Friday, 6 May 1881
Ce matin au salon où j'ai rencontré Julian qui m'a fait faire la connaissance de Lefèbvre qui m'a dit qu'il y a de grandes qualités dans mon tableau. Je suis très petite fille.
A la maison, toujours des conversations sur les changements à opérer. Ils m'agacent tous ! Mon père a des idées parfois absurdes, il n'y croit pas, mais il s'y obstine. Comme de dire que tout dépend de ce que je passe l'été en Russie. On verra, dit-il, que tu n'es pas en dehors de ta famille... Est-ce que je l'ai jamais été ! Ce truc de me mettre directement en cause est répugnant... Du reste j'en ai assez tout plein, je ne peux en dire un mot sans fondre en larmes. Ils ne veulent ou ne peuvent rien ! Eh bien j'attendrai tout du hasard. Mais au moins je ne voyagerai pas, je resterai tranquille (!!!) chez moi et je pourrai me désoler dans mon fauteuil ou je suis physiquement bien. Ô lassitude, ô atrocité ! Est-ce que je devrais connaître ça à mon âge ! Est-ce qu'il n'y pas là de quoi estropier un caractère ! Et c'est ce qui me désole, si jamais j'ai quelque joie ou seulement si j'ai une existence ordinaire pourrai-je en jouir ? Pourrai-je tirer parti de ce qui se présentera ?
Je crois que je ne vois plus comme les autres et que... mais c'est assez comme ça.
Chez les Gavini puis au Salon ou le père Gavini m"ennuie [avec] ses prétentions artistiques et le soir toute fatiguée à moitié endormie, des idées divines me passent par la tête. Ça vient, ça passe, on le suit comme un orchestre dont la mélodie se développe en vous et malgré vous.
Le capitaine Blanc au Salon, il s'est promené avec nous.