bien c'est très agréable.
Je rentre et je me mets à chanter.
Si vous saviez comme je chante dans des dispositions pareilles. On a l'air bête de dire de soi-même qu'on chante bien. Mais c'est que je retrouve ma voix une fois dans trois mois, quelquefois plus rarement mais ce soir sur la scène ça aurait été du délire. [Mots cancellés] Mais aussi on ne chante jamais ainsi au théâtre; je crois que l'émotion serait trop grande.
J'ai chanté seule, enfermée, ravie. Je devrais être reconnaissante de cette jouissance céleste à la Fumisterie de l'architecte...
Mais enfin... Je vous dis que je ne peux pas supporter l'idée que cette dame soit là...
Voyons, nous sommes des amis, il nous aime, il m'estime, il m'aime, je l'intéresse. Il dit hier que j'ai bien tort de me tourmenter, que je devrais m'estimer tès heureuse.
Pas une femme, dit-il, n'a eu le succès que j'ai au bout de si peu d'années de travail.
Vous êtes connue, enfin on dit Mlle Bashkirtseff, tant de monde vous connaît. Enfin un succès véritable ! Mais voilà, on voudrait deux Salons par an; arriver, arriver plus vite ! C'est naturel du reste, on est ambitieux, j'ai passé par là... etc. etc.
Et aujourd'hui il a rit:
— On me voit en voiture avec vous, il est heureux que je sois malade, sans cela on m'accuserait d'avoir fait votre tableau.
Mais, mais, mais...
[Mots cancellés]
J'ai mal dans la tête, les hommes sont méchants.
Ô immortel Victor Hugo. Ô poète suprême, comme chacun retrouve en lui toutes ses misères. Ô sublime génie, universel génie, génie doux, génie tendre, génie terrestre, génie profond, génie humble, génie humain !
Mon bon petit Zola, je vais vous dire. Je suis de votre avis en tout, en tout, en tout.
Et ce que vous critiquez chez Victor je le répudie, mes admirations ne sont pas aveugles. [Rayé: Mais malgré des choses] Je ne veux pas qu'on pense que j'admire son flot de bêtises qui se mélange par-ci par-là aux choses divines. Mais que ce flot est peu de chose, on ne s'en aperçoit même pas, on est tendre pour des faiblesses qu'un homme comme Victor Hugo, et les lui reprocher est absurde, enfantin.
Musique ! dis-tu avec dédain ô Zola. Musique soit ! Mais quelle musique.
Et quoi de plus beau que la musique. En l'écoutant on va jusqu'à croire aux choses les plus ravissantes, Dieu, les anges, le ciel, l'éternelle félicité dont on ne se lasse jamais. Une pâmoison divine aux accents de cette musique que tu traites en petite fille, Zola.
Je sais bien qu'il faut rester sur la terre, ces ravissements sont des jouissances surtout par leur rareté.
[Trois lignes cancellées]
Du bleu ! du bleu ! Mais du bleu Victor Hugo.
Crois-tu Zola qu'il y aura jamais un homme ou une femme qui n'aura pas une heure ou une minute dans sa vie ou le roman scientifique ne lui suffira plus ? Voilà une phrase drôlement bâtie, enfin Ruy Bias est une œuvre absurde, d'accord, je me moque de sa vraisemblance mais elle contient des vers admirables qui expriment des choses que nous avons tous senties ou que nous sentirons.
Victor Hugo je t'adore. Zolà je suis avec toi.