Diary of Marie Bashkirtseff

I bring my blessed old fisherman to Julian. It is not bad. But it is not it. "You have put your hand on something very interesting — but it must be nothing less than first-rate execution! First-rate, do you hear. It is true you are not yet in a state to do it thus — no matter, I would tear my eyes out but I would make something of it."

[Je porte mon sacré vieux pêcheur à Julian. Ce n'est pas mal. Mais ce n'est pas ça. Vous avez mis la main sur quelque chose de très intéressant mais ce ne doit être qu'une exécution de premier ordre ! *De premier ordre* entendez-vous. Il est vrai que vous n'êtes pas encore en état de le faire ainsi, c'est égal je m'arracherais les yeux mais j'en ferais quelque chose.]

This is substantially what Father Rodolphe says — add the gesture, the intonations and the elaborations that all this entails. Well, by gad, if I were in a state to execute a piece very well I should not be weeping. But there it is! I must do things beyond my strength; at my age Breslau did not do plein air work with such pretensions. So... I cannot count how many times I have begun again... In a year perhaps I should do it at the first attempt. But the thing is, old Charles may be dead next year, and so may I. I undertake the most difficult thing there is, I do not make a Bastien-Lepage of it, and I howl as though this were not natural and just. Breslau only did her first plein air after a year — and even then it was not as difficult as this. For there is a world of difference between a figure standing out against earth or trees — things that change little — and a figure standing out against water; it is enough to drive one mad... So I refuse to proceed by degrees... I learned Italian from Dante. In any case, here I am on the island of La Grande Jatte — scraping, raking, demolishing, re-preparing for one last effort... In a state of nervous tension and extraordinary resolution... One would need great calm, and redo it gently, as a new thing, making use of the experience gained in these three weeks of island painting... Mère Jacob told me I should be on an island, and Edmond had predicted that it was on an island that I was to do heaven knows what, or that something happy would happen to me — in short, it is an island that is to make my fortune... I was not thinking of it when I went there, and now I do not believe it, for if this fisherman is to be a fine thing... a true miracle would be needed — so I would rather not think of it and tell myself at once: no, no, no and no.

[Voici en substance ce que dit le père Rodolphe, ajoutez-y le geste, les intonations et les développements que tout cela comporte. Tiens parbleu si j'étais en état de faire un morceau très bien, je ne pleurerais pas. Mais voilà ! Il faut que je fasse des choses au dessus de mes forces, à mon âge Breslau ne faisait pas des plein-air à prétentions pareilles. Donc... Voilà je ne sais combien de fois que je refais... Dans un an je le ferais peut-être du premier coup. Mais voilà, le père Charles sera peut-être mort l'année prochaine et moi aussi. J'entreprends ce qu'il y a de plus difficile, je n'en fais pas un Bastien-Lepage et je hurle comme si ce n'était pas naturel et juste. Breslau n'a fait un plein air que dans un an et encore n'était-ce pas difficile comme ça. Car il y a loin entre une figure se détachant sur de la terre ou des arbres, des choses qui changent peu, à une figure se détachant sur l'eau, c'est à en devenir enragé... Aussi je ne veux rien faire par degrés... J'ai appris l'italien dans le Dante. Enfin quoi qu'il en soit j'arrive sur cette île de la Grande Jatte, je gratte, je racle, je démolis et je reprépare pour tenter un dernier effort... Dans des dispositions de tension de nerfs et de résolution extraordinaire... Il faudrait beaucoup de calme, et refaire cela doucement, comme une chose nouvelle me servant de l'expérience acquise dans ces trois semaines de peinture insulaire... La mère Jacob m'a dit que je serais sur une île et Edmond m'avait prédit que c'est sur une île que je devais faire je ne sais quoi ou qu'il m'arriverait quelque chose d'heureux, enfin c'est une île qui doit faire ma fortune... Je n'y pensais pas en y allant et maintenant je n'y crois pas car pour que ce soit ce pêcheur qui soit une bonne chose... il faudrait un vrai miracle, aussi j'aime mieux ne pas y penser et me dire tout de suite que non, non, non et non.]