Friday, 31 December 1883
Géry sends sweets in gilded wicker heaped with violets; Mme Gavini a charming easel.I modelled — but too little. This statue... I no longer know... So let me quote you a whole passage from Balzac1 whose truth will strike every artist — indeed everyone. Were I the one telling you this, it would carry no weight:
"What must deserve glory in art — for in that word must be understood all creations of the mind — is above all courage, a courage of which the common herd has no notion, and which is perhaps explained here for the first time... To think, to dream, to conceive beautiful works is a delicious occupation. It is to smoke enchanted cigars, it is to lead the life of the courtesan occupied with her caprice" — I would add that it is also a frightful anxiety which seizes you and cries that you are wasting time. Let us continue: "The work then appears, in the grace of childhood, in the wild joy of generation, with the balmy colours of the flower and the swift saps of fruit tasted in advance — such is conception and its pleasures... He who can sketch his plan in words is already an extraordinary great man. This faculty every artist and writer possesses — but to produce, to give birth!
"But to rear the child laboriously, to put it to bed gorged with milk each evening, to embrace it each morning with the mother's inexhaustible heart, to clean it when soiled, to clothe it a hundred times in the finest jackets which it incessantly tears; but not to grow weary of the convulsions of that wild life — and to make of it the living masterpiece that speaks to every eye in sculpture, to every mind in literature, to every memory in painting, to every heart in music — that is execution and its labours. The hand must advance at every moment, ready at every moment to obey the mind...
"Thus work is a wearying struggle which fine and powerful natures dread and cherish, and in which they are often broken. A great poet of our time, speaking of this sorrow, said: I plunge into it with despair and leave it with grief. Let the ignorant know it! If the artist does not hurl himself into his work as Curtius2 into the gulf, as the soldier into the redoubt, without reflection; and if in that crater he does not work as the miner buried in his cave-in; if at last he contemplates the difficulties instead of overcoming them one by one, in the manner of those lovers of fairy tales who, to win their princesses, combated ever-renewing enchantments — the work remains unfinished, it perishes at the bottom of the studio..."
Lord, the ignorant will understand it no better — but those who are of our kind will find in these lines a striking lesson, a consolation, a force.
All that is to give myself importance.
This evening we go to the Opéra-Comique to hear Carmen3 — so that I enter the New Year in the midst of the truly charming and excellent Canrobert family: myself, Dina, Claire, Louis, Marcel, and the Maréchale, who embraces me at the stroke of midnight, wishing that my precious friendship remain with Claire, and that this friendship — so wholesome and so serious — is a great happiness that the year just past has brought her. There are people who appreciate me, at least... Oh! I hear you — you think it is because I shall paint the young woman's portrait; she knows all the artists who frequent Princess Mathilde's salon,4 and many of them would be delighted to oblige her, as they are the Marquise d'Hervey and Mme de Luynes, etc. Poor Cot,5 who has just died, used to correct the work of all his aristocratic pupils. Come, enough — it is understood that it is my merit alone...
The Maréchale and Claire dined yesterday at Princess Mathilde's, and Claire tells me that Lefebvre6 said he knows my talent — very real — that I am a rather extraordinary person, that I go out into society every evening, and that I am in any case watched over, guided, or protected by illustrious painters. Claire looks him in the eyes:
"Which illustrious painters? Julian?"
Lefebvre: "No — Bastien-Lepage."
Claire: "But you are entirely mistaken, Monsieur — she goes out very little, works the whole time; as for M. Bastien-Lepage, she sees him in his mother's drawing room and he almost never comes up to the studio."
She is a love, that girl, and she told the truth. For you know well, O Lord, that this wretched Jules helps me in nothing at all. It seems that Lefebvre had the air of believing it.
I advise you to believe what people say! Besides, it is the fault of that Jesuit Julian — he thinks he is praising me by describing me as eccentric. Did he not say the other day that Clairin, Duez, Gervex, etc., not to mention Bastien, never left our house? Come — either he is mad, or I am.
It is two o'clock — the New Year. At the stroke of midnight, at the theatre, watch in hand, I made a wish. In a single word. A word that is beautiful, sonorous, magnificent, intoxicating — written or spoken:
Glory.
Géry envoie des bonbons dans de l'osier doré encombré de violettes, Mme Gavini un charmant chevalet. J'ai modelé mais trop peu, cette statue... je ne sais plus... Aussi je vais vous citer un passage tout entier de Balzac dont la vérité frappera tous les artistes. : Tout le monde du reste. Si c'était moi qui vous disais cela ça n'aurait pas de poids: "Ce qui doit mériter la gloire dans l'art, car il faut comprendre dans ce mot toutes les créations de la pensée. C'est surtout le courage, un courage dont le vulgaire ne se doute pas et qui peut-être est expliqué pour la première fois ici... Penser, rêver, concevoir de belles œuvres est une occupation délicieuse. C'est fumer des cigares enchantés, c'est mener la vie de la courtisane occupée à sa fantaisie" - moi je dis que c'est aussi une affreuse inquiétude qui vous saisit et qui crie que vous perdez du temps, continuons: "L'œuvre apparaît alors, alors dans la grâce de l'enfance, dans la joie folle de la génération, avec les couleurs embaumées de la fleur et les sucs rapides des fruits dégustés par avance, telle est la conception et ses plaisirs... Celui qui peut dessiner son plan par la parole est déjà un grand homme extraordinaire. Cette faculté, tous les artistes et les écrivains la possèdent; mais produire, mais accoucher ! Mais élever laborieusement l'enfant, le coucher gorgé de lait tous les soirs, l'embrasser tous les matins avec le cœur inépuisé de la mère, le lécher sàie, le vêtir cent fois des plus belles jaquettes qu'il déchire incessamment; mais ne pas se rebuter des convulsions de cette folle vie et en faire le chef d'œuvre animé qui parle à tous les regards en sculpture, à toutes les intelligences en littérature, à tous les souvenirs en peinture, à tous les cœurs en musique, c'est l'exécution et ses travaux. La main doit s'avancer à tout moment prête à tout moment à obéir à la tête... Ainsi le travail est-il une lutte lassante que redoutent et que chérissent les belles et puissantes organisations, qui souvent s'y brisent. Un grand poète de ce temps-ci disait en parlant de ce chagrin: je m'y mets avec désespoir et je le quitte avec chagrin.-Que les ignorants le sachent ! si l'artiste ne se précipite pas dans son œuvre comme Curtins dans le gouffre, comme le soldat dans la redoute, sans réfléchir; et si dans ce cratère il ne travaille pas comme le mineur enfoui dans son éboulement; s'il contemple enfin les difficultés au lieu de les vaincre une à une à l'exemple de ces amoureux de fééries, qui pour obtenir leurs princesses combattaient des enchantements renaissants, l'œuvre reste inachevée, elle périt au fond de l'atelier..." Mon Dieu les ignorants n'en comprendront pas d'avantage, mais ceux qui sont des nôtres trouveront dans ces lignes un enseignement saisissant, une consolation, une force. Tout ça c'est pour me donner de l'importance. Ce soir nous allons à l'Opéra-Comique entendre "Carmen"; de sorte que j'entre dans la nouvelle année au milieu de cette vraiment charmante et excellente famille de Canrobert. Moi, Dina, Claire, Louis, Marcel et la maréchale qui m'embrasse à minuit juste en souhaitant que ma précieuse amitié reste à Claire, et que cette amitié si saine et si sérieuse est un grand bonheur que lui apporte l'année qui vient de s'écouler. Voilà des gens qui m'apprécient au moins... Oh ! je vous entends, vous croyez que c'est parce que je ferai le tableau de la petite; elle connaît tous les artistes qui vont chez la princesse Mathilde et beaucoup seraient enchantés de lui être agréables, comme ils le sont à la marquise d'Hervy, à Mme de Luynes etc.. Ce pauvre Cot qui vient de mourir corrigeait les productions de toutes ses aristocratiques élèves. Allons assez, il est entendu que c'est mon mérite seul... La maréchale et Claire dînaient hier chez la princesse Mathilde et Claire me raconte que Lefebvre lui a dit qu'il connaît mon talent, très réel, que je suis une personne assez extraordinaire, que je vais tous les soirs dans le monde et que du reste je suis surveillée, dirigée ou protégée par des peintres illustres (d'un air fin) Claire en le regardant dans les yeux: — Quels peintres illustres, Julian ? Lefebvre: — Non, Bastien-Lepage. Claire: — Mais vous vous trompez absolument Monsieur, elle sort très peut, travaille tout le temps; quant à M. Bastien-Lepage elle le voit dans le salon de sa mère et il ne monte presque jamais à l'atelier. C'est un amour que cette petite fille et elle a dit la vérité. Car vous savez bien ô mon Dieu que ce sacré Jules ne m'aide en rien. C'est que Lefebvre avait l'air de le croire. Je vous conseille de croire à ce qu'on raconte ! Du reste c'est la faute de ce jésuite de Julian, il croit me vanter en me racontant excentrique. N'a-t-il pas dit l'autre jour que Clairin, Duez, Gervex etc. sans compter Bastien ne sortaient pas de chez nous. Allons il est fou ou moi. Il est deux heures, c'est la nouvelle année, à minuit juste, au théâtre, et montre en main j'ai fait un souhait, en un seul mot. Un mot qui est beau, sonore, magnifique, enivrant, écrit ou prononcé: La Gloire.