Sunday, 6 April 1884
The Canroberts come to see me and propose going to the horse show on Monday. I refuse, naturally. And being as intimate as we are, I have often let slip words of discontent and allusions against my family — and against my aunt, whom people in Paris believe to be under the shadow of some infamous lawsuit, cited as a witness because her brothers thrashed a government official...# Dimanche 6 avril 1884
Restée seule avec cette petite sotte de Claire je commence à dire que... Nous disons d'abord que l'on me croit malade et qu'on me reproche de ne pas être bien pour ma famille qui m'adore, qui m'adore ! Là dessus je dis que après bien des: c'est bête à dire, ça ne regarde personne, et en somme si je ne le raconte pas on croira que je suis vraiment folle de rager pour rien, enfin voilà, il y a vingt ans un de mes oncles a rossé un homme, vous savez comme ça traîne en Russie et cette chose est envoyée à l'ambassade, et on croit Dieu sait quoi...
Et là-dessus de grosses larmes; [Mots noircis: illisible]
C'était inutile à raconter mais pourtant il vaut mieux dire la vérité... Mais on ne croira pas.
Qui croire, jamais qu'on torture un être *adoré* comme moi pour une telle misère et on pensera que ma tante va affronter le bagne.
Je ne peux plus penser à ce sujet sans que les larmes ne me sortent de tous les yeux comme un torrent.
[Dans la marge: ma chère adorée enfant, tout ça parce que tu es malade et que les nerfs sont à bout de force.] (écriture de Mme Bashkirtseff) [Deux pages arrachées]
Départ de ma tante et je raconte les choses.. Elle me donne raison mais ne comprend pas comment ça pouvait être quoiqu'on m'aime tant. Enfin...
Rodolphe Julian dîne avec nous, nous ne sommes que trois, maman gardant le lit. Je recommence l'histoire racontée à Villevieille puis on revient à Bastien, je veux que ce soit plus gai.
Ce Julian prend un plaisir extrême à me dire des choses affreuses sur moi.
Enfin il n'y a dans moi qu'un côté intéressant, c'est le travail. Pour le reste !
Oui, il portera le fond à sa cuisinière.
C'est possible mais enfin, il vous manque ce côté féminin, simple, attirant, tranquille et vous serez toujours seule sur votre hauteur, car je ne la conteste pas la hauteur...
— Merci, mais ce discours a déjà été tenu par Claude Vignon à Mlle des Touches et il n'y a là rien qui m'humilie.
— D'accord, seulement le grand homme lui, celui que vous remarquerez, car celui-là sera grand...
— En connaissez-vous ? Je vous parle d'un Gambetta jeune...
— Il est mort.
— Ou de Bismarck.
— Il a soixante dix ans.
— C'est justement à quoi je pense, car à part ça qui ? Pour vous empoigner *tout à fait ?* Je n'en vois guère.
— C'est vrai.
— Dans... Claude et Mlle des Touches, mais Mlle des Touches ressemblait à un homme, mais vous ne ressemblez même pas à un homme, vous êtes femme et pourtant il n'y a rien.
— Alors il ne m'aimera pas ?
— Mais ce dernier point n'est pas désespéré... Du reste vous me citez là trois moyens infaillibles de faire cet homme, pourquoi ne rien laisser au hasard du cœur ?
— Le cœur ? Le vôtre ?
— Mais je ne vois pas l'homme.
— C'est vrai.
— Bastien n'est qu'une admiration limitée, y avez-vous jamais pensé comme à un homme ?
Je ne me souviens plus de ce qu'il a déversé d'horreurs flatteuses en somme, il s'en donne à cœur joie, il détaille toutes sortes de considération sur ma nature, avec bonheur, avec volupté.
— Eh bien M. Julian si Lui me préférera une dinde ou celle qui est chargée de la rôtir je me consolerai en inspirant des sentiments aux inférieurs.
— Vous n'en voudrez pas !
— Non, vous serez vertueuse.
— Pas même ça ?
Et puis nous causons de Bastien, il dit qu'on ne peut pas même en pensée le dépasser, voir au delà de ce qu'il fait. C'est bien vrai ça. A chaque chose qu'on voit on peut penser: je voudrais aller plus loin, enfin entrevoir la possibilité d'aller plus loin, mais à un Bastien non. On peut composer autrement, on peut voir d'autres sujets, chacun selon sa nature, mais dépasser son faire même en rêve, non on ne peut pas rêver plus loin. C'est la nature. Et c'est un Dieu.
Tuesday, 8 April 1884
The weather is stormy and I am sketching an Andromeda!Mardi 8 avril 1884