Diary of Marie Bashkirtseff

Well — my portrait is finished. This Tony is always complaining... He cannot sleep, he has a heap of troubles, he dined badly yesterday; for today; in short, life is nothing but a tissue of miseries. I am overexcited at the idea of going to Russia, of being elegant. [Crossed out: That] amuses me! I do not know why — I come back to saying: poor Tony... I should like to see something sentimental in his vexations. No — but what is true is that one feels when one pleases someone; thus I am certain there have been days — perhaps not, but a day — when this Orleanist came very near being smitten with me... For love is not always a great whole thing, well-defined and clearly perceived; so often... In short, this feeling subdivides itself infinitely and scatters into sparks that are inclinations, tendencies, impressions...

[Eh bien il est fini mon portrait. Ce Tony est toujours à se plaindre... Il ne dort pas, il a un tas d'ennuis, il a mal dîné hier; pour aujourd'hui; enfin la vie n'est qu'un tissu de misères. Moi, je suis surexcitée par l'idée d'aller en Russie, d'être élégante. [Mots noircis: Cela] m'amuse ! Je ne sais pas pourquoi, j'en reviens à dire: pauvre Tony... Je voudrais voir des choses sentimentales dans ses embêtements. Non, mais ce qui est vrai c'est qu'on sent quand on plaît à quelqu'un, ainsi j'en suis certaine il y a eu des jours, peut-être non, qu'un jour ou cet orléaniste a été très près d'être épris de moi... Car l'amour n'est pas toujours une grande machine entière, bien définie et dont on se rend bien compte, c'est si souvent... Enfin ce sentiment se subdivise à l'infini et s'éparpille en étincelles qui sont des inclinations, des penchants, des impressions...]

Has it never happened to you in journeys of the imagination to coast along shores where for an instant it seemed you wished to land? The imagination crosses spaces; there are vibrations there, currents... Well, I believe one always feels these currents of feeling... The other day I was speaking to you of Émile Bastien in a way that would make me ridiculous in the eyes of the vulgar — what do you expect, I tell you everything that passes through my head; well, evidently there was a moment when that architect was sufficiently under the charm for me to feel it and know it. Then it passed, and he returned without a jolt even to perfect calm.

[Est-ce qu'il ne vous ai jamais arrivé dans des voyages d'imaginations de côtoyer des rivages où il vous a semblé un instant que vous voudriez aborder ? L'imagination traverse les espaces, il y a là des vibrations, des courants... Eh bien je crois qu'on sent toujours ces courants de sentiments... L'autre jour je vous parlais d'Emile Bastien de façon à me rendre ridicule aux yeux du vulgaire, qu'est-ce que vous voulez, je vous dis tout ce qui me passe par la tête; eh bien évidemment il y a eu un moment où cet architecte a été assez sous le charme pour que je le sente et le *sache.* Puis, ça a passé et il est revenu sans secousse même à un calme parfait.]

It amuses me as an observer — and then I also imagine that I divine, as Edmond said, by reason of an excessive nervous development — a kind of second sight, in short. You see I deny myself nothing. It is all the easier since it is impossible to verify — and who will tell me whether I am right or wrong when I imagine anything at all in the domain of these impalpable and passing things?... In short, have I told you that Bojidar is in love with me? Never. That Morgan or Wodzinsky or Kiki? Never.

[Moi ça m'amuse comme observatrice, et puis je m'imagine aussi que je *devine,* ainsi que l'a dit Edmond, par suite d'un développement nerveux excessif, une sorte de seconde vue enfin. Vous voyez je ne me refuse rien. C'est d'autant plus facile qu'il est impossible de contrôler ainsi qui me dira si je me trompe ou non quand je m'imagine quoique ce soit du domaine de ces choses impalpables et passagères... Enfin vous ai-je dit que Bojidar est amoureux de moi ? Jamais. Que Morgan ou Wodzinsky ou Kiki ? Jamais.]

But for the Orleanist and the architect — well, I wager two francs they had the days I described... There is also this to be said: I love myself so much that I cannot believe anyone who sees me at close quarters is not charmed. Oh, I am never serious.

[Mais pour l'orléaniste et l'architecte, eh bien je parie deux francs qu'ils ont eu les jours que j'ai dit... Il y a aussi cela à dire que je m'aime tant que je ne puis croire qu'on me voit d'un peu près sans être charmé. Ah ! je ne suis jamais sérieuse.]

Géry and Gavini, back from his travels, come this evening.

[Géry et Gavini qui revient de voyage, viennent ce soir.]