Tuesday, 16 January 1883
Le petit Bastien nous mene a Ville d'Avray dans la maison de Gambetta ou son frere travaille.
[Mots noircis: Tant qu'on] n'a pas vu de ses yeux on ne croit pas a un interieur aussi miserable...
La cuisine seule est convenable dans cette espece de maison de jardinier.
La salle a manger est si petite et si basse qu'on se demande comment le cercueil y a tenu...
Le salon est un plus grand mais pauvre et denue de tout confort...
Un mechant papier de deux sous, un lit noir, deux secretaires...
Cet homme qu'on a tant pleure n'a jamais ete aime !
Je comprends encore que lui ne s'en soit pas autrement preoccupe...
Et ces fameux amis ! Mais ils vivaient de lui [Mots noircis: et voila] tout.
Mme Arnaud est representee par une petite casserole en argent...

On n'a touche a rien, les draps froisses sur l'edredon qui figure le corps, les fleurs sur les draps.
La tete rejetee en arriere est vue de trois quarts...
C'est une emotion qui vous prend aux jambes et qui casse les reins.
Bastien est un homme bien heureux.
Je finirai pas le trouver beau dans tous les cas...
Sur le mur on voit le trou de la balle qui a tue Gambetta...
J'espere qu'il l'aura remarque. C'est bete...
Et apres nous allons chez la marquise de Villeneuve...
Cet incident de journal et de Bastien me chiffonne...
Des larmes pour Gambetta raffraichissent, mais ca c'est miserable, c'est embetant, cela tracasse...
Nous avons l'air de faire passer le frere pour le vrai, c'est ridicule, c'est odieux...
C'est le Gambetta de la peinture, il se distingue des autres talents comme un maitre deja mort, c'est du genie.